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Messieurs les curés, ne vous trompez pas d’assassins !

30/11/2015 – SOCIÉTÉ (NOVOpress)
Flavien Blanchon réagit à la tribune de l’abbé Hervé Benoît, « Les Aigles (déplumés) de la mort aiment le diable ! », qui comparait terroristes et victimes des attentats du 13 novembre.

J’ai coutume de dire que Vatican II, comme la plupart des révolutions, a abouti au pire du nouveau tout en conservant le pire de l’ancien. Le jugement est peut-être un peu injuste. Il s’applique en tout cas parfaitement à la manière dont certains commentateurs catholiques se sont efforcés, depuis quinze jours, d’établir une espèce d’équivalence entre les victimes des attentats et leurs assassins, comme si les uns et les autres n’étaient, au fond, que deux faces d’une même crise spirituelle de la « jeunesse française ».

Cette thèse a trouvé son expression la plus grossière dans la fameuse tribune de l’abbé Hervé Benoît, « Les Aigles (déplumés) de la mort aiment le diable ! », où les victimes du Bataclan, « pauvres enfants de la génération bobo » sont qualifiés de « morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschischins, sont leurs frères siamois. Mais comment ne pas le voir ? C’est tellement évident ! Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… »
Si l’on revient sur ce texte, ce n’est pas pour s’acharner sur l’auteur – mis au pilori par les médias et d’ores et déjà frappé par son évêque, avec une célérité qui n’était pas de mise quand il s’agissait de prêtres pédophiles. C’est que la tribune de l’abbé Benoît révèle les tares de tout un milieu catholique que, pour faire vite, on peut qualifier de conciliaire conservateur. Le moralisme pharisien (le pire de l’ancien) s’y marie au politiquement correct dhimmisé (le pire du nouveau), pour produire une impuissance complète à remonter aux vraies causes du carnage : à l’immigration de masse, ses fauteurs et ses complices.

Laissons ce qu’il peut y avoir de propre à l’abbé Benoît – qui se prend pour Léon Bloy, sans en avoir ni le souffle ni même la grammaire française. Au-delà de l’outrance et de la pauvreté du style, on reconnaît sans peine la vieille apologétique puritaine et culpabilisatrice qui, après toutes les catastrophes, des épidémies aux tremblements de terre en passant par le naufrage du Titanic, se hâtait de crier au jugement de Dieu contre les décolletés des femmes et les danses immodestes. Quand l’abbé Benoît dénonce les rockers « avec leurs tatouages virils, leurs admiratrices en bikini et leurs grosses motos », le ressentiment saute aux yeux – y avait-il donc des bikinis au Bataclan ? Et ceux qui ont été assassinés au restaurant ou à la terrasse des cafés ? Et les chrétiens d’Orient massacrés à la messe par les mêmes tueurs que ceux de Paris ? Mais quelle idée l’abbé Benoît et ses pareils se font-ils donc de Dieu ?

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Le Bataclan après les attentats du 13 novembre

On jugera du niveau théologique de l’abbé Benoît par la citation de Grégoire de Nysse qu’il produit fièrement en conclusion de son article, à titre d’autorité patristique : « Quand on dit que Dieu inflige un châtiment douloureux à ceux qui font un usage pervers de leur liberté, il convient de comprendre que c’est en nous-mêmes que ces souffrances ont leur principe et leur cause » (La Vie de Moïse, 2, 87). Mais Grégoire de Nysse – que l’abbé Benoît appelle « Grégoire Nysse », ignorant apparemment que Nysse était le nom de son diocèse –, parle ici des souffrances de l’Enfer, que, explique-t-il, les damnés s’attirent par le mauvais usage de leur liberté. Il ne s’agit en aucune manière des souffrances subies en cette vie (1). Ou bien l’abbé Benoît a trouvé sa citation sur Internet, en même temps que ses notions sur les Eagles of Death Metal, ou bien il n’a rien compris à Grégoire de Nysse.

Ces passages-là, si le style en était un peu plus relevé, pourraient avoir été transcrits du plus mauvais XIXe siècle. Mais l’abbé Benoît reprend en même temps le discours officiel des politiciens et des médias du Système. Comme eux, il soutient que la violence n’a rien à voir avec l’islam : que les djihadistes sont aussi éloignés du véritable islam que les bobos du Bataclan le sont du vrai christianisme. Que dis-je ? Plus éloignés encore. Il l’écrit en propres termes :
« Les uns se gavaient de valeurs chrétiennes devenues folles : tolérance, relativisme, universalisme, hédonisme… Les autres, de valeurs musulmanes devenues encore plus folles au contact de la modernité : intolérance, dogmatisme, cosmopolitisme de la haine… » (je souligne). C’est exactement ce qu’a déclaré François Hollande, dans son discours d’hommage officiel aux victimes : « C’est le fanatisme, l’obscurantisme, celui d’un islam dévoyé qui renie le message de son livre sacré ». L’abbé Benoît, lui aussi, ne mentionne l’islam que pour le disculper. Quant à l’immigration, lui aussi, il la passe entièrement sous silence. Si dans quelques siècles, après que notre civilisation aura disparu, des historiens du futur n’ont comme source que la tribune de l’abbé Benoît, ils ignoreront qu’il y avait des immigrés en France.

