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Mariage gay : Sarkozy, l’homme sans convictions

25/01/2016 – POLITIQUE (Présent 8531)

Pour redevenir président de la République, Nicolas Sarkozy est prêt à tout, même à être sincère ou à feindre de l’être. Mais quand l’est-il ? Quand dit-il la vérité, sa vérité, s’il en a une ? Lorsque dans son livre il évoque « le mariage pour tous », il n’est plus question de son abrogation. Ce n’est pas son premier revirement, sera-ce le dernier ? Pourquoi Sarkozy a-t-il renoncé à abolir cette funeste loi ? Si on l’en croit c’est, tenez-vous bien, qu’il a réfléchi, ce qui l’a conduit à changer d’avis : « A la réflexion, je crains que, compte tenu de l’état de tension et de division de la société française auquel a abouti la méthode de François Hollande, le remède soit pire que le mal. »
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Quand, en 2014, il prônait un « mariage pour les homosexuels », mais différent « dans ses conséquences sur la filiation » du « mariage pour les hétérosexuels », entraînant la « réécriture » du texte, c’était donc qu’il n’avait pas assez réfléchi. Sa réflexion fit un pas de géant quand, exposant cette idée irréfléchie devant les opposants au « mariage pour tous » qui lui crièrent « Abrogation ! Abrogation ! » il leur lança : « Si vous préférez qu’on dise (qu’il faut) abroger la loi Taubira pour en faire une autre… En français, ça veut dire la même chose… Ça aboutit au même résultat. Mais enfin, si ça vous fait plaisir, franchement, ça ne coûte pas très cher. »

Ça lui coûte cher, pourtant : sa crédibilité. Il cède au dernier qui a parlé. Étant sans idée arrêtée sur ce sujet-là, comme sur d’autres, il sombre dans la démagogie, pour « faire plaisir », espérant piper quelques voix des adversaires de la loi Taubira, réunis dans une tendance de LR (UMP à l’époque) Sens commun. Il voulait qu’ils votent pour lui afin qu’il accède à la présidence de sa formation. Maintenant, sa priorité est autre : remporter la primaire. Or, les votants n’auront pas le choix : ses principaux concurrents Juppé, Fillon, Le Maire, refusent aussi de supprimer cette loi, seul Hervé Mariton le propose. Continuer à prôner l’abolition de ce « mariage » lui serait un handicap et non pas un atout, dans le cadre d’un large électorat de 3 millions d’électeurs, pense-t-il. Ses arguments ne sont qu’un emballage improvisé pour justifier cette nouvelle trahison : « Je ne souhaite donc pas qu’on légifère à nouveau, parce que la priorité doit être de rassembler les Français. » Comment peut-il rassembler les Français s’il divise son propre camp sur cette question en méprisant ceux devant lesquels il a promis l’abrogation ?

Mais cette trahison, il a tort de croire que seuls les adversaires du « mariage pour tous » lui en feront grief. Même ceux qui y sont favorables constatent son opportunisme, ses déclarations qui varient en fonction de ses intérêts électoraux. Ce qu’il professe aujourd’hui ne sera pas sa vérité de demain, frappant de suspicion ses engagements et ses promesses dans quelque domaine que ce soit. Ce ne sont que quelques lignes dans son livre, mais elles risquent de réduire à néant son grand dessein, séduire de nouveau les Français en faisant croire qu’il a changé. Or, il est toujours le même, un homme sans conviction gouverné par une seule ambition, exercer le pouvoir.

Guy Rouvrais