Migrants désespérés ou combattants organisés ?

Les médias et les enjeux économiques de la crise migratoire

Source : OJIM
En plus d’être une chance pour notre culture avide de diversité, la crise migratoire serait aussi un bienfait pour notre économie et notre démographie. L’analyse de l’OJIM montre bien à quel point les poncifs immmigrationnistes sont répandus dans les médias, y compris économiques.

La démographie du vieux continent nous oblige à recevoir dans les décennies qui viennent des dizaines de millions d’immigrés pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre qui menace les pays d’Europe, affirment, sans nuance, nombre de commentateurs. Cette thèse est défendue par les grandes institutions internationales, telles l’OCDE, le FMI, la Banque Mondiale et, bien sûr, les instances de Bruxelles.

Ainsi, un rapport de 2010, commandité par le Conseil européen et intitulé « Projet pour l’Europe à l’horizon 2030 », posait déjà le constat suivant : « Le fait est que, d’ici 2050, en l’absence, peu probable, d’immigration et à taux d’activité constant, la population active de l’UE diminuerait d’environ 68 millions de travailleurs. Étant donné que tous les immigrés ne rejoignent pas la population active, il faudrait un gain net de 100 millions de personnes environ pour combler le déficit. » Le groupe d’experts reconnaissait, cependant, qu’« objectivement, un afflux net aussi important au cours des quarante prochaines années n’est ni probable, ni nécessairement souhaitable ».

Cette affirmation s’est imposée dans le débat public, comme une vérité d’évidence. Les médias ont massivement relayé cette thèse, sans jamais la discuter. Les journalistes économiques et la presse économique dans son ensemble ont répercuté, sans mise en perspective contradictoire, la théorie de l’immigration « source d’enrichissement », comme si aucun argument ne pouvait être opposé à cette idée.

À tout seigneur, tout honneur : le quotidien Les Échos dans son édition du 4 septembre, présentait, sans contrepoint, la thèse favorable à l’immigration de masse. Pour Éric Le Boucher, qui signait la chronique éditoriale, « l’immigration sera la chance de nos économies », c’est le titre de son article, et, précise-t-il, « une fois n’est pas coutume, les économistes sont unanimes sur ce point ».
Faux, des économistes comme Yves-Marie Laulan ou Jean-Paul Gourévitch, affirment, avec force chiffres à la clé, qu’en France tout du moins, l’immigration coûte beaucoup plus qu’elle ne rapporte au pays.
Le prix Nobel Maurice Allais, pour sa part, dans un de ses ouvrages, Combats pour l’Europe 1992-1994, évaluait le coût de l’intégration d’un travailleur immigré et écrivait alors : « il faudra pour réaliser les infrastructures nécessaires (logements, hôpitaux, écoles…) une épargne supplémentaire égale à 4 fois le salaire annuel de ce travailleur. Si le travailleur émigré arrive avec une épouse et 3 enfants, l’épargne supplémentaire nécessaire représentera 10 à 20 fois le salaire annuel de ce travailleur ».

Toujours dans le même numéro des Échos, le démographe François Héran, champion médiatique avec Hervé Le Bras, des démographes favorables à une politique migratoire très ouverte, occupe la part belle avec une interview sur une pleine page, dans laquelle, évidemment, il relativise absolument les bouleversements liés aux flux migratoires. D’autres démographes réputés, comme Gérard-François Dumont ou Michèle Tribalat ont une vision beaucoup moins rose des effets de l’immigration de masse dans les sociétés européennes. Mais ceux-là n’ont pas eu accès aux médias pour commenter l’impact des mouvements migratoires que nous subissons.
Très optimiste, François Héran, magnifie le rôle d’Angela Merkel : « Les projections démographiques annoncent une baisse de 20 % de la population active allemande d’ici à quarante ans. L’intérêt se joint à la morale, l’Allemagne peut jouer sur les deux tableaux ». Une vision très « courtermiste » au plan politique ; quelques jours après ces belles paroles, Mme Markel devait du reste reprendre « temporairement » le contrôle de ses frontières, et les Allemands rejettent désormais les choix de la Chancelière, qui a surtout cédé aux pressions du patronat d’outre-Rhin.

Au plan économique et démographique, la vision de François Héran reprend, par ailleurs, la thèse exposée plus haut, légitimée par les grands organismes internationaux, de l’absolue nécessité d’une immigration de masse (par dizaines de millions) pour permettre à l’Europe de préserver sa croissance et son modèle social dans les prochaines décennies.
Une théorie qui mérite sérieusement d’être discutée dans la mesure où elle raisonne à données constantes, sans prendre en considération la révolution de l’organisation et de la fonction du travail que la vague numérique a déclenché. Le débat est loin d’être clos, et l’on peut s’étonner que la presse économique n’ait pas répercuté la complexité du sujet dans ses colonnes.

Une étude du Cabinet international Roland Berger pose un constat qui devrait alarmer les dirigeants européens : avec 20 % de tâches automatisées d’ici à 2025, les robots et la numérisation mettraient sur le tapis plus de 3 millions de salariés en France. Tous les secteurs perdraient des emplois, sauf l’éducation, la santé et la culture. Le taux de chômage s’élèverait à 18 %. Seuls 500 000 postes seraient créés dans le domaine de l’environnement et des nouvelles technologies.
« Le numérique crée peu de croissance et peu d’emplois », selon l’auteur du rapport, Hakim El Karoui. Exemple évocateur : l’application américaine de messagerie WhatsApp, qui pèse 19 milliards de dollars emploie… 55 salariés !
Une étude récente de l’université d’Oxford (« Ruptures technologiques : quel impact pour l’emploi ? ») confirme les données analysées par Roland Berger. Elle montre que la part des emplois impactés par les évolutions technologiques pourrait varier entre 45 et 60 % dans les états membres de l’UE, à l’horizon 2050.

Ne vaudrait-il pas mieux alors anticiper et accompagner la révolution numérique que faire entrer dans le pays des millions de migrants ? L’argument mérite au moins d’être débattu.
Mais la thèse favorable à une large ouverture des frontières s’est imposée médiatiquement comme la seule lecture « scientifiquement » établie. Seul Valeurs Actuelles a consacré un numéro rompant avec l’unanimisme de circonstance : « Migrants : on vous ment ! Europe : l’explosion qui vient » titrait en effet l’hebdomadaire.
Une mention spéciale pour Le Point qui, dans sa Une du 10 septembre, affichait un gros plan tout en sourire de la Chancelière avec ce titre étonnant : « L’Incroyable Madame Merkel : si seulement elle était française… » Le panégyrique à la gloire de la politique migratoire de la Chancelière entonné par les articles d’analyse, laisse perplexe, quand on voit la vitesse avec laquelle une part de plus en plus significative de la société allemande se braque, voire se révolte, contre les choix intempestifs d’Angela Merkel. Les sondages sont accablants pour elle.
Est-ce que les médias français mettront désormais autant d’énergie à relater les effets « regrettables » du choc migratoire sur la société allemande, qu’ils en ont eu à louer, a priori, les vertus ?