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El Khomri, le maillon faible

03/03/2016 – POLITIQUE (Présent 8559)

En plein débat sur la réforme du droit du travail, le ministre Myriam El Khomri, a dû être brièvement hospitalisée, on a parlé de « stress » parce qu’elle était lasse que des députés socialistes lui savonnent la planche pour la faire choir. En réalité, elle a bien glissé, mais dans sa baignoire, l’hygiène recelant des dangers insoupçonnés.
Quittant son lit de douleur, elle s’est donc attelée de nouveau à sa tâche, la mission impossible qui consiste à faire avaler à la gauche une réforme du Code du travail qu’applaudissent le Medef et la droite libérale. Elle a foncé sans états d’âme, le premier ministre ayant assuré qu’il « irait jusqu’au bout » malgré les cris des syndicats et les chuchotements de ses propres ministres.
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Las, à peine avait-elle repris le collier, que Valls et Hollande amorçaient la marche arrière ! Reculade ? Renoncement devant le flot des protestations ? Mais non ! Seulement, concertation avec les syndicats, explication avec les députés socialistes pour « améliorer » le texte, jure Hollande la main sur le cœur.
Pensez si la CGT va l’améliorer, qui en demande l’abrogation ! Aucun gouvernement d’ailleurs n’enterre un projet de loi ! Il le confie à une commission, il annonce une consultation nationale ou il en suspend l’application provisoirement, cela va de soi, et au bout d’un moment on n’en parle plus. Là, Valls consulte jusqu’à ce que son texte, passé à la moulinette syndicale, ne soit plus qu’un simulacre de réforme.

Myriam El Khomri ne sait plus sur quel pied danser, elle sait seulement que ce ne doit pas être dans sa baignoire. En bon petit soldat, elle s’inclinera. C’est pour cela qu’elle a été choisie. Rien ne la prédisposait à occuper ce poste clé.
Jusque-là secrétaire d’État à la politique de la Ville après avoir été chargée de l’enfance à la mairie de Paris, le droit du travail lui était Terra incognita. Il y avait sur les rangs des postulants bien plus compétents, tels Alain Vidalies ou Jean-Marc Germain. Mais ils étaient moins dociles, car ils pesaient d’un autre poids politique que Mme El Khomri. À ces hommes « forts », on a préféré ce maillon faible que Valls et Hollande peuvent soumettre à leur guise, elle suivra fidèlement leurs tours et détours.

Lors du récent remaniement, le critère pour nommer les nouveaux ministres et sous-ministres était leur capacité à avaler les couleuvres de l’Élysée et de Matignon. Voyez les écologistes, qui sans frémir, en une semaine, ont accepté de voir l’activité des centrales nucléaires prolongée de dix ans, constaté le dépôt d’un amendement du gouvernement mettant fin à la règle « pollueur-payeur » et, enfin, la décision d’un tribunal autorisant la prospection pour le gaz de schiste !

Revenons à la slalomeuse de baignoire. Elle n’a évidemment aucune autorité face aux syndicats qui savent qu’elle n’est qu’un pion sur l’échiquier du gouvernement, ils ne lui accordent donc aucun crédit. D’ailleurs, la concertation avec eux se fera autour de Valls, Myriam El Khomri n’en étant que la greffière en chef. Alors que le chômage déchire le tissu national, un ministre du travail sans autorité et déjà déconsidéré ne peut qu’aggraver de son insignifiance personnelle l’impuissance générale pour le malheur du pays.

Guy Rouvrais