Complément d’Enquête : un « reportage » à charge contre la Hongrie [Tribune]

Complément d’Enquête: un «reportage» à charge contre la Hongrie [Tribune]

Ferenc Almássy, franco-hongrois vivant à Budapest, est traducteur et journaliste indépendant. Il a suivi tout l’été la « crise des migrants » en Hongrie et revient dans cette tribune sur le travail de désinformation des médias français, un de ses sujets de prédilection.

Alors que l’Europe est en train de vivre un tsunami migratoire inédit dans toute son Histoire, la préoccupation principale des élites dirigeantes et des médias aux ordres est portée sur la tolérance et l’accueil de l’Autre. Au point que ça semble devenir non plus une priorité, mais bien le seul élément important, la clef de voûte de la réussite du monde multiculturel, qui avait pourtant été verbalement déclaré comme mort par Angela Merkel il y a cinq ans.

Ce comportement que certains spécialistes jugeraient sans détour, s’il apparaissait chez un individu donné, comme étant une forme d’obsession maladive qui se caractérise par un déni de réalité et une crispation hystérique, semble atteindre le corps fébrile d’une certaine caste aujourd’hui.

Aussi, lorsque des pays d’Europe Centrale au passé, aux problématiques et aux défis différents de ceux d’Europe de l’Ouest disent non au fatalisme, cela ne manque-t-il pas de déclencher un véritable branle-bas de combat aux QG des rédactions subventionnées. « Comment ces gueux a qui ont a fait la grâce de rentrer dans notre Union Européenne osent nous dire non, à nous, les patrons ? »

Une correction, d’abord verbale, s’impose. Et ce sera par voix de presse.
La détérioration dans la presse occidentale de l’image de Viktor Orbán depuis sa réélection en 2010 – puis son maintien en 2014 – en sont symptomatiques. Oui, nous sommes en démocratie, et les dirigeants des États membres sont indiscutablement souverains en leur pays. Enfin, tant qu’ils s’alignent sur Bruxelles…

Le sujet est passionnant et pour un œil avisé, la guerre médiatique à l’encontre de la Hongrie qui s’opère aujourd’hui est un phénomène tout sauf anodin (je vous invite pour en savoir plus à se sujet à vous reporter à ma conférence du 14 septembre 2015 donnée au Cercle Aristote, trouvable sur YouTube : « Hongrie : Paroles de médias et réalités »).

Mais ce qui m’a poussé à réagir aujourd’hui est l’émission « Complément d’enquête » de France 2 récemment diffusée, hallucinante attaque non seulement contre Viktor Orbán, mais contre la Hongrie et son peuple dans son ensemble. On ne s’y prit pas autrement pour mettre de son côté l’opinion publique — ou tenter de le faire — avant d’attaquer, bombarder ou mettre sous blocus économique certains pays par le passé… la technique est rodée, connue, mais toujours aussi infecte.

Passons donc ensemble au crible cette pièce à conviction qu’est ce reportage intitulé de façon neutre et journalistique : « La parano hongroise ».

Je vous invite, si ce n’est pas déjà fait, à visionner ce torchon audiovisuel avant de continuer, il dure un quart d’heure.

Des traductions biaisées

Tout au long du reportage, l’on appréciera des traductions biaisées : du peu que l’on peut entendre durant les doublages des paroles authentiques des interrogés, il apparaît clairement que les employés du service public ont décidé de présenter l’opposition à la vague migratoire comme de l’islamophobie pure et simple. La conclusion le démontre. Mais nous y reviendrons.

Le reportage commence dans une bourgade du sud de la Hongrie, Beremend, devenue après le 15 septembre et la mise en place de l’étanchéité de la frontière avec la Serbie par le gouvernement hongrois, le principal point d’entrée, car le plus proche. Mais certainement pas le seul. D’autant plus que l’accès via la Slovénie est à ce moment encore une option. La plus courte, d’ailleurs…

Nous rencontrons ensuite un brave local, citoyen impliqué, qui à l’instar de nombreux autres Hongrois à travers le pays, se démène pour soutenir les troupes mobilisées à la frontière pour la défense du droit et de l’intégrité territoriale. Dès le début, ses propos sont tronqués : alors qu’il parle de « conversion » cultuelle et culturelle, on nous offrira une traduction qui ne parlera que de la conversion religieuse.
Le ton est donné.
Lorsqu’il sera en cuisine où se prépare un repas chaud pour les forces de l’ordre — pour qui l’Etat dépense moins en alimentation que pour les clandestins jusque là pris en charge… – les journalistes lui demandent, avec paternalisme et une once de mépris :  » vous ne pensez pas que ce sont les réfugiés qui ont faim ce soir ? ». En parlant de réfugiés, il faut comprendre qu’ils parlent des hordes de clandestins qui ont renoncé à leur statut de réfugiés en amont pour tenter leur chance en Europe, bien entendu. Lorsqu’on a vu les images tout l’été durant, des migrants jetant la nourriture et l’eau qui leur est offerte, il est étrange de se demander encore si ces gens ont faim.

