Chez les Besson, on ne lave pas son linge sale en famille. Après la fille, c’est au tour de l’ex-femme du ministre de l’immigration de publier un ouvrage, intitulé Manuel de guérilla à l’usage des femmes, dans lequel elle révèle les frasques conjugales de son ex-mari.
Et en la matière, Eric Besson n’y va pas avec le dos de la cuillère. Dès son mariage, il annonce la couleur : lorsque le maire énonce les principes du Code civil, fidélité, secours, assistance, censés régir le mariage, le futur époux l’interrompt en lançant : « Fidélité : non ! ». Une façon plus ou moins élégante de faire savoir à tous les invités que Monsieur sera un époux volage. Mais le calvaire de la nouvelle épousée n’est pas fini : alors que les convives terminent à peine leur entrée dans la salle du banquet, le marié entraîne les messieurs devant un poste de télé pour regarder une course de Formule 1. Sentence lapidaire d’une journaliste de Gala : « Une muflerie pareille, ça ne s’invente pas. »
Pour Sylvie Brunel, l’ex-épouse bafouée, l’attirance d’Eric Besson pour Sarkozy est celle du disciple qui a enfin trouvé son maître en matière de cynisme. Elle pourfend également le goût prononcé de son ex-mari pour l’autoritarisme et la mégalomanie, qu’elle explique, tout comme son mépris pour la femme, par la jeunesse marocaine de ce dernier (Éric est né à Marrakech en 1958 d’une mère arabe libanaise et d’un père français. Il ne rejoindra la France qu’à l’âge de 17 ans)
Pour prix de sa trahison à l’égard du PS, dont il fut membre de 1993 à 2007, Besson se voit attribuer en mai 2007 par Sarkozy le secrétariat à la Prospective et à l’Evaluation des politiques publiques, complété en mars 2008 par celui de l’Economie numérique. En janvier 2009, il devient coup sur coup « ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire » (sic) et secrétaire général adjoint de l’UMP.
Le président de la République sait apprécier chez Besson sa parfaite connaissance de la faune de la rue de Solferino et des rouages du PS. En privé, Sarkozy se dit littéralement fasciné par l’ambition du transfuge de gauche : « Ce type, c’est une lame », avoue le chef de l’Etat. Un avis d’orfèvre en la matière.
En fait, Sarkozy et Besson se connaissent et s’apprécient depuis longtemps. Ils se sont rencontrés en 1995, une période difficile pour le premier, qui a trahi Chirac pour Balladur alors que les chances de ce dernier à la présidentielle s’amenuisent de jour en jour. « Je découvre un homme totalement lucide sur le fait que tout le monde va se détourner de lui, qu’il va traverser un désert, raconte Besson. Mais il a une énergie colossale. Je suis bluffé par le personnage. Une sympathie mutuelle s’installe ».
Même si deux ans plus tard, Besson intègre le PS dans le but d’y faire carrière, cette « sympathie mutuelle » ne se démentira jamais. Dans son livre Parti pris, Jean-Christophe Cambadélis affirme même que Besson a servi jusqu’en 2007 d’agent de liaison entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Il faut dire que nos deux hommes ont à l’époque un ennemi commun de taille : un certain Dominique de Villepin.
Ce qui n’empêche pas Besson de coordonner, à la demande de Ségolène Royal dont il se serait bien vu le premier ministre en cas de victoire de la gauche à la présidentielle de 2007, une sorte de livre noir anti-Sarko L’inquiétante rupture tranquille de Monsieur Sarkozy, qui sera publié en ligne par le Parti Socialiste. Il y appelle les électeurs à ne pas voter pour « un néo-conservateur américain à passeport français ». La formule n’a finalement pas dû déplaire à Nicolas Sarkozy qui ne lui en tiendra pas rigueur.
Mais déjà le doute s’était installé : c’est l’époque où Besson confie à qui veut l’entendre qu’il croit de moins en moins à la victoire de Ségolène Royal. Il est temps pour notre homme de changer son fusil d’épaule et de réactiver la « vieille amitié » qui le lie au futur président de la République.
Le 14 janvier 2007, après un débat télévisé censé l’opposer à Brice Hortefeux, Besson prend à part le lieutenant de Sarkozy et lui dit tout le bien qu’il pense de son patron. Hortefeux appelle alors Sarko et lui confie : « Il est mûr ! On a un super coup à jouer avec lui ».
Le 21 février 2007, Besson quitte le parti socialiste. Désormais, il concentre toutes ses attaques contre Ségolène Royal et le PS, publiant Qui connaît Madame Royal ?, un opuscule de 164 pages, haineux et lucide à souhait contre ses anciens « camarades ».
Le dimanche 22 avril 2007, quelques minutes après les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle, il annonce son ralliement à Nicolas Sarkozy : « Des deux candidats en lice, il me paraît le mieux préparé, le plus qualifié et le plus cohérent », affirme-t-il.
Pendant la campagne du second tour, Éric Besson prend la parole lors du 1er meeting de Nicolas Sarkozy, à Dijon. Devant 10 000 partisans de l’UMP, il affirme être « un homme de gauche qui va soutenir et voter pour un homme qui se revendique de droite (…) c’est un républicain de droite qui porte le mieux les valeurs auxquelles je crois »
« Une fine lame », incontestablement. Ce n’est pas sans raison que l’ambitieux Besson, dont le redoutable réseau d’influence regroupe de nombreux dirigeants de grandes entreprises françaises, se verrait volontiers futur Grand Vizir de notre Calife.
Henri Dubost pour Novopress France
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