Loi El Khomri : la réforme du Code du travail ne passe pas à gauche

19/02/2016 – POLITIQUE (NOVOpress)
Le MEDEF en a rêvé, Myriam El Khomri l’a fait, c’est le sentiment d’une bonne partie de la gauche, qui se braque à l’idée d’un passage en force de la réforme du Code du travail.

Le projet de loi de Myriam El Khomri sur la réforme du Code du travail braque la gauche. Alors que le texte n’est même pas arrivé sur les pupitres des députés, les frondeurs du PS – et pas qu’eux — mettent en garde le gouvernement tant sur le fond du texte que sur la forme.

Pour la forme, Myriam El Khomri a menacé d’emblée de recourir au 49.3. « Nous voulons convaincre les parlementaires de l’ambition de ce projet de loi. Mais nous [avec le Premier ministre] prendrons nos responsabilités. » Cette phrase, prononcée par le ministre du Travail a mis le feu aux poudres. Elle porte bien la patte de la méthode Valls, habitué à mettre une pression maximale en début de négociation et à ne pas lâcher par la suite, comme l’a montré l’adoption sans vote de la loi Macron, une grosse arête qui est restée coincée dans la gorge des députés socialistes.

Cette polémique-là devrait s’éteindre rapidement, le « président » Hollande ayant depuis exclu le recours au 49.3. « Il y aura un débat parlementaire approfondi et une majorité. On ne pourra jamais reprocher à François Hollande de ne pas être un homme de dialogue. » On ne pourra surtout pas lui reprocher de voir son gouvernement « de combat » (sic.) contraint à la démission à moins d’un an des présidentielles. En effet, les parlementaires peuvent s’opposer au 49.3 en déposant une motion de censure. Un acte de défiance fort puisque son adoption conduirait à renverser le gouvernement.

Sur le fond, cela risque d’être plus compliqué.
« Nous résisterons », prévient d’emblée Christian Paul, député de la Nièvre et chef de file des « frondeurs » du PS. Pour lui, la loi El Khomri est « un contresens économique et historique majeur. Ça n’est pas une vocation de la gauche de réduire la protection des salariés ! » Dans le collimateur de l’aile gauche du PS : Le fort plafonnement des indemnités versées par l’employeur lorsque celui-ci est condamné pour licenciement abusif aux prud’hommes. « Demain, vous pourrez licencier abusivement ! », s’offusque Laurent Baumel, député « frondeur » d’Indre-et-Loire.
Ils y voient aussi, avec la prééminence de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche « un enterrement pur et simple des 35 h ».

De fait, on imagine d’ici la levée de boucliers au PS si les mêmes mesures avaient été proposées par un gouvernement LR… le quotidien Les Échos y voit d’ailleurs « un texte qu’aurait pu — et dû — rédiger la droite ». Ce qui est certain, c’est que les employeurs vont gagner en flexibilité et pourront réduire le coût du travail.