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À propos de la dénonciation des attentats par le CFCM

Source : Boulevard Voltaire Il est rigoureusement légitime, en démocratie, qu’un citoyen non musulman se pose la question de la responsabilité de l’islam dans ces violences.

Vendredi dernier, le CFCM a diffusé un texte dans les mosquées de France « dénonçant sans équivoque ces attentats » […] et répétant que « devant les amalgames […] qui risquent de nous faire subir une nouvelle vague de stigmatisations et d’actes islamophobes, nous ne devons jamais nous lasser de dire haut et fort que l’islam authentique est à des années-lumière de l’idéologie de haine de ces criminels ».
Le texte dit encore qu’il est « légitime de se demander si – en tant que musulmans – nous devions, encore une fois, nous justifier devant nos compatriotes, comme si nous étions des “présumés coupables” ». D’avance, les jalons sémantiques sont ainsi posés, interdisant toute interprétation autre que celle du CFCM sous peine de stigmatisation et d’islamophobie : voilà l’élément dialectique – sous-jacent – qui me semble assez terrifiant.

Il est rigoureusement légitime, en démocratie, qu’un citoyen non musulman se pose la question de la responsabilité de l’islam dans ces violences, et non moins scandaleux qu’il reçoive en retour des réponses exclusivement basées sur un mode accusatoire, de la part aussi bien du (pauvre) politique que du religieux (qui fait son boulot). Le rejet de la violence n’est pas une vertu spécifiquement musulmane, il se rencontre chez tout homme de bonne volonté, et il en existe des millions en dehors de l’islam.

Le non-musulman un peu curieux pressent toutefois (l’islam vu par les kouffar) que cet homme ne saurait être qu’un musulman avant la lettre, un musulman qui s’ignore, dont le seul accommodement raisonnable est, à terme, la conversion à l’islam : eh bien, non ! Par ailleurs, si amalgame (entre violence et islam) il y a, il est pratiqué en première instance par des criminels se réclamant du Coran, d’Allah et de son prophète : le problème se situe donc en premier lieu en islam, non en dehors.
Si, comme il est dit en boucle, les premières victimes de l’islamisme sont les musulmans eux-mêmes, cela signifie bien que l’islam est en proie à une guerre civile, que l’islam est d’une certaine façon islamophobe, et que les musulmans devraient y mettre bon ordre avant d’invoquer un amalgame extérieur.

Le texte du CFCM dit encore que « les versets coraniques et les hadiths authentiques sont sans équivoque quant au bannissement de tout acte qui attente à la vie des innocents ». Encore une fois, pas besoin d’être musulman pour condamner l’atteinte à la vie : le CFCM oublie simplement d’y joindre sa définition de « l’innocent »…
Le texte du CFCM précise également que le djihad se décline en quatre catégories principales : « le djihad contre soi-même », « le djihad par la pensée », « le djihad par l’écriture », « le djihad par l’argent ».

Curieusement, « le djihad par les armes » est exclu de l’énumération principale, mais évoqué de la manière suivante : « L’islam n’autorise le djihad par les armes qu’en cas d’extrême nécessité, en cas de légitime défense lorsque les musulmans sont attaqués par leurs ennemis, et que toutes les voies pacifiques échouent. » Encore une fois, pas besoin d’être musulman pour invoquer la notion de légitime défense.
Sauf que, là encore, le CFCM omet de nous donner sa définition de « l’extrême nécessité », de la « légitime défense », et de ce qu’est un « ennemi de l’islam ». Je serais très heureux de connaître cette dernière définition, afin de savoir si, à tout hasard, le « kaffir » que je suis, et qui refuse clairement d’adhérer à l’islam, peut être considéré, à la lumière du Coran, comme « ami » de ce dernier. Et quelle que soit la réponse du CFCM, d’y joindre la preuve qu’elle ne constitue pas une « taqiya ».

Silvio Molenaar
Nouvelliste

Crédit photo : Chris Yunker via Flickr (CC) = Grande Mosquée de Paris