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Crash de l’Airbus A321: la piste de la bombe, mais pas que…

06/11/2015 – MONDE (NOVOpress)
Toujours aucune certitude quant aux raisons du crash du charter russe Metrojet dans le désert du Sinaï. Si la piste de la bombe à bord reste la plus probable, elle n’est pas la seule évoquée, chaque hypothèse charriant son lot d’arrière-pensées. Passage en revue.

Comprendre les raisons d’un crash aérien est extrêmement complexe en l’absence de cause évidente ou quand se disputent plusieurs hypothèses. À ce jour, l’analyse des enregistreurs de données en vol, les fameuses « boîtes noires » n’ont donné aucun résultat définitif ; de plus, celle chargée des enregistrements du cockpit, très endommagée, n’est pas complètement exploitable. Les experts ont étendu les zones de recherche de débris à 28 km2 afin de reconstituer le « puzzle » de l’avion et tenter de comprendre ainsi ce qui s’est réellement passé.
Aussi, les déclarations des différents protagonistes sont sujettes à caution et non dénuées d’arrière-pensées politiques. Plusieurs scénarios se disputent les faveurs des experts et commentateurs.

L'une des "boîtes noires" récupérées dans la carcasse de l'A321. L'analyse des données en vol est indispensable pour comprendre ce qui s'est passé.

L’une des « boîtes noires » récupérées dans la carcasse de l’A321. L’analyse des données en vol est indispensable pour comprendre ce qui s’est passé.

1/ La bombe à bord
C’est bien sûr l’hypothèse la plus probable, celle en tout cas qui explique le mieux la subite désintégration de l’avion en vol, sans que les pilotes aient eu le temps de donner l’alerte.
Elle est corroborée par plusieurs éléments :
• Les conditions du crash, donc, l’avion se disloquant à près de 9 000 mètres d’altitude sans que les pilotes ne puissent réagir ou même lancer un SOS.
• La double revendication de l’État Islamique. Peu connue pour ses revendications fantaisistes, Daesh a affirmé par deux fois être à l’origine de la catastrophe. Si la première, très floue, laissait « sur leur faim » les observateurs, la seconde, émise par un djihadiste de type slave, donne du poids au message. Il serait en effet plus aisé à un djihadiste « caucasien » de se glisser parmi les passagers russes du charter avec des explosifs dans ses bagages, quitte à « mourir en martyr ».
• La porosité des services de sécurité de Charm-el-Check. L’aéroport est peu connu pour la rigueur de ses contrôles de sécurité. Les Britanniques ont d’ailleurs dépêché des équipes d’experts pour aider les autorités égyptiennes à « analyser le dispositif de sécurité à l’aéroport et de vérifier si des mesures supplémentaires sont nécessaires », selon un porte-parole du gouvernement anglais.
« L’aéroport a des lacunes en sécurité. Il est connu pour cela. Mais il y a des éléments du renseignement qui laissent penser que quelqu’un ait pu aider depuis l’aéroport », a souligné une source militaire américaine auprès de CNN.
• Le flash de chaleur, qui aurait été détecté par un satellite américain, selon les révélations de CNN mardi dernier, qui « suggère qu’un événement catastrophique — y compris peut-être une bombe — s’est produit en vol », indique CNN, tout en soulignant que les experts examinent d’autres possibilités.

La seconde revendication par l'EI de l'attentat met en scène un djihadiste "caucasien", donnant une certaine crédibilité à la thèse de la bombe placée à bord.

La seconde revendication par l’EI de l’attentat met en scène un djihadiste « caucasien », donnant une certaine crédibilité à la thèse de la bombe placée à bord.

Qui appuie cette thèse et pourquoi ?
Principalement les Américains et les Britanniques, ces derniers probablement plus par suivisme de leurs « cousins » yankees. Côté américain, c’est Obama en personne qui a évoqué cette thèse comme « sérieuse », Cameron la considérant de son côté comme « plus que probable ».

Alors que la Russie joue les empêcheurs de manipuler en rond des djihadistes « modérés » en Syrie, tout ce qui peut affaiblir la position de Poutine dans ce dossier est donc bienvenu. L’insistance depuis le début de l’affaire des diverses sources militaires, de renseignement ou politiques yankees à appuyer l’hypothèse terroriste finit d’ailleurs par être vaguement suspect.
[édité à 21h30] Pour autant, les tous derniers éléments extraits de la boîte noire de l’Airbus de Metrojet viennent encore appuyer cette thèse. Une source anonyme précise que le Flight Data Recorder (FDR) a brutalement cess

Infographie rassemblant les différents indice tendant vers la thèse de la bombe.  ©lefigaro.fr

Infographie rassemblant les différents indice tendant vers la thèse de la bombe.
©lefigaro.fr

é de fonctionner, un comportement symptomatique d’une «très soudaine décompression explosive».


