Jean-Frédéric Poisson

Jean-Frédéric Poisson : « Le vrai problème de fond est celui de l’islam »

Président du Parti chrétien démocrate (PCD) et candidat à la primaire de la droite, Jean-Frédéric Poisson a accordé un entretien au journal Présent, proche du Front natinal, qui le fait précéder de cet avertissement : « Ses convictions sont proches des nôtres. […] Reste que le règlement de son parti l’oblige à soutenir le vainqueur de la primaire. Nous l’attendons donc dans six mois entre les deux tours de la présidentielle où se jouera la survie de la France : affranchi de sa famille d’idées largement responsable du sort que nous subissons ou bien définitivement boutinisé. Il mérite mieux. »

Présent : Votre avis concernant la polémique autour du burkini a surpris. N’est-ce pourtant pas une atteinte à la laïcité ?

Jean-Frédéric Poisson : Ce n’est justement pas une question de laïcité. Si elle est bien comprise, c’est un cadre qui se contente de ne reconnaître aucune religion d’Etat, certainement pas une règle de conduite imposée et encore moins un code vestimentaire. Il est dangereux d’en faire une question de laïcité car alors l’Etat deviendrait tout-puissant contre les particularités de telle ou telle religion. Lorsque je vois des femmes arpenter les plages en burkini, je n’y reconnais pas la France mais je refuse que mon pays accumule des lois à partir de faits divers qui ne sont que la conséquence de problèmes non traités. Le vrai problème de fond est celui de l’islam – et non simplement de l’islamisme – qui engendre un certain nombre de craintes aux Français dont je fais partie. Interdire le burkini ne réglera certainement pas le problème.

Comment expliquez-vous le fait d’être le seul candidat aux primaires LR à souhaiter l’abrogation de la loi Taubira ?

Ce n’est malheureusement pas très compliqué à comprendre : je suis le seul à avoir une ligne claire et cohérente que je refuse de faire varier en fonction des sondages ou des affinités médiatiques. Je continue à vouloir l’abrogation de cette loi alors que certains de mes concurrents s’acharnent sur ses conséquences désastreuses que sont la PMA ou la GPA. Si je le fais, c’est que sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, notre pays s’effondre en raison de mesures politiques qui se prennent justement sur des conséquences sans ne jamais renoncer aux causes. Résultat, rien n’est traité en profondeur, on recule le problème et les « solutions » sont décevantes. Oui, il faut abroger le mariage pour tous.

Votre position antilibérale vis-à-vis des syndicats et de la loi Travail vous a attiré la sympathie d’une certaine presse de gauche. Quelle est votre vision sur ces sujets ?

C’est parce que j’ai le souci de protéger les plus fragiles que je défends des mesures sociales bien différentes des autres. Le PCD propose par exemple depuis 2006 un revenu de base universel. Cette mesure – application concrète de la pensée catholique sociale – se fonde sur une vision non-marchande de la société et sur la reconnaissance de la dignité de chaque personne. Notre société est traversée par une crise du sens de l’existence individuelle, une crise de reconnaissance des personnes et de leur rôle social, une crise de la complexification des relations institutionnelles et une crise d’appartenance à un projet commun. Le revenu de base universel est évidemment une sécurité, mais également une reconnaissance de la participation de chacun à la richesse nationale. C’est la question d’un peuple en réalité : tous sont héritiers des richesses produites par les savoir-faire des générations précédentes. Il y a également une reconnaissance d’activités non-rémunérées dont la société profite pourtant : l’engagement associatif, le choix de rester auprès de ses enfants, d’aider ses parents dans leur fin de vie…

Sentez-vous que votre volonté d’en finir avec le cordon sanitaire autour du FN entraîne l’adhésion de la base militante de la droite classique ?

Ce cordon sanitaire n’existe pas, je crois, chez une partie significative de l’électorat qui aimerait enfin que les hommes politiques se soucient de problèmes concrets plutôt que de leurs guerres partisanes. Il est absolument ridicule de refuser de parler à tel ou tel élu alors que ces derniers font leur travail et respectent les règles. C’est aussi simple que ça, et c’est d’autant plus légitime à l’heure où nombre de Français choisissent ce parti, que cela plaise ou non.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d’entretenir la logique de parti lorsque vous avez annoncé votre ralliement au vainqueur des primaires, au risque donc d’appeler à voter Alain Juppé ?

Les primaires comportent des règles dont l’engagement de soutenir le vainqueur et de ne pas lui faire obstacle avec une candidature concurrente. J’ai signé en connaissance de cause et je n’ai qu’une parole. Je ne pense pas qu’on puisse m’en tenir rigueur. Ma famille politique comporte dans son ADN les principes politiques qui peuvent nous aider à redresser la France. Je regrette en revanche qu’ils soient trop souvent trahis.

Deux remarques dès lors. D’abord, voter pour moi, c’est me donner les moyens de peser dans ma famille politique. Plus mes soutiens seront nombreux, plus les idées que je porte devront être entendues. Pour ce qui est d’Alain Juppé, aujourd’hui favori, il est vrai que nous sommes très différents. J’aviserai évidemment en fonction de son comportement vis-à-vis de mes exigences. Mais s’il reste sur la ligne qui est la sienne aujourd’hui sans fléchir sur le moindre point, le « soutien » peut se faire particulièrement discret !

Vous êtes accusé d’antisémitisme pour avoir dénoncé la soumission d’Hillary Clinton aux « lobbies sionistes ». Certains de vos concurrents ont même réclamé votre exclusion des primaires. Que vous inspire cette polémique quant à la liberté d’expression en France ?

Il s’agissait d’un procès en sorcellerie de plus dans cette classe politique dans laquelle certains multiplient les faux scandales pour masquer leur incompétence. La commission de contrôle de la primaire a considéré, après m’avoir entendu, que l’affaire était close. Ces mots ont peut-être choqué et j’en suis désolé, mon propos ne visait en aucun cas la communauté juive de France, tous les gens honnêtes l’auront immédiatement compris.

Le soutien des géants de la finance à Madame Clinton n’est un secret pour personne, celui de groupes de pression sionistes non plus. C’est un fait que l’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] – par exemple – revendique fièrement sur son site internet ! C’est très officiel et cela m’inquiète, parce que les choix de ces groupes de pression empêchent toute politique équilibrée au Proche-Orient. Les centaines de milliers de morts que se partagent l’Irak et la Syrie méritent peut-être autre chose qu’une bataille de mots, et je crois que la politique menée, et que promet d’accentuer Madame Clinton, a montré ses dramatiques limites.

Propos recueillis par Louis Lorphelin

Entretien paru dans Présent daté du 29 octobre 2016