Nous noterons aussi la tentative d’attaque, que les immigrationnistes forcenés réfutent avec hargne par ailleurs. Un citoyen décide de nourrir les policiers qui sont sous un régime spartiate. L’immigrationiste leur oppose des migrants qui sont censés avoir besoin d’aide également. Mais lorsqu’on demande aux ONG qui nourrissent les migrants — sur des fonds de l’UE, de l’ONE et de Soros ou de fondations diverses — pourquoi ils n’aident pas d’abord les sans-abri du pays, ils bottent en touche :  » aider l’un n’exclut pas l’autre ! ». Et pourtant si, comme on l’a vu à Budapest à maintes reprises, lors des distributions de nourriture aux migrants par des ONG cet été, les sans-abri faisant la queue eux aussi se faisaient éjecter sans rien…
Après avoir voulu faire passer le citoyen de base pour un doux nationaliste xénophobe, il se passe quelque chose d’intéressant. Nos agents d’État, officiellement journalistes, s’en prennent à leurs confrères hongrois, en faisant un amalgame, une généralité, qu’ils aiment par ailleurs tant dénoncer.

Revenant sur le cas isolé de la cadreuse Pétra Lászlo, qui avait crocheté, caméra sur l’épaule, un clandestin que poursuivait un policier — qui s’avérera, après avoir reçu un logement et un emploi en Espagne, être impliqué dans l’assassinat de 25 Kurdes —, nos propagandistes estiment que les journalistes hongrois s’en prennent aux clandestins, physiquement. Oui oui,  » les journalistes ».
Imaginez un peu qu’on emploie cette rhétorique à propos des migrants, parmi lesquels l’État hongrois a trouvé des terroristes. Et on en viendrait à dire que les clandestins sont des terroristes… choquant, non ? Il faut croire que le journaliste est une hyène pour le journaliste. Et bien entendu, là aussi, insistance sur l’islamophobie, alors que pour le gouvernement hongrois, il n’y a pas de problème avec l’Islam, qui reste marginal : c’est une interprétation biaisée des journalistes occidentaux, chantres trop zélés d’un multiculturalisme qu’ils espèrent sauver de sa mort en bas âge par leurs gesticulations et leurs accusations permanentes envers les gens de bon sens.

Du reste, sans tomber dans l’islamophobie primaire… comment ne pas évoquer l’incompatibilité de groupes humains conséquents qui crient « Allah’u Akbar » lors d’émeutes, d’attaques de policiers, ou de protestations plus ou moins menaçantes ?

Puis, notre équipe de valeureux propagandistes rencontre Péter Tóth, du comitat de Csongrád, et devenu Peter Csongrád — laissons-leur le bénéfice du doute, il n’est pas impossible qu’il ait lui-même donné un pseudonyme — avec un prénom prononcé à l’anglaise. Forcément, ces amoureux du multiculturalisme, en dehors de leur culture de bobo parisien, ne connaissent rien aux autres cultures, et dans le doute, prononceront tout à la globish.
Passons.

Vient ensuite dans la voiture une nouvelle traduction critiquable, non pas tronquée a priori, mais bien déformée.
Un mot clef est audible de la bouche de Péter, « hajlamos », signifiant susceptible de. Rien à voir avec l’affirmation qu’on lui prête, lorsqu’il s’agit de parler des « 10 à 20 % qui ont tendance à être radicalisés ». Il s’agit bien, et pour connaître Péter et les sources du Jobbik, de 10 à 20 % susceptibles d’être radicalisés ou de l’être déjà. La nuance est de taille.
Vient ensuite l’épisode du paysan, qui parlera à toute personne travaillant la terre ou devant gérer avec de faibles moyens ses biens de productions et de subsistance. D’autant plus que les 1.000 € de dommage annoncés ne sont pas une somme dérisoire : il aurait pu être précisé que pour ce paysan, que mon équipe a rencontré cet été lors du tournage d’un reportage pour TV Libertés, c’est 4 mois de salaire.