2/ L’explosion d’un moteur
Selon la commission d’enquête égyptienne, citée par un média local, une explosion d’un des moteurs aurait pu causer le crash. Les enquêteurs égyptiens mentionnent « une puissante explosion, l’arrêt simultané de tous les moteurs, l’embrasement d’une partie du fuselage, puis la destruction d’une partie de l’avion encore en vol, et sa chute rapide et brutale. »

Qui appuie cette thèse et pourquoi ?
Ce sont les Égyptiens et eux seuls qui mettent en avant l’explosion d’un moteur. Alors que le pays est déjà gangrené par le terrorisme islamique, notamment dans le Sinaï, le pouvoir estime inutile de sembler donner des gages aux djihadistes. De plus, l’industrie touristique, déjà fort malmenée, aurait du mal à se remettre d’un attentat aussi meurtrier.

3/ La défaillance technique
Si les données des boîtes noires indiquent effectivement des problèmes avec le moteur, il doit plutôt s’agir, selon les experts russes, d’une défaillance : en cas d’« éclatement non localisé de la turbine », les ailettes de celle-ci, arrachées et propulsées à très grande vitesse, tranchent en effet l’aile et le fuselage de l’avion à la manière d’une scie circulaire. Il se produit alors une dépressurisation explosive du fuselage, qui entraîne à son tour la destruction totale de l’appareil. Cette hypothèse expliquerait également le fait que « les boîtes noires n’[ aient] fixé aucun appel des pilotes aux agents au sol avant l’accident », concluent les spécialistes russes : en cas de dépressurisation explosive du salon, ils n’auraient tout simplement pas eu le temps d’y réagir.

Bombe ou accident ? Pour le moment, les enquêteurs n'ont pas de certitude, creux qui avancent des hypothèses ne sont pas dénués d'arrière-pensées.

Bombe ou accident ? Pour le moment, les enquêteurs n’ont pas de certitude, creux qui avancent des hypothèses ne sont pas dénués d’arrière-pensées.

Qui appuie cette thèse et pourquoi ?
Même s’ils qualifient toute conclusion à ce stade de « spéculation » (notamment parlant la piste terroriste), les Russes semblent privilégier la thèse de l’accident moteur entraînant une dépressurisation brutale. Outre qu’elle explique les conditions du crash aussi bien qu’une bombe explosant en vol, elle présente l’avantage de ne pas faire crédit à l’EI de la catastrophe. Sur le plan intérieur, Poutine ne souhaite évidemment pas que l’émotion populaire liée à ce drame se retourne contre lui et contre son intervention en Syrie. Peut-être aussi ne souhaite-t-il pas voir cet événement le contraindre à réorienter ses bombardements tous azimuts vers le seul État islamique. [édité à 21h30]  Au vu des deniers éléments divulgués même les russes admettent maintenant que la piste de la bombe est crédible. si elle se confirmait, il s’agirait de l’un des attentants les plus meurtriers qu’aie eu à subir le pays.

4/ Le missile sol-air
Évoquée au début de l’affaire puis très rapidement écartée, la thèse du missile sol-air ne trouve plus guère de défenseurs, au motif que les djihadistes de l’État islamique ne disposeraient pas du matériel pour abattre un avion à haute altitude. Là encore, les premiers à dénoncer cette thèse furent les États-Unis, à qui des groupes de « rebelles modérés » avaient demandé des moyens anti-aériens, requête rejetée selon le Pentagone.

5/ Autres scénarios
Certains ont évoqué aussi la thèse d’un missile tiré par un avion de chasse à l’occasion des manœuvres conjointes entre les armées de l’air israélienne, américaine, polonaise et grecques qui se sont tenues sur la base d’Ovda près d’Eilat dans le sud d’Israël, à proximité du lieu du drame. Les manœuvres « Drapeau bleu » se sont bien closes le 3 novembre, date du crash, mais les tirs de missiles effectués durant cet exercice étaient fictifs. Si un tragique accident n’est pas impossible, il est en tout cas très improbable.

Enfin, citons pour mémoire l’événement météo extrême ou le météore.
La thèse de l’incident météo extrême, connu sous le nom de micro-rafale, n’est pas farfelue en soi : un courant violent, qui va du ciel vers le sol, peut plaquer un avion au sol et le détruire. Mais les cas répertoriés ont presque tous touché des avions en phase d’atterrissage.
L’hypothèse d’un tel accident météo est donc extrêmement improbable, de même que l’onde de choc d’une météorite percutant l’atmosphère et détruisant au passage l’avion.
Dommage, car cette hypothèse aurait arrangé presque tout le monde :
La compagnie aérienne, dédouanée de soupçons de mauvais entretien ou surexploitation de l’appareil.
Les Égyptiens, pour qui le caractère exceptionnel de l’événement n’aurait pas d’impact négatif sur le tourisme.
Les Russes, dont l’intervention en Syrie pourrait continuer à se dérouler sans accroc.
L’État Islamique, qui pourrait prétendre que c’est Allah en personne qui a commis l’attentat.
Finalement, il n’y aurait que les États-Unis qui n’y trouveraient pas leur compte…