Massacre des moines de Tibéhirine : une « bavure » de l’armée algérienne

07/07/2009 – 12h00
PARIS (NOVOpress) –
Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, les sept moines français (photo) de Tibéhirine – un monastère cistercien situé près de Médéa, à 100 km d’Alger, dans les montagnes de l’Atlas – étaient prétendument enlevés. Le 31 mai, les médias algériens faisaient état de la « découverte » de leurs corps. Selon la thèse officielle, ils auraient été « égorgés » par des membres du Groupe islamique armé (GIA), qui avait d’ailleurs annoncé leur mort le 21 mai dans un communiqué.

Moines deTibehirine

Une autre thèse se fait maintenant jour, selon laquelle l’armée algérienne est directement impliquée dans le massacre. François Buchwalter, général – à la retraite – de l’armée française, a en effet déclaré le 25 juin dernier au juge d’instruction antiterroriste Marc Trévidic détenir des informations selon lesquelles les moines ont été tués par erreur lors d’un raid aérien de l’armée algérienne.

Pour M. Buchwalter, les moines ont été victimes des armes lourdes embarquées sur les hélicoptères qui ont détruit le bivouac du Groupe islamique armé où les religieux se trouvaient. Les militaires algériens « ont tiré sur le bivouac (…) Une fois posés, ils ont découvert qu’ils avaient notamment tiré sur les moines. Les corps des moines étaient criblés de balles », précise M. Buchwalter dans sa déposition.

Attaché de défense en Algérie entre 1995 et 1998, le militaire dit avoir obtenu ces informations d’un gradé algérien et en avoir informé immédiatement le ministère de la Défense et l’ambassade. Selon l’officier français, le gouvernement français de l’époque, dirigé par Alain Juppé, a imposé un black-out total sur ces informations. Une demande de levée du secret-défense en France et les auditions de responsables du gouvernement d’alors vont être sollicitées par les parties civiles, a déclaré leur avocat, Me Patrick Baudoin, à l’agence Reuters.

Le père Armand Veilleux, procureur général de l’ordre cistercien, a d’autre part déclaré au juge Trévidic qu’il avait dû insister auprès de l’ambassade de France pour faire ouvrir les cercueils plombés qui contenaient les dépouilles des religieux, et qu’il avait alors constaté qu’il ne restait que les têtes. Pour Me Baudoin, les corps ont manifestement été subtilisés par les autorités algériennes : déchiquetés à l’arme lourde, ils contredisaient de manière flagrante la thèse officielle de l’égorgement.

Alger semble d’ailleurs hésiter sur certains « détails » : parallèlement à la version officielle du massacre par de « vrais » islamistes, des témoignages d’anciens militaires algériens se succèdent actuellement dans la presse du pays pour affirmer que l’armée algérienne a utilisé de « faux » islamistes qu’elle manipulait pour cet enlèvement, le but étant de punir ou d’envoyer un avertissement aux moines, à qui il était reproché de recueillir et de soigner dans leur monastère des maquisards islamistes blessés. Aucune information ne filtre en revanche sur la responsabilité directe de l’armée dans la mort des trappistes.

« Sur les circonstances de la mort, nous avons désormais une version très crédible et convaincante », a estimé l’avocat des parties civiles, ajoutant qu’il fallait « poursuivre certaines investigations et auditions ». Rappelons que la guerre civile algérienne a été d’une exceptionnelle violence et que le nombre de civils tués dans les massacres perpétrés dans les villages, aussi bien par la guerilla que par l’armée, est estimé entre 60.000 et 150.000.


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