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Turquie – Syrie : tension maximale

09/02/2016 – MONDE (NOVOpress)
La Turquie a annoncé être prête à ouvrir ses frontières aux dizaines de milliers de Syriens qui fuient les combats autour d’Alep. La Russie dénonce de son côté les mouvements de troupes turques qui laisseraient présager une offensive terrestre d’Ankara en Syrie.

Si les Syriens poussés à l’exode « sont à nos portes et n’ont pas d’autre choix, nous devons laisser entrer nos frères et nous le ferons », a déclaré le président turc Erdogan. Il n’a cependant pas précisé quand les Syriens pourraient entrer en Turquie. À date, le poste-frontière d’Oncupinar semble encore fermé. Il s’agit du dernier point de passage officiel entre les deux pays encore accessible aux quelque 30 000 Syriens qui ont fui les combats autour d’Alep et attendent dans des conditions très précaires.

En filigrane, Erdogan fait pression sur les Européens au sujet des réfugiés : pressé de répondre à la crise humanitaire, il explique, par la voix de son vice-Premier ministre Numan Kurtulmus qu’avec 2,7 millions de réfugiés syriens, la Turquie « a atteint les limites de sa capacité ». Et en dépit des sommes importantes promises par l’UE, le pays ne semble pas décidé à réguler le flot de clandestins qui quittent son sol vers la Grèce. L’une et l’autre questions sont donc de puissants leviers pour obtenir de l’UE des rallonges de crédits ou des avantages politiques. Il est significatif que la chancelière allemande Angela Merkel ait fait un déplacement à Ankara lundi. Qu’a-t-elle encore promis à Erdogan ?

Celui-ci joue un jeu serré. Ses protégés de l’État Islamique et d’autres milices islamistes sont menacées d’encerclement total dans la région d’Alep. L’objectif ultime des forces gouvernementales, de parvenir à la frontière turque pour empêcher tout passage de rebelles et d’armes à partir de la Turquie, est en passe d’être atteint, grâce à l’appui aérien russe.

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Erdogan ne peut laisser s’effondrer sa stratégie dans la région. Il a affirmé que la Turquie était prête à « faire tout ce qui est nécessaire » pour sauver les rebelles, tandis que l’Arabie saoudite envisage désormais de participer à une opération terrestre en Syrie si la coalition antijihadistes conduite par Washington en prend la décision.
C’est aussi l’option turque, si l’on en croit Moscou, qui dénonce depuis plusieurs jours les mouvements de troupes d’Ankara aux abords de la frontière. Plus grave, le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachankov affirme avoir fourni à la communauté internationale des « preuves vidéo irréfutables», montrant que l’artillerie turque bombarde des agglomérations syriennes au nord de la ville syrienne de Lattaquié.

Sur le plan diplomatique, les négociations sont toujours au point mort, les négociateurs de « l’opposition » accusant la Syrie et la Russie de rendre impossible les discussions du fait des offensives en cours. Damas, qui est en position de force sur la table des négociations, a joué cartes sur table en expliquant, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu’il était « impossible » de mettre en œuvre un cessez-le-feu en Syrie tant que les frontières avec la Turquie et la Jordanie ne seraient pas bouclées.
Le Groupe international de soutien à la Syrie se réunira jeudi à Munich et l’ONU espère remettre sur les rails le 25 février les pourparlers indirects entre gouvernement et opposition à Genève.