Le fils du charcutier poursuivi nous donne sa vérité

Un entretien exclusif pour Novopress

Le 7 décembre dernier, Guy Lefèvre, un artisan-charcutier de l’Oise, comparaissait devant le tribunal de Compiègne pour discrimination à l’embauche. Accusé par l?ANPE et SOS Racisme, le Ministère Public a requis contre lui une peine de deux mois de prison avec sursis, 800 euros d’amende ainsi que 20.000 euros de dommages-intérêts pour le présumé « discriminé », Ibrahima Gadio et un euro symbolique pour SOS Racisme. Le jugement va être rendu le 17 janvier 2006. Le fils de l?accusé a bien voulu nous accorder un entretien dans lequel il nous livre sa version des faits. Une version quelque peu différente de celle de la presse officielle.

Novopress : Pouvez-vous nous donner votre version des faits reprochés à votre père ?

Ma version des faits est celle que j?ai eue à plusieurs reprises l?occasion de donner aux journalistes. Malheureusement, celle-ci a été interprétée voire déformée. A la fin de l?année dernière, l?une de nos employées nous a annoncé sa démission pour raisons médicales. Une quinzaine de jours avant son départ, mes parents ont téléphoné à l?ANPE pour que celle-ci leur envoie un ou une remplaçante. Personne ne s?est présenté.

Le 18 janvier 2005, la fille d?amis de mes parents, en recherche d?emploi, nous propose ses services. Et mon père décide illico de lui donner sa chance. Alors qu?elle commence son premier jour de travail au laboratoire, mon père a la surprise de voir débarquer à 7 h 30 du matin un jeune [Ibrahima Gadio NDR] qui dit être envoyé par l?ANPE (sans que celle-ci nous ait prévenue…) Mon père lui explique que, malheureusement, le poste vient d?être pourvu et ce jeune s?en va, sans que se produise le moindre incident. Vers 10 h, soit deux heures et demie plus tard, un employé de l?ANPE, très énervé, appelle mon père en l?accusant de faire de la discrimination à l?embauche. Il va même jusqu?à lui dire : « si j?ai bien compris, vous ne voulez ni noirs ni arabes ! »

Novopress : Attendez ! Alors même que vous n?aviez pas évoqué le moindre problème concernant la manipulation de la viande de porc, c?est l?ANPE, qui, d?entrée de jeu, vous accuse de faire de la discrimination raciale ?

Complètement ! Et il y a, de plus, un élément que j?ai appris le jour de l?audience : l?ANPE n?avait pas affiché notre offre d?emploi. Et elle a dit à ce jeune : « Ce travail, c?est pour toi. Tu y vas, il n?y a personne d?autre sur le poste ! » Tout en restant objectif, c?est quand même ce que l?on appelle du testing (et indirectement de la discrimination pour les postulants plausiblement intéressés) !
L?entretien téléphonique avec l?employé de l?ANPE s?est passé, disons, /bruyamment/, mais à aucun moment mon père n?a fait la moindre allusion à l?origine ethnique des candidats ou à une quelconque volonté de sa
part d?écarter tel out tel. Je suis formel ! Bien qu’un éclat de voix en amène un autre, cette « xénophobie » ne fait pas partie des moeurs familiales.

Novopress : Quelle fonction cet employé occupait-il au sein de l?ANPE ?

En fait, bien que j?aie posé la question, je n?ai réussi à vraiment le savoir qu?à l?audience. Au début on m?avait dit que c?était le responsable d?agence et on m?avait donné un nom. Mais visiblement, le jour de l?audience, notre interlocuteur n?était pas du tout ce responsable d?agence, mais un jeune conseiller pour l?emploi. Et c?est lui qui est à l?initiative de l?appel téléphonique houleux à mon père. Quant aux deux témoins cités par l?accusation, ils ne se sont même pas présentés. L?un d?eux est une collègue du conseiller en question. Elle aurait « entendu des choses au téléphone », mais elle s?est révélée incapable de dire aux enquêteurs qui se trouvait à l?autre bout du fil.
Elle n?a même pas pu dire s?il s?agissait d?une voix de femme ou d?une voix d?homme. Aucun agent de l?ANPE ne s’est présenté à l’audience. Ils n’ont été que cités par le tribunal et/ou les avocats.
Après ce fameux coup de fil, nous n?avons plus eu de nouvelles de l?ANPE jusqu?au mois de juin. Le mardi 19 juin, mon père est convoqué à l?Inspection du travail. Il est aussitôt mis en accusation et a vraiment l?impression d?être un repris de justice. Deux mois après, la tempête médiatique se déclenche suite à la plainte déposée par Ibrahima Gadio.

Novopress : A aucun moment l?ANPE n?a cherché à reprendre contact avec vous pour connaître votre version de faits ?

A aucun moment ! Et je vais même vous révéler quelque chose : immédiatement après l?incident téléphonique, j?ai personnellement contacté différentes instances et un emploi « sur mesure » a pu être proposé pour ce jeune homme. Le président des charcutiers traiteurs de l?Oise, Jean-Paul Roussel, a, par l?intermédiaire de l?ANPE, offert un poste avec des horaires aménagés. Nous n?avons jamais obtenu la moindre réponse. Mais ça on n?en a pas parlé, parce que visiblement ça dérange ! Et aux dernières nouvelles, le jeune homme est toujours à la recherche d?un emploi.

Novopress : N?avez-vous pas l?impression que l?ANPE a volontairement cherché à piéger votre père et a monté en épingle quelque chose qui n?avait pas lieu de l?être ?

Complètement ! Moi j?appelle cela une opération de testing. Comme le dit mon père : « je me suis fait piéger ! »

Novopress : Comment s?est passée l?audience ?

Au tribunal, nous avons été accueillis par la presse locale, régionale et nationale. Sans oublier, bien sûr, le « comité d?accueil » de SOS Racisme et de leurs copains… Le Président a rendu compte des faits tels qu?ils ont été reportés par les agents de l?ANPE et de l?Inspection du travail. Le Président et le Procureur ont pensé que les déclarations faites par mon père à l’audience étaient de mauvaise foi, mais ce dernier étant très déprimé, ses mots n’ont été que des réfutations aux faits reportés. Il est déplorable qu?on ne lui ait pas laissé le temps d?exposer sa version. Il est à noter que, lors de l?instruction, l?accent a été mis sur le prétendu racisme de mon père et non sur les faits eux-mêmes.

Novopress : Dans quel état psychologique se trouvent vos parents ?

Ils sont tous les deux très déprimés et ils sont suivis médicalement presque toutes les semaines.

Novopress : Quels sentiments vous laisse cette affaire vis-à-vis de l?institution judiciaire et, plus largement, des institutions françaises ?

Pour moi ce qui est en cause, ce sont les services de l?ANPE. La question est de savoir si leur mission est de placer des gens, de les aider à trouver un emploi, ou si, au contraire, leur mission est de faire fermer des commerces et de planter des petits commerçants.

Novopress : Vos parents vont-ils poursuivre leur activité ?

Absolument ! Mes parents sont des gens qui adorent leur métier. Mon père est dans le métier depuis l’âge de quatorze ans et cela fait vingt-cinq ans qu?il est à son compte. Ce n?est pas cet épisode qui va le faire s?arrêter, même s?il est vrai que, psychologiquement, ce n?est pas facile.

Novopress : Avez-vous reçu des soutiens ?

Oui, nous avons reçu des témoignages de sympathie de la part de gens aux opinions très diverses, et je profite de cette occasion pour les remercier sincèrement.

« propos recueillis par Fabrice Bianco ».

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