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Quelle Europe ? Par Vincent Revel

04/11/2015 – EUROPE (NOVOpress)
Incapable d’avoir une ligne constructive à propos du problème syrien, Bruxelles joue encore avec le feu. Pour essayer de contraindre les Turcs à mieux contrôler leurs frontières, nos technocrates européens relancent une possible adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Face aux défis, crises, conflits et dangers de l’ère moderne – démographie croissante et galopante qui prévaut dans la majorité des pays musulmans et dans les pays en voie de développement, émergence politique et économique des puissances chinoise et indienne, défi du terrorisme islamiste et radicalisation du monde musulman, prolifération de la menace nucléaire, mondialisation des échanges, immigration de masse qui fragilise de nombreuses nations, loi des marchés financiers, grandes criminalités organisées, problèmes écologiques, impérialisme américain… -, l’Europe n’aurait-t-elle pas besoin, dans les années à venir, de se définir et de s’exprimer en tant que civilisation pour continuer à se faire entendre et respecter sur la scène internationale ?

L’Europe, à l’image de la France, défend, avec conviction et depuis trop longtemps, l’idée du multiculturalisme. L’ouverture aux cultures étrangères est devenue une obligation, une nécessité et un devoir pour les pays européens au point de vouloir les assimiler à nos sociétés et parfois les substituer à nos traditions.
Selon nos commissaires européens et les gardiens de la pensée unique, la diversité est considérée aujourd’hui comme une chance. Ce phénomène, typiquement occidental, est vécu comme une fatalité avec laquelle les nations européennes doivent se développer et vivre pour espérer construire un avenir radieux. Seuls les avantages du multiculturalisme sont mis en avant et jamais les inconvénients ne sont sérieusement pris en compte.

La diversité est désormais étroitement liée à l’égalité et les minorités visibles se trouvent à revendiquer des droits extranationaux. Une société moderne ne peut plus se dire juste et bonne si elle n’épouse pas aveuglément l’idéologie multiculturelle, broyant toute fierté d’être européen de souche occidentale. L’identité européenne, héritage de l’Histoire de notre continent, de nos nations et de nos provinces, doit s’effacer devant cette réalité imposée par Bruxelles.

Goutte d'Or

Marché Dejean, Quartier de la goutte d’Or, Paris

La majorité des partis politiques représentés au parlement de Strasbourg milite dans ce sens pour que nos pays s’adaptent mieux à l’étranger ; symbole de l’ouverture sur le monde. Paradoxalement, les militants du multiculturalisme décrient souvent avec mépris, mais aussi avec raison, la mondialisation et le libéralisme sauvage sans vraiment réaliser que leur idéologie naît et prend corps grâce à ce qu’ils dénoncent et combattent. Le brassage des peuples et des cultures fait partie intégrante des conséquences de la mondialisation et de l’évolution des marchés internationaux.

colonne_clandestins_slovenie

Une colonne de clandestins progresse en Slovénie, encadrée par la police. Ils ont transité pour la majorité d’entre eux par la Turquie.

L’Union européenne, ne voulant ou ne pouvant aller contre cette dynamique économique et migratoire, réfléchit, en dehors de tout critère culturel et géographique, aux adhésions de l’état islamo-mafieux du Kosovo et de la Turquie en tant que nouveaux membres.

Dans l’éventualité de l’aboutissement de ce projet, les frontières européennes seraient repoussées jusqu’à l’Irak, la Syrie et l’Iran. Sommes-nous prêts à avoir ces pays pour voisins ? De quoi parlons-nous ? Quelle Union européenne voulons-nous ? Qu’est-ce que l’Europe ? Le peuple Turc est-il vraiment un peuple européen ? Le Kosovo, mérite-t-il vraiment le nom d’état européen ? Pouvons-nous assimiler plus de 70 millions de musulmans ?

Après la Turquie, où l’Europe doit-elle s’arrêter ? Devrons-nous aller en Inde ou en Afrique du Nord ? Vouloir rassembler tout et son contraire part certainement d’un bon sentiment, mais est-ce suffisant pour créer un avenir plus sûr ? L’Union européenne en sortira-t-elle plus forte et plus stable à vouloir uniquement se développer sur des critères économiques et sur l’utopie du bien vivre ensemble ? Il est bien connu que l’union fait la force, mais faut-il aussi que cette union soit solide et ne fonde pas comme neige au soleil à la première crise rencontrée !

Une société sans âme, divisée, éclatée n’a pas d’avenir.

Vincent Revel

Crédit photo : Fred via Flickr (CC) = mosquée bleue