Retour à Budapest, voilà notre équipe qui rencontre un « opposant » proche des anciens dirigeants de gauche qui reproche aux médias d’État, d’où il s’est fait débarqué peu après le retour d’Orbán, de faire la même chose que lui et ses collègues faisaient avec la gauche… mais avec un point de vue de droite.
Ironique.
Eh oui, la télé hongroise montre les vidéos filmées en Hongrie, et ce n’est ni la faute du gouvernement ni la faute de la télé hongroise si 70 à 90 % des migrants sont des hommes et que les gens se sentent menacés face à un tel flux d’étrangers non désirés… Quant au reproche concernant le script pour le journal, c’est cocasse. L’information est censée être neutre et ne pas jouer avec les sentiments, comme le font de façon parfois abjecte les médias de pouvoir occidentaux.
Focaliser l’image sur des visages d’enfants qui pleurent, alors qu’ils représentent entre 5 et 15 % du flot. Si les médias occidentaux montrent systématiquement les enfants, dans un but de manipulation émotionnelle, la presse hongroise gouvernementale tente d’être plus factuelle, et préconise les plans larges, donnant une vision générale, où l’on peut voir les enfants, et la part qu’ils représentent dans cette marée humaine…

Notre équipe rencontre ensuite un jeune militant qualifié d’extrême-droite, on ne sait pas pourquoi. Mais nous devons le prendre pour acquis.
Soit.
Le fameux téléphone a fait la Une en Hongrie. Et que les journalistes se rassurent. Cela a été pris au sérieux et il est toujours en cours d’analyse par l’unité antiterroriste hongroise.
Nous passerons sur le commentaire moqueur sur son « analyse », simple précision, certainement isolée de tout l’enregistrement effectué avec lui pour ne pas le quitter sans trouver quelque chose à redire et tenter de le décrédibiliser.

Le porte-parole du gouvernement, malgré son parler policé et sa langue de bois, dit tout. L’intégration n’a pas fonctionné. Et ses conséquences sont graves. Point final.
Il y a un risque terroriste lié à l’immigration, du fait notamment de la possible entrée de djihadistes, et les jeunes de l’immigration ou issus de l’immigration sont un terreau pour la radicalisation islamiste. C’est factuel. Sans jugement de valeur ni racisme… Du reste, où sont nos bonnes âmes qui, avec raison, appellent au principe de précaution lorsqu’il s’agit des OGM ou du nucléaire… et là, le principe de précaution ne compte pas ? Pourtant, c’est un sujet primordial. L’Humain d’abord, non ?
Précisons en passant que la Hongrie a connu des attentats à la bombe et à l’arme à feu dans les années 90, liés à la mafia. Juste pour être rigoureux.

Et nous arrivons au bouquet final. On garde le meilleur pour la fin.

Tout d’abord, l’ONG « Helsinki », groupe de défenseurs des droits financé par Soros et d’autres fondations étrangères. Ces véritables agents de contrôle moral sont parmi les principaux soutiens aux migrants en Hongrie.
On notera d’ailleurs que la responsable hongroise, malgré le traducteur de l’équipe télé, parle anglais. Tout un symbole ; il faut parler la langue du maître. Voilà ensuite Gáspár Miklós Tamás, dont nos chers enquêteurs-juges se gardent bien de dire qu’il est la principale figure de l’opposition marxiste. Là, à aucun moment on n’entend dire qu’il est « d’extrême-gauche ». Et pourtant…
Bref, le voilà qui dans un français excellent, il nous sort le terme de purification, faisant ainsi un sous-entendu honteux et comparant une politique de fermeté avec une volonté d’extermination. Le reste de son propos se passe de commentaire…

Pour terminer, nos reporters anti-frontières se tournent vers l’aspect religieux, et nous présentent un prêtre néo-con (servateur) aux positions pas du tout représentatives. Guitares à l’américaine, parlant d’invasion musulmane — entre autres, mais c’est tout ce qui retiendra l’attention de nos amis — à un journal américain, et parlant de judéo-christianisme, ce prêtre à l’occidentale est un exemple choisi pour faire accroire que le pays entier est néo-con.

Et cerise sur le gâteau, les trois-quatre convertis de la banlieue nord de Budapest, qui vivent leur quart d’heure de gloire en jouant les victimes devant les caméras après avoir démultiplié le nombre de musulmans dans le pays.
Selon l’office national, qui recense les religions et les ethnies (pour la dernière fois en 2011), il y a moins de 6.000 musulmans en Hongrie.

Notre reportage se termine, en finissant sur l’islamophobie, véritable thème de ce reportage qui était sensé parler de peur, ou plutôt, de parano. Mais, lorsque l’on voit cette Tsigane convertie et son jeu d’actrice, nous dire qu’elle a peur que quelqu’un l’agresse à Budapest pour son voile, on se dit que peut-être avons-nous fait fausse route depuis le début de notre critique ! Le cheminement a été long pour nous la montrer, mais en fait, le titre, c’était destiné à cette brave femme, icône de la parano hongroise.