
L?amical collège de Python Royal Productions a eu l?heureuse initiative d?enregistrer un disque entièrement consacré à cette chanson, dans le très louable souci, et d?en assurer la pérennité ? la transmission est la condition même de la tradition -, et d?en revivifier l?esprit tout en en respectant scrupuleusement la lettre ? une tradition vivante sait prendre les formes les plus contemporaines, elle ne serait sinon que commémoration nostalgique. C?est ainsi que l?amateur engagé (ce que tout lecteur de Royaliste ne peut pas ne pas être) découvrira avec bonheur, après avoir déposé la galette magique dans son lecteur de compact, quatre interprétations différentes de cette même chanson. Belle surprise, il en louera le génie de composition de nos ancêtres, tant la chanson s?adapte aux rythmes les plus différents. Après une reprise de la version traditionnelle, il entendra successivement un reggae dub, dans le plus pur style jamaïcain, une valse musette, avec son côté canaille, et enfin un rock d?une authenticité qui incite immédiatement à la danse. Un excellent chanteur, des musiciens talentueux, des arrangements et une captation de qualité, le plaisir est complet et l?auditeur conquis.
En complément de ce disque (un complément indispensable pour tout esprit curieux), notre camarade François-Marin Fleutot publie une brochure retraçant l?histoire de cette chanson populaire du « XVIe au XXIe siècle ». On y apprendra une multitude de choses : que l?air a précédé la chanson, qu?il était celui d?une danse, ancêtre du menuet, que les paroles du chant sont fixées dès la fin du XVIe siècle, que la chanson connut divers avatars sous les différents règnes, que Marie-Antoinette fit beaucoup pour sa notoriété, qu?elle fut chantée lors de la fête de la Fédération, que des refrains de circonstances furent créés, pour vouer à l?enfer l?infâme tyran Buonaparte ou fêter le retour des rois en la personne de Louis XVIII, etc. La brochure est éditée par la Compagnie d?Artagnan et Planchet sous le titre « Vive Henri, Vive Henri IV ».
Mais revenons à la chanson elle-même. Sur un ton assez léger, avec un air de ne pas y toucher, certains couplets sont d?une haute signification politique. Ainsi lorsque l?on chante :
Au diable guerres,
Rancunes et partis !
Comme nos pères
Chantons en vrais amis
Au choc des verres,
Les roses et les lys.
On évoque bien évidemment le désastre des guerres de religions, mais aussi l?unité retrouvée, non au moyen d?un unanimisme imposé, mais par une amitié rendue possible, au-delà des divisions, par la dimension symbolique de la personne royale. Le couplet suivant, si souvent « oublié » par ces drôles qui confondent intégrisme catholique et royalisme, sonne comme une mise en garde, ô combien actuelle !, contre le fanatisme religieux et la déshumanisation qui est son inévitable corollaire :
Moins de soudrilles
Eussent troublé le sein
De nos familles
Si ligueux plus humain
Eût aimé les filles
Et aimé le bon vin.
Enfin, il y a ces paroles, expression d?une espérance qui sera déçue, mais qui nous interrogent, par delà l?intention première du parolier :
Chantons l?antienne
Qu?on chantera dans mille ans
Que Dieu maintienne
En paix ses descendants
Jusqu?à ce qu?on prenne
La lune avec les dents.
Certes, on n?a pas pris la lune avec les dents, mais on y a posé le pied. Un acte alors tout à fait impensable devenu un fait. On mesure alors l?immensité des bouleversements que l?humanité a connus en un temps étonnamment bref. N?est-ce pas là le signe que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de l?histoire humaine, dont nous n?aurions pas encore pris la pleine mesure ? Et dans le même temps, le fanatisme religieux revient, et nous le rejetons qu?il soit à barbe ou à chapelet. Et les Français, sans roi, s?éloignent de la vertu d?amitié. Alors, le « Vive Henri IV », une chansonnette désuète pour nostalgiques indécrottables ? En êtes-vous si sûrs ? ?coutez le disque. Lisez la brochure. Et faites-vous votre opinion. Et puis chantez !
(Source : http://narinfo.site.voila.fr)