de_gaulle_texte_races

De Gaulle, « race blanche » et « race brune »

05/10/10/2015 – CULTURE (NOVOpress) Arretons-nous un instant sur la citation du Général de Gaulle mise sous les projecteurs médiatiques par Nadine Morano. Médias et politiques, ne pouvant attaquer la statue du Commandeur, ont essayé de minimiser ses propos. Sauf que cela ne résiste pas à l’analyse historique. Par Flavien Blanchon.

Il est fatal qu’une mauvaise cause soit défendue avec mauvaise foi. Le niveau de malhonnêteté atteint par les immigrationnistes, ces derniers jours, pour neutraliser les citations du général de Gaulle sur la « race blanche », n’en est pