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Que penser d’Éric Zemmour ? – Par Guillaume Faye

08/10/2016 – FRANCE (NOVOpress avec Guillaume Faye)

Jamais, depuis très longtemps, un publiciste (1) n’avait ébranlé à lui seul le monde médiatique et politique. Par ses articles de presse, interventions audiovisuelles et essais, Éric Zemmour a réussi à créer un séisme pour une raison sociologiquement simple : le court–circuit. Il a rompu avec les codes de l’oligarchie (idéologiques et institutionnels) et exprimé le sentiment populaire autochtone en oubliant de demander l’autorisation des ”élites”. Son ascension a été d’autant plus irrésistible qu’on ne l’attendait pas, qu’on ne l’avait pas vu venir. En effet, il n’est pas issu de milieux bien repérés et prévisibles. Il vient du ”système”, qu’il trahit. Ce n’est pas un marginal, c’est un centré qui se révolte. Cette décentration, liée à son talent de plume et de parole a créé un cocktail médiatique explosif.

Un chauffard idéologique

Éric Zemmour a adopté le devoir de dire ce qu’il pense et ressent, contre l’idéologie minoritaire mais dominante de l’oligarchie, alors que l’inclination naturelle des gens de sa profession est, en répétiteurs, d’exposer ce que pense le système, en refoulant dans la sphère privée leurs propres opinions, souvent contraires. Les plus hardis se contentent de timides allusions à l’évidence de la réalité observable, pourtant éclatante, mais sans jamais se départir de l’obéissance au dogme et de la dénonciation des sept péchés capitaux (2) En ce sens, Zemmour fait partie des rarissimes publicistes libres –même souvent contre leur propre camp – qui pensent par eux-même. Il n’aurait jamais pu écrire dans Le Monde, L’Obs, Libération etc., ces médias à la ligne éditoriale autoritaire et obtuse.

Il franchit les lignes jaunes en vrai chauffard idéologique, en prenant donc de gros risques, y compris pour sa vie, lorsqu’il s’en prend à l’islam envahisseur, ce qui dénote une témérité dont sont dépourvus beaucoup de ses illustres collègues, ce qui renforce leur aigreur envieuse. Chez Zemmour, le choix de ne pas congédier le réel comme le font la plupart des politiciens, des journalistes et des intellectuels – ce qu’avait dénoncé Philippe Muray –, d’échapper à la langue de coton, d’afficher sans autocensure ses opinions rompt avec la peur de ses confrères ; ces derniers, la plupart du temps, atténuent, masquent ou travestissent leurs convictions ou leurs observations par cette prudence conformiste qui protège leur carrière ou leur vie, cette prudence que les philosophes de l’Antiquité jugeaient aussi sage que lâche selon les circonstances.

L’exemple du courage

Le succès populaire de Zemmour vient en partie de ce qu’il a fait preuve de courage, face aux procès et menaces de mort, en tenant certains propos interdits mais approuvés en silence par la majorité du peuple. Son bon sens étant tenu par l’oligarchie pour de l’extrémisme peccamineux, cela renforce par contrecoup son discours et disqualifie l’officiel. Il se met en danger ce qui accroît son prestige.

On a cru, à plusieurs reprises, qu’il reculait devant les intimidations, menaces et attaques en justice, mais il repart chaque fois à l’assaut. Il brave le système médiatique, politique et judiciaire soft–totalitaire. Licencié de l‘émission qui l’a popularisé, On n’est pas couché, basilique du politiquement correct dont il profanait crescendo les dogmes de ses analyses subversives, Zemmour aura piégé le bobo Ruquier aux idées courtes, rabâcheur de la vulgate. Ce dernier congédiera Zemmour trop tard : le mal était fait.

Il aurait parfaitement pu faire une paisible carrière de journaliste et d’écrivain. Il aurait été assuré tous risques en se contentant d’être le poil à gratter d’une ”droite modérément dure”, tolérée par l’oligarchie si elle respecte certains codes, notamment sémantiques et linguistiques, et ne va pas vraiment à l’essentiel. Mais Zemmour, aussi teigneux que sans peur, a multiplié dans ses livres, articles, interventions audiovisuelles et conférences, son constant diagnostic : la France est très malade, elle peut mourir ; en son sein croît le cancer d’un ”second peuple”, colonisateur, prolifique et hostile ; cessons de plaisanter. Philippe de Villiers et Patrick Buisson, bêtes noires, eux aussi, de l’oligarchie font le même diagnostic, ainsi qu’Ivan Rioufol. Tous ont le courage, avec d’autres, de mettre leur sécurité en danger face aux éventuelles représailles de l’occupant et de ses collaborateurs.

Le mécanisme médiatique enrayé

Les mêmes propos que tient Zemmour, s’ils proviennent de gens qualifiés d’ ”extrême–droite” (vrai ou faux, peu importe), sont attendus comme tels, cantonnés dans leur rôle, neutralisés par le silence et uniquement sanctionnés par la justice s’ils deviennent visibles des radars, c’est-à-dire dépassent une certaine audience. Mais Zemmour, comme à certains égards Finkielkraut, est perçu par le système comme un transfuge, un dissident. Ce type, qui a trahi la Caste en flattant le populo, le petit Blanc, n’avait pas, pour l’oligarchie, à sortir des clous. ll n’était pas prévu pour ça. Les analyses de Zemmour sont d’autant plus choquantes, dérangeantes, subversives, dangereuses qu’il ne vient pas de cette ”extrême–droite” fantasmée, qu’il n’est pas un marginal médiatique et qu’il touche le (très) grand public qui l’approuve. Et son succès d’audience comme l’intérêt financier de ses éditeurs et employeurs audiovisuels interdit de faire jouer la loi du silence, la plus efficace des censures. Zemmour a piégé le système.

La publicité du dernier essai d’Éric Zemmour, Un quinquennat pour rien (Albin Michel) affiche : « l’ennemi public N°1… est N°1 des ventes ». Et de citer trois jugements des trois médias intolérants de la bien–pensance, L ‘Obs ( « délire islamophobe »), Libération ( « il faut déradicaliser Zemmour ») et Le Monde (« souverainiste, réactionnaire »). Le débat d’idées disparaît donc et fait place à la vindicte idéologique. Éric Zemmour est ainsi devenu un symbole de la résistance de la France de souche. Et ses détracteurs ont commis une erreur stratégique majeure en le diabolisant moralement sans arguments, plutôt que de le neutraliser par le silence ou le raisonnement. Il est vrai qu’il est difficile de raisonner contre les faits. L’idéologie dominante a abandonné le logos et la ratio. Elle en appelle au slogan émotionnel sommaire, selon la méthode maoïste. Mai 68…

Désignation de l’ennemi

Éric Zemmour vise le cœur de cible, le naos sacré du temple : c’est-à-dire l’immigration invasive, l’islamisation et l’islam lui-même, favorisés par un État et une oligarchie antidémocratiques et, au fond, francophobes. Il fait un choix polémique – comme d’ailleurs Robert Redeker, Ivan Rioufol, Renaud Camus, et d’autres, notamment les acteurs de Riposte laïque – ce qui, à son niveau de popularité, crée un impact politique.

Sur l’immigration colonisatrice, sur le déclin multicausal généralisé de la France, Zemmour procède en médecin qui ose diagnostiquer un cancer là où les autres font semblant de ne voir qu’une grippe ou rien du tout, voire même une belle forme. Cassandre, il exprime ce que ressent le peuple et ce que taisent leurs ”élites” (non, leurs dirigeants), que Christophe Guilluy a esquintées dans son dernier essai Le crépuscule de la France d’en haut (Flammarion). Il pratique l’inverse de la méthode Coué des optimistes factices, dont Alain Juppé est la figure ridicule avec son « identité heureuse ».

Juppé et Valls, même combat

Alain Juppé est le cas d’école, tragi-comique, de cette droite molle (les ”modérés”) qui applique toutes les idées de gauche par anesthésie mentale. Il le fera d’autant plus s’il gagne, grâce aux voix de gauche, la primaire puis la présidentielle face à Marine Le Pen.

Il a qualifié ainsi les jugements critiques de Zemmour sur l’islam : « un délire et une frénésie ». Et ce, après les centaines de morts des attentats musulmans en France depuis moins de deux ans… D’où viennent ” délire et frénésie ” ? De Zemmour ou bien des adeptes d’ Allah qui tuent et massacrent ? Le même Juppé, qui se scandalise des propos de Zemmour sur l’islam, avait déclaré ne rien connaître à l’islam ni au Coran. Pauvre type…

M. Juppé qui, lorsqu’il était Premier ministre, a reculé sur tous les fronts, est un politicien de la même trempe que son ancien patron Chirac –”faïence de bidet” et non pas ”marbre” selon la boutade de Marie–France Garaud. Il peut malheureusement remporter la primaire de la droite, être élu au second tour de la présidentielle face à Marine Le Pen, engrangeant les voix de gauche, et, en remerciement, faire une politique ”chiraquienne”.

Juppé est sur la même ligne que Manuel Valls, un Premier ministre qui – innovation soft–totalitaire– a demandé officiellement aux Français de ne pas lire la prose de Zemmour. Pas de débat, censure. Juppé et Valls, qui partagent exactement les mêmes idées–guimauve, les défendent, le premier par des propos lénifiants, le second par des éructations colériques – où l’expression ”prendre ses responsabilités” revient en boucle, répétition obsessionnelle d’un irresponsable. Le résultat est le même. Les deux politiciens entendent diaboliser Zemmour, procéder à une classique reductio ad hitlerum.

Comme pour le quinquennat de Sarkozy, la méthode est connue : pendant la phase électorale, on fait une campagne ”de droite” et, une fois élu, on biaise, on triche et, dans tous les domaines, (immigration, économie, enseignement, justice, etc.) on laisse filer une politique de gauche. Par peur des articles indignés du Monde, des grèves de fonctionnaires, des manifs de lycéens et d’étudiants, d ‘éventuelles émeutes de ”jeunes” des banlieues ou de questions plus personnelles (3). Le scénario est connu et se reproduira : le peuple se retrouve trahi et cocufié par des politiciens bavards en promesses mais sans parole.

Si Juppé accède à l’Élysée, il n’appliquera même pas 20% de son programme et Éric Zemmour aura matière à observer et analyser un nouveau quinquennat pour rien. Sauf que, d’ici 2022, la guerre civile ethnique aura peut-être éclaté en France et que le prochain quinquennat pourra exploser en plein vol avant son échéance.

Aborder la question de l’islam est dangereux

Comme je l’ai fait avec d’autres, notamment l’islamologue René Marchand, Zemmour remet en cause la fausse distinction entre islamisme et islam. Le terrorisme, Al–Qaida, Dae’ch relèvent bien de l’islam authentique ; et l’islam ”modéré” est un leurre, souvent une ruse, une position minoritaire. La France inconsciente est en proie au Dar al-Arb, la guerre de conquête d’une partie de l’Europe par l’islam arabe. Avec une stratégie ethno–démographique d’invasion, théorisée par des intellectuels musulmans, bien connue des immigrés et partagée par une majorité d’entre eux chez les jeunes.

Pour Zemmour, la gauche est dans son rôle de sabordage du pays, mais ce qui le scandalise, c’est que la droite la suive par lâcheté. Il concentre ses critiques sur cette dernière, adepte de demi–mesures, bravache dans le discours et rabougrie dans l’action quand elle est aux affaires, craignant autant de déplaire à la gauche morale que d’affronter grèves et manifs. La ”droite décomplexée” est un slogan factice, uniquement valable en période électorale. Une fois aux affaires, la droite, métapolitiquement irradiée par la gauche, n’applique pas son propre programme.

Celui qui, comme Zemmour, a décrit l’extrême gravité de la situation de la France est Patrick Buisson, l’ancien conseiller de Sarkozy, dont l’essai La Cause du Peuple (Perrin) risque de faire perdre la primaire de droite à l’ancien président, tant le portrait qu’il en brosse est accablant. Il estime d’ailleurs aussi, à juste titre, que le ramollissement idéologique du FN, sous l’influence de son vrai patron, M. Philippot, neutralisera à terme ce dernier, laissant vide l’espace politique de recours des Français de souche, accablés. Ne sachant à qui se vouer.

Étatisme et anti-libéralisme : points de désaccord

Mes divergences avec Zemmour portent principalement sur sa conception ”colbertiste” de l’État stratège en économie, position qui était la mienne jadis mais que j’ai abandonnée. Selon moi, Zemmour penche trop pour une économie administrée. Or, hormis les grands programmes souverains volontaristes que furent les centrales électro-nucléaires, le spatial (CNES, ESA, Arianespace), Airbus – ces deux derniers ayant entrainé nos partenaires européens –, le TGV, toutes réalisations émanant uniquement des présidents de Gaulle et Pompidou, la politique industrielle de l’État ”stratège” depuis trente ans, qui prétend se substituer aux groupes privés, s’avère toujours catastrophique car incompétente et ignorant le réel ; les affaires Areva, Alstom, SNCF etc. étant les derniers épisodes de ce désastre.

Souverainiste de la tendance bonapartiste et gaullienne, patriote très méfiant envers le monde anglo-saxon, Zemmour se déclare anti–libéral, ce que n’était pourtant pas De Gaulle. Patrick Buisson, lui aussi, se déclare anti–libéral. Cette posture est étrange, voire incompréhensible, dans un pays surfonctionnarisé et surfiscalisé dont l’économie et la société sont objectivement socialistes et étatisées (plus de 55% du PIB gérés et redistribués par la sphère publique), dont l’école publique est en ruines, avec un Code du travail et des réglementations ubuesques, ainsi que des charges qui entravent ou ruinent les entreprises, créant un chômage de masse.

