Ça se corse entre le Guide suprême de la Révolution libyenne et les autorités de la Confédération. Durant le récent G8 d’Aquila, le leader libyen a accusé la Confédération de financer le terrorisme international et a carrément proposé de la démanteler. Kadhafi en a remis une couche le 15 juillet, à l’occasion du sommet des non-alignés de Charm el-Cheikh (Egypte), où il a affirmé, devant Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, que les banques suisses abritent les milliards d’Al Qaeda, et sont donc complices du terrorisme islamique.
« Ce sont des milliards qui sont placés dans des comptes secrets en Suisse. Et au lieu de frapper ce pays, le monde va en Afghanistan et dans les zones tribales pour bombarder de simples bergers. On laisse la Suisse tranquille. Je vous demande : qui doit parler à la Suisse ? Qui doit mettre fin à ces pratiques ? (…) Nous savons une chose : où se trouve la source du terrorisme. C’est en Suisse. Il faudra l’assécher. » a affirmé le leader libyen, ajoutant : « Les Etats-Unis d’Amérique ont de la peine à récupérer les données des 52 000 clients américains qui ont placé en secret leur argent en Suisse. La puissante Amérique est incapable de faire plier ce pays alors que dire de l’argent du terrorisme… »
Comment démanteler la Suisse ? Très simple pour le Guide suprême : l’Italie, l’Allemagne et la France en prennent chacune un bout et le tour est joué. Il a d’ailleurs demandé au chef de la diplomatie libyenne à New-York de peaufiner son plan qu’il compte présenter à l’ONU en septembre.
Le gouvernement helvétique ne semble pas prendre très au sérieux les bouffées d’adrénaline du Guide de la Révolution. Invitée sur une des principales chaînes de télévision suisse le soir même des déclarations de Kadhafi à Charm el-Cheikh, la ministre des Affaires étrangères helvétique n’en a soufflé mot, se bornant à se féliciter de la visite du chargé d’affaires suisse à Tripoli. « Je suis optimiste. Nous ne relâchons pas nos efforts alors que nous avons fait des progrès significatifs à Tripoli » a-t-elle ajouté.
« La Suisse veut à tout prix continuer à dialoguer et à négocier une sortie de crise en coulisse alors que Kadhafi attaque avec des mots durs. Lui a une stratégie très claire : Il veut faire plier la Suisse coûte que coûte : sanctions, procès, pressions… » analyse de son côté Hasni Abidi, spécialiste du monde arabe et directeur du Centre genevois d’étude sur le monde arabe (CERMAM)
Le 15 juillet 2008, le fils cadet du chef de la Jamahiriya, Hannibal Kadhafi, et son épouse Aline, soupçonnés de mauvais traitements sur deux de leurs domestiques, étaient arrêtés à Genève. Un événement qui marque le début d’une profonde crise entre Berne et Tripoli. Par mesure de rétorsion, Tripoli décidait de prendre deux citoyens suisses en otage. Ils sont maintenus au secret depuis un an.
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