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La Croatie, « Antemurale Christianitis » ?

08/11/2015 – MONDE (NOVOpress)
Les législatives croates se tiennent aujourd’hui, le 8 novembre. Sans donner de consigne de vote, la hiérarchie catholique défend l’identité nationale. Pour autant, le clergé suit la ligne immigrationniste du Pape François… du moins officiellement.

Aujourd’hui, les Croates sont appelés aux urnes pour élire les 140 députés de leur Parlement. S’ils suivent les consignes du clergé, ils devraient donner congé à la coalition sortante dirigée par le parti social-démocrate (SDP), héritier de l’ancienne Ligue des communistes de Croatie.

Choisissez les programmes axés sur le renforcement de l’État et de l’identité croate, la lutte contre la corruption et la justice sociale pour tous les citoyens

exhortait le cardinal Josip Bozanic, archevêque de Zagreb, dans une lettre aux fidèles rendue publique le 27 octobre, à quelques jours des élections législatives. Le message du prélat était clair, il faut chasser du pouvoir les tenants du libéralisme et du matérialisme. L’influent hebdomadaire de la Conférence épiscopale  Glas Koncila (La Voix du Concile) ne dit pas autre chose. Il faut mettre fin à « de nombreuses années d’affaiblissement systématique de la Croatie »

Si depuis une dizaine d’années, l’Église catholique croate n’entretient plus de lien « organique » avec le parti HDZ (l’Union démocratique croate) fondé par Franjo Tudjman, elle reste proche de ses positions plus traditionnelles que celles du SDP. Dans un pays ou 86,28 % des habitants se déclarent catholiques et environ un tiers sont des pratiquants réguliers, l’Église assume toujours une dimension « nationale » et reste un marqueur fort de l’identité.
Elle sait mobiliser quand il le faut, comme en 2013, quand l’épiscopat a fait bloquer l’introduction d’un programme d’éducation sexuelle dans les écoles. Le clergé s’est engagé avec succès derrière le collectif « Au nom de la famille », lors du référendum sur l’inscription dans la Constitution de la définition du mariage comme l’union d’un homme et d’une femme.

Pour autant, le clergé croate est officiellement en faveur de l’accueil des « migrants » et contre la fermeture des frontières, suivant en cela la ligne édictée par le Pape François.
Cette position officielle n’a pas empêché Ivan Miklenic, rédacteur en chef de Glas Koncila, de dénoncer une semaine plus tard à la une de la publication

« l’idéologie de la mondialisation » visant à détruire « non seulement la famille, la nation, l’État-nation et l’identité culturelle, mais aussi, et peut-être surtout, les religions monothéistes du monde, en particulier le christianisme ».

L’amiral Davor Domazet, ancien chef d’état-major de l’armée croate, appelle la Croatie à redevenir le "Antemurale Christianitis", muraille de la chrétienté face à l'invasion musulmane.

L’amiral Davor Domazet, ancien chef d’état-major de l’armée croate, appelle la Croatie à redevenir le « Antemurale Christianitis », muraille de la chrétienté face à l’invasion musulmane.

Le même hebdomadaire a ouvert ses colonnes à l’amiral Davor Domazet, ancien chef d’état-major de l’armée croate, qui a appelé à déployer l’armée en soutien de la police : « Chaque pays doit défendre ses frontières et la frontière de l’État croate doit être respectée », concluant son propos par une référence à l’« Antemurale Christianitis » (le « rempart de la chrétienté »), la célèbre formule, toujours très présente dans l’imaginaire national, utilisée par le pape Léon X en 1519, lorsque les Croates bataillaient contre les Turcs.