Entretien avec Nicolas de Lamberterie, responsable du HVIM France

- Qu?est-ce que le mouvement HVIM ? Quelles sont ses principales revendications ?
Le mouvement HVIM, Hatvannegy Varmegye Ifjusagi Mozgalom (Mouvement de Jeunesse des 64 Régions), a été fondé en 2001 par Toroczkai Laszlo. Son nom en lui-même explique son programme, puisque la référence aux 64 Régions est une référence à la Grande Hongrie qui a été dépecée en 1920 par le Traité de Trianon, avec la suppression de plus des deux tiers de ses territoires pour la plupart hongrois depuis plus d?un millénaire.
C?est d?ailleurs la France et Georges Clemenceau qui ont une responsabilité immense dans ce désastre qui a ensanglanté l?Europe et continue encore de le faire.
Le HVIM, à défaut d?un rétablissement de frontières dont il ne se plaindrait pas mais qu?il sait quasi-impossible, a pour but de défendre l?identité des hongrois vivant en dehors des frontières de l?actuelle Hongrie. Il dispose ainsi de sections en Slovaquie, en Ukraine, en Roumanie, en Serbie, en Croatie, en Slovénie et en Autriche, c’est-à-dire tous les pays ayant hérité de territoires hongrois et où vivent encore des minorités (qui sont parfois majorités) hongroises. Le HVIM a également des sections dans des pays où ont émigré des hongrois : Angleterre, Canada, Australie. Et enfin, d?une section française, fondée par des Français.
Le HVIM, qui n?est pas un parti politique, a son festival chaque été, le Magyar Sziget, et organise diverses manifestations, notamment le 4 juin contre le Traité de Trianon (la manifestation a eu lieu cette année à Versailles) ou le 23 octobre en mémoire du soulèvement de Budapest.
Récemment, le HVIM a manifesté contre les nationalistes slovaques du SNS de Jan Slota, présents dans le gouvernement slovaque, en raison de la recrudescence des agressions anti-hongroises en Slovaquie. Suite à ces manifestations (l?une à Budapest, l?autre à Bratislava), le Président du HVIM a été banni du territoire slovaque pour 5 ans.
- Un mouvement comme celui-ci n?est-il pas de nature à conduire à des affrontements entre nationalistes européens ?
L?opposition entre les nationalistes hongrois et leurs homologues slovaques, serbes ou roumains existait déjà avant, et de longue date. Le HVIM ne peut donc être tenu responsable de cela.
Je crois qu?il est nécessaire aujourd?hui plus que jamais pour tous les patriotes européens de s?unir au vu des dangers de mort très clairs qui nous menacent. Toutefois, une telle union ne peut se faire si les pays ayant hérité de territoire hongrois oppriment directement ou indirectement (notamment par l?impossibilité pour les hongrois de suivre des études supérieurs dans leur langue notamment, facteur très important d?émigration) l?identité des minorités hongroises. Il sera très difficile de surmonter les tensions entre européens qu?ont crée les ennemis de l?Europe au terme de la Première Guerre Mondiale, je reste toutefois convaincu que cela est possible et nécessaire.
Par ailleurs, le Président du HVIM, qui souhaite la justice en Europe et non pas l?oppression des européens les uns envers les autres, a déjà eu l?occasion de manifester son soutien au Parti de la Grande Roumanie qui souhaite que les régions moldaves qui sont historiquement roumaines fassent partie de la Roumanie.
- Quelle est l?implication du HVIM dans les manifestations actuelles ?
Le HVIM n?est pas officiellement impliqué dans les manifestations actuelles : c?est ainsi que sur le site officiel du HVIM (www.hvim.hu) nous n?en parlons pas. Cela n?empêche d?ailleurs pas les médias de porter injustement sur le HVIM la responsabilité des débordements qui ont eu lieu pendant les manifestations. Les raisons de cette non-implication du HVIM dans les manifestations tiennent au fait que le mouvement a d?autres objectifs, et surtout qu?il se met à l?abri d?une éventuelle dissolution. Toutefois, la plupart des membres du HVIM, notamment son Président Toroczkai Laszlo, participent à ces manifestations, mais à titre privé.
- Revenons-en à la situation actuelle : pouvez-vous nous dire quelle sont les causes des émeutes actuelles contre le gouvernement ?
La cause immédiate des manifestations tient au fait de la diffusion d?un discours à huis clos du Premier Ministre socialiste fraîchement réélu où celui-ci avouait ni plus ni moins que l?action de son gouvernement depuis 4 ans avait été totalement inefficace (« Nous avons merdé, mais un peu mais beaucoup. Il est évident que nous avons menti tout au long des 18 derniers mois. Il est clair que ce que nous disions n?était pas vrai »), qu?il avait menti depuis un an et demi sur son bilan en vue de remporter les prochaines élections.