Mlle Madeleine Bazin de Jessey, porte-parole de Sens Commun – le mouvement, comme on sait, des « jeunes de la Manif pour tous » devenus sergents recruteurs à l’UMP –, a certes de meilleures manières que l’abbé Benoît. Au lendemain des attentats, elle a rédigé pour Le Figaro une composition d’écolière bien soignée , un tantinet grandiloquente. Mais elle aussi prétend qu’il n’y a pas d’immigration. Les tueurs étaient de jeunes Français, « nos enfants », qui avaient eu la mauvaise fortune d’être mal élevés (« Si Daech a pu planter dans le crâne de ces Français son sinistre drapeau noir, c’est parce que nous y avions nous-mêmes semé la culture du vide »). Car les jeunes Français, tout naturellement, deviennent islamistes par réaction à la décadence des mœurs et au déclin de la culture. Mlle Bazin de Jessey, exactement comme l’abbé Benoît, affecte la symétrie : « Ils avaient besoin d’histoire et de modèles identificatoires, nous leur avons appris à haïr notre passé à travers des séances d’auto-flagellation permanentes qui les ont entretenus, pour les uns, dans une culpabilité étouffante, et pour les autres, dans une victimisation haineuse ». Parce que, parmi les tueurs du 13 novembre, il y avait beaucoup de jeunes Français « étouffés par la culpabilité » pour le passé de leur pays ?

Tout cela serait grotesque si la situation n’était pas si grave. Le fait est que – quoi qu’il en soit par ailleurs des goûts musicaux des jeunes du Bataclan, de leur vie sexuelle et de la qualité des programmes scolaires –, les 130 tués du 13 novembre seraient tous vivants sans la folie de l’immigration de masse en Europe. Ces derniers temps, au nom de l’accueil des « réfugiés », on a atteint le stade de la folie furieuse. Mais la démence criminelle de l’immigrationnisme ne date pas d’aujourd’hui : elle a cinquante ans et cela fait cinquante ans qu’elle tue. Elle tuera toujours davantage, jusqu’à ce que l’on y mette un terme. Certains des tués du 13 novembre durent avoir part à ce délire, ne serait-ce que par leur bulletin de vote. Mais la culpabilité incombe pour l’essentiel aux générations précédentes. Les jeunes victimes n’étaient pas même nées quand Giscard et Chirac – qui gâtifient dans le luxe et mourront dans leur lit – organisèrent l’immigration de peuplement par le regroupement familial. Les fils, une fois de plus, expient les fautes de leurs pères.

Si les catholiques comme l’abbé Benoît n’en disent mot, n’est-ce pas que, de ce grand massacre des peuples d’Europe, dont la tuerie du Bataclan est l’emblème, les chefs de l’Église catholique ont été et demeurent les complices conscients et actifs ? L’abbé Benoît a, paraît-il, 55 ans. Il n’a jamais, que l’on sache, émis la moindre réserve vis-à-vis de l’immigrationnisme de sa hiérarchie. La revue catholique conservatrice La Nef, où il tient une chronique tous les mois, avait hautement défendu le voyage pontifical de propagande immigrationniste à Lampedusa, s’indignant même dans un éditorial  « des râleries sourdes contre les discours de Lampedusa de François ». Et vous irez après cela donner des leçons posthumes aux victimes ! La paille et la poutre, cela ne vous dit rien ?

L’abbé Benoît fait la morale : « Si vous ouvrez la porte au diable, il se fait une joie d’entrer ». Et après que vous avez ouvert la porte à des millions d’immigrés musulmans, Monsieur l’Abbé, que se passe-t-il en France ?

Flavien Blanchon

(1) « Celui en effet », continue Grégoire de Nysse dans la phrase qui suit immédiatement, « qui aura vécu sans péché ne connaîtra ni la ténèbre, ni le ver, ni la géhenne, ni le feu, ni aucune de ces terribles réalités » – j’utilise la traduction du cardinal Daniélou, qui est celle que suit l’abbé Benoît (ou sa source). Au paragraphe précédent, Grégoire de Nysse avait cité Saint Paul : « Par la sécheresse et la dureté de ton cœur tu thésaurises pour toi de la colère pour le jour de la colère et de la manifestation des jugements de Dieu qui rendra à chacun selon ses œuvres ». Voir La Vie de Moïse, 86-88 (Sources Chrétiennes, n ° 1 bis, p. 157-159 ; dans la Patrologie grecque de Migne, t. 44, col. 352).