Éric Zemmour et Patrick Buisson devraient étudier de quelle subtile manière, l’État fédéral américain, à l’origine de la Nasa, nageant dans un environnement libéral, s’aidant des commandes du Pentagone, s’appuyant sur une législation nationaliste et punitive à valeur internationale, ayant aidé à la création des géants numériques et Internet, pratique un ”colbertisme” bien plus efficace que celui de l’État crypto-communiste français.

Zemmour et l’ ”extrême droite”

Au début de son succès, bien avant Le suicide Français, Zemmour fut l’objet d’une détestation de la part de nombre d’idéologues dits d’ ”extrême–droite” (mouvances hors FN) et de leur public. Elle s’expliquait par la jalousie et aussi par le fait que ”ce juif ” chassait sur leurs propres terres et développait mieux qu’eux certaines de leurs idées et analyses. Une captation d’héritage, en sorte. L’antisémitisme de ces milieux, quoiqu’en fort déclin du fait de son déphasage avec la situation présente et totalement dépassé par la judéophobie musulmane et de gauche, reste toujours vivace surtout dans les anciennes générations. J’ai souvent entendu dire que Zemmour était médiatisé et toléré parce qu’il était juif et – encore plus tordu – que BHL et lui occupaient, en tant que juifs, les bastions idéologiques de gauche et de droite afin de tout verrouiller. Alain Finkielkraut a été l’objet des mêmes supputations grotesques.

Mais, au fur et à mesure que la popularité de Zemmour progressait et qu’il en faisait cent fois plus à lui tout seul que toutes les chapelles intellectuelles et ”métapolitiques” de la mouvance ED, les dirigeants de cette dernière lui ont fait les yeux doux, l’ont approché, interviewé, etc. pour se raccrocher à sa locomotive, oubliant leurs anciennes préventions. En revanche, face à une gauche qui renoue subrepticement avec l’antisémitisme, en proportion de son islamolâtrie, Zemmour n’est pas aidé parce qu’il est juif…

La distance prise par Zemmour avec le FN de Marine Le Pen et Florian Philippot s’explique en grande partie par le gauchissement idéologique de ce dernier qui met la pédale douce, commettant une lourde erreur stratégique, sur l’identité, l’immigration et l’islamisation invasives et en revient aux vieilles thématiques encore paisibles des années 80, sans comprendre que nous sommes dans le cas d’urgence. Pourtant, Éric Zemmour est massivement approuvé par l’électorat et la majorité de l’appareil du FN, ce qui est déstabilisant pour sa direction.

Le prix du succès

La popularité de Zemmour bouscule l’oligocratie politique, d’autant plus qu’il se tient à la lisière de l’engagement politique, sans jamais franchir la ligne jaune électorale, mais en demeurant une menace pour les politiciens. Même s’il dit rester dans le champ métapolitique, il inquiète les politiciens. Détesté par les agents de l’idéologie dominante, Zemmour est aussi haï par une bonne partie des immigrés musulmans.

Si l’on voulait comparer Zemmour et BHL, on pourrait dire que leur seul point commun est l’influence idéologique par les écrits et médias. Outre qu’ils prennent des positions inconciliables sur tous les sujets, le premier ne se réclame pas de l’intellocratie mais des sentiments et des intérêts du peuple, ce qui fait sa force ; tandis que le second (”philosophe”) s’est peu à peu dévalué en apparaissant comme le porte–parole d’une classe dirigeante de gauche et cosmopolite, théoricien de l’abandon et du mépris du peuple autochtone comme de la démocratie (antipopuliste égale antidémocrate), respecté comme un patriarche par tous les grands médias.

Les mentions positives ou la présence de Zemmour sont, dans ces grands médias, limitées à Valeurs actuelles et au groupe Figaro, où il écrit, et à quelques émissions audiovisuelles. Diabolisé par 90% des autres médias – qui n’ont pas compris que le silence est plus efficace pour neutraliser que l’indignation – Zemmour s’impose comme le plus important opposant métapolitique et culturel au système et à son idéologie envahissante. La rançon de son succès et de son efficacité est qu’il risque sa peau. Le patriotisme est à ce prix, il n’a jamais été gratuit.

(1) Journaliste et écrivain, ne se prétendant pas ”philosophe” et n’appartenant pas à la classe politique.
(2) Les sept péchés capitaux sont 1) le racisme et la xénophobie (sauf contre les Blancs), 2) l’islamophobie (”stigmatiser ” l’islam), 3) le populisme (ou préférence pour la démocratie), 4) le souverainisme national, 5) l’homophobie et l’opposition à la cause sacrée LGBT, 6) le sexisme misogyne (sauf celui des musulmans), 7) la critique des dogmes écologistes.
(3) Il est possible que Nicolas Sarkozy soit influencé par les opinions de son entourage privé auquel il ne peut déplaire.