Cette révélation est arrivée à un moment d?exaspération du peuple hongrois qui subissait en effet depuis plusieurs mois, depuis la réélection du gouvernement, une politique d?austérité très raide, avec une augmentation des taxes (pétrole, gaz), la création de nouvelles taxes, et une augmentation de l?imposition des entreprises qui se trouvent pour beaucoup dans une situation très délicate. Il faut savoir que la plupart des choses de la vie courante ont très fortement augmenté depuis l?adhésion de la Hongrie à l?Union Européenne, que l?on demande de nouveaux sacrifices aux hongrois pour maintenant adhérer à l?euro, ce qu?ils ne peuvent plus supporter : j?ai pu constater que les prix sont sensiblement les mêmes en France qu?en Hongrie pour tout un tas de chose (notamment l?essence) alors que le salaire moyen là-bas n?est que de 400 euros. La sensibilité à une augmentation des prix en est donc très fortement accrue.
- Droite et « extrême-droite » sont présentées comme liées, et semblent l?être ? Comment l?expliquez-vous ?
La droite molle et la droite nationale sont liées dans leur revendication de faire démissionner le gouvernement.
Toutefois, la droite molle, représentée par le parti FIDESZ et son chef charismatique Orban Viktor, n?a pas intérêt de pousser trop loin la contestation : elle a en ligne de mire les élections municipales du 1er octobre qu?elle est en mesure de remporter.
On peut comparer d?une certaine façon Orban Viktor à un autre hongrois qui sévit chez nous, un certain Sarközy, dans la mesure où Orban a un discours très radical qui a tendance à étouffer celui de la droite nationale. Toutefois cela n?a pas empêché Orban, quand il était au pouvoir, de mener une politique qui n?est guère différente de celle menée par le gouvernement socialiste par la suite.
- Quelle est la situation de la droite nationale en Hongrie ?
En un mot, elle est mauvaise. La droite nationale est actuellement divisée en deux mouvements : le MIEP, dirigé par Csurka Istvan, et le JOBBIK, qui est une scission du MIEP.
Le MIEP a eu son heure de gloire en 1998 lorsqu?il a franchi la barre des 5% et est entré au Parlement, puis il a fortement rechuté en 2002 et est sorti du Parlement. C?est alors que certains ont quitté le MIEP pour fonder le JOBBIK.
En 2006, le MIEP et le JOBBIK ont formé une coalition, a Harmadik Ut (la troisième voie), qui a fait 2,5% des suffrages, ce qui résume bien leur faiblesse. L?une des grandes faiblesses de leur campagne est d?avoir joué sur le fait que le soutien de la coalition Harmadik Ut soutiendrait le FIDESZ, le parti de droite, pour empêcher une coalition socialo-communiste. C?était une connerie ! Le FIDESZ mène la même politique que les autres et a avalé politiquement la droite nationale?? Je sais qu?ils espéraient glaner des voix en promettant un soutien à la mise en place d?un gouvernement de droite, tout en n?en faisant pas partie et en étant fermes sur leur position, mais cela n?a pas fonctionné.
En ce qui concerne les perspectives d?avenir se pose la question de l?âge de Csurka (79 ans) et de la décadence de son mouvement MIEP, et du manque d?expérience du mouvement JOBBIK.
Pour moi, il est clair que le HVIM représente plus de poids que ces deux mouvements. Reste à voir s?il se lancera ou non dans la bataille électorale (il a refusé de participer aux législatives, en dépit des insistance de Csurka). Pour le moment, ses membres se lancent à titre personnel dans la bataille municipale d?octobre 2006
- Le mouvement HVIM dispose d?une section française ? Quels sont ses objectifs ?
J?ai fondé la section française du HVIM à l?occasion de notre manifestation à Versailles le 4 juin 2006 pour dénoncer l?injustice du Traité de Trianon.
Elle a pour but de servir de relais francophone au HVIM, de faire connaître la question de Trianon et des minorités hongroises, et de créer des liens avec les mouvements identitaires français.
Nous disposons actuellement d?une vingtaine de personnes en France, qui servent essentiellement de relais d?information du mouvement auprès des organisations identitaires en France. Nous lançons actuellement un peu partout en France le projet d?organiser des manifestations pour le 23 octobre 2006, qui sera la date des 50 ans d?anniversaire de l?insurrection de Budapest, pour marquer notre soutien avec les insurgés de l?époque, mais aussi des insurgés d?aujourd?hui qui luttent contre le gouvernement néo-communiste et pas moins mensonger que le gouvernement soviétique de l?époque.
- Comment peut-on aider les identitaires hongrois ?
Vous pouvez aider les identitaires hongrois de façon très simple, comme je le fais : étudiez et expliquez à votre entourage ce qu?est la tragédie et l?injustice du Traité de Trianon pour le peuple hongrois, et soutenez les revendications de justice et de défense de l?identité hongroise du HVIM. Dénoncez ceux qui veulent éliminer l?identité hongroise des hongrois vivant en dehors de la Hongrie, mais ne tombez jamais dans le travers inverse qui consisterait à faire de l?anti-roumain ou de l?anti-slovaque stupide, infondé, et stérile pour la cause européenne.
Par ailleurs, je lance un appel à tous les jeunes européens désireux de se dépayser un peu : le festival Magyar Sziget, organisé par le HVIM, est un moment exceptionnel à vivre au moins une fois, pour y rencontrer des hongrois qui viennent de tous les pays où ils vivent et y passer une semaine de fraternité européenne inoubliable. Si l?aventure vous tente, réservez votre premier quinzaine d?août 2007 et contactez-nous : www.grande-hongrie.com hvim-france@hotmail.fr