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La démesure de nos élus : les métropoles !

01/12/2015 – SOCIÉTÉ (NOVOpress)
Comment se faire entendre dans un monde de plus en plus centralisé, de plus en plus global ? À l’époque où nos élus militent pour l’uniformisation des esprits, un centralisme plus dur et la perte des souverainetés nationales, nous voyons nos territoires redécoupés selon des intérêts qui souvent nous échappent. Les élections régionales sont là pour nous le rappeler.

En moins de deux ans, aussi bien pour nos régions que nos cantons, nos élus jacobins ont redessiné la carte de France selon leurs bons désirs. Ce qui aurait dû demander une large concertation fut bouclée très rapidement par une élite républicaine de plus en plus déconnectée des réalités de nos terroirs. Là où nous aurions pu faire naître une véritable coopération des élus locaux et de l’ensemble de la population, nous avons eu le spectacle lamentable de petits arrangements entre copains.

Nous avions l’occasion de réaliser une grande réforme territoriale. Une réforme qui nous aurait permis de prendre en compte les réalités géographiques, historiques, culturelles, économiques et démographiques de nos régions pour enfin en faire des provinces fortes, soudées autour d’identités enracinées dans des terroirs divers. Au lieu de ça, nous avons aujourd’hui des régions sans âme qui n’intéressent plus grand monde si ce n’est les élus qui s’en serviront le plus souvent comme des tremplins pour des ambitions personnelles ou des luttes partisanes.

La démesure est le dernier avatar de notre système. Jusqu’au milieu du XXe siècle, nous avions des communes pleines de vie, réparties en plusieurs départements composant des régions plus ou moins bien équilibrées. Pour répondre à un besoin de terrain, souvent inscrit dans une réalité géographique, les élus locaux ont été à l’initiative de créer en plus des pays et des communautés de communes permettant de souder des énergies locales autour de projet commun enraciné dans une réalité historique.
Ces dernières institutions, actuellement remises en cause par l’action de préfets zélés en vue d’un redécoupage départemental, représentaient des besoins locaux et répondaient à une volonté de faire vivre des identités locales fortes. De cette dynamique, nous aurions dû nous en inspirer pour faire naître des régions capables d’être de véritables acteurs de notre vie politique tout en étant les dignes représentantes des richesses si diverses de notre pays.

Il suffit de se balader sur les routes de France pour distinguer la présence encore bien visible de ces richesses. La beauté de nos paysages en France s’exprime dans chacune de nos vieilles provinces. Elle est l’écho du savoir-faire de nos anciens. Cette beauté est le reflet et le témoignage d’identités ancrées solidement dans des terroirs.
Il n’est pas anodin de voir nos grands élus s’éloigner de plus en plus de cette réalité en les voyant de partout défendre l’idée de grandes métropoles, dénaturant profondément l’héritage naturel et culturel de nos vieilles provinces. Cette démesure des métropoles, rassemblant des habitants bien souvent déracinés, perdus dans une logique individualiste et consumériste, est le reflet d’une volonté de déconstruction.

paris

À travers ces projets mégalomanes, nous pouvons distinguer une véritable volonté centralisatrice des pouvoirs au détriment de décisions partagées, plus respectueuses des identités charnelles, mais aussi plus attachées à une certaine forme de localisme. En concentrant les investissements sur ces grandes métropoles, nous tournons définitivement le dos à notre logique plus humaine de répartition équitable des richesses avec un véritable esprit de respect environnemental.
L’historien Pierre Vial disait il y a peu : « La civilisation du béton est une civilisation de mort. » Nous y sommes. Pour le constater, il suffit de se rendre à Paris, Lyon, Lille, Toulouse, pour se rendre compte du désastre.
Ces grandes métropoles font rêver certains. Pour ma part, je n’y vois que des centres urbains réservés à une élite, entourés de villes dortoirs résidentielles et de banlieues, bien souvent devenues des zones de non-droit, attirant à elles la grande majorité des investissements publics.

C’est le comble de notre République ; nous ne cessons de parler de démocratie, mais jamais le peuple ne fut si peu concerté sur des sujets aussi importants !

Vincent Revel

Crédit photo : Jean-Raphaël Guillaumin via Flickr (CC) = Lyon
Crédit photo : victortsu via Flickr (CC) = Paris