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Quand Bruxelles n’aime pas la Pologne

Source : Boulevard Voltaire
Le 13 janvier, la Commission européenne a décidé de lancer à l’encontre de la Pologne une procédure — inédite — de « sauvegarde de l’État de droit ». Rien que cela…

Le 13 janvier, la Commission européenne a décidé de lancer à l’encontre de la Pologne une procédure – inédite – de « sauvegarde de l’État de droit ». Rien que cela…
De quoi Varsovie s’est-il donc rendu coupable ? D’une proclamation de l’état d’urgence ? Non, l’état d’urgence, la Pologne a déjà donné, en 1981, avec le général Jaruzelski et ses cohortes staliniennes. Et cela n’avait pas autant ému nos vierges effarouchées d’aujourd’hui. L’état d’urgence pour trois mois, renouvelable au besoin et que l’on voudrait inscrire dans la Constitution ? Non, cela, c’est en France que cela se passe aujourd’hui, une France peut-être bien mal placée pour s’ériger en donneuse de leçons sur ces sujets, non ? D’élections truquées ? Non, la majorité de droite en Pologne a été élue démocratiquement, et nettement, le 25 octobre dernier.

Certes, c’est une droite conservatrice. Mais il va falloir que nos technocrates européens, qui se sont érigés en gardiens de la démocratie, s’habituent, après la Hongrie de M. Orbán, la Grèce de M. Tsípras, maintenant la Pologne, demain le Royaume-Uni et, espérons-le, la France après-demain, à des majorités démocratiquement élues décidées à défendre enfin leur peuple, leur économie, leur culture à partir d’autres critères que ceux de Bruxelles, par trop déconnectés du réel.

Donc de quoi accuse-t-on la Pologne ? En gros – et les contempteurs de Varsovie, chez nous, font souvent du « en gros » – d’une reprise en main des médias et de la justice. On se dit que les médias et les juges français sont quand même très mal placés pour donner au reste du monde des leçons d’indépendance… Et puis, on se demande au nom de quoi l’Union européenne s’arroge le droit de contrôler des réformes sur les modes de nomination du tribunal constitutionnel ou des chaînes publiques d’un pays membre. La France est-elle si exemplaire sur ces sujets ?

Le ministre des Affaires étrangères polonais, Witold Waszczykowski, a dû prendre la plume, dans Le Monde, avec une tribune au titre éloquent : « Non, la démocratie n’est pas menacée en Pologne ! »
Son argumentation est convaincante et rappelle au passage l’Union européenne au respect de ses propres principes, notamment celui de subsidiarité. Son propos est clair, vigoureux, et l’on aimerait que le chef de la diplomatie française – enfin, le prochain – soit un jour capable de parler ainsi au nom de la France : « Nous sommes favorables au renforcement de la solidarité et de la responsabilité au sein de l’Union européenne, mais ne vous y trompez pas : nous allons également défendre le droit de chaque pays à prendre lui-même les décisions qui concernent directement ses citoyens. Nous disons “non” à une Europe supranationale, fédéralisée, car ce n’est pas ce dont nos pays ni nos citoyens ont besoin. »

Il est sidérant et révoltant que l’Union européenne, qui a le feu à la grange, comme on dit chez nous, sur les questions migratoire, terroriste, économique, et dans ses relations avec le Royaume-Uni, la Turquie et la Russie, et qui court un risque de délitement, se mette à chercher des poux dans la tête des Polonais. Il ne faudrait pas que Bruxelles, à force de jouer le triste rôle de la concierge acariâtre qui entretient très mal les parties communes tout en se permettant de tancer sans vergogne les bons locataires de l’immeuble, finisse par les faire partir rejoindre l’immeuble d’en face. Si M. Hollande et Mme Merkel étaient encore un couple crédible et des locataires respectés, il faudrait vraiment qu’ils disent à la concierge bruxelloise de cesser ses mauvaises façons.

Pascal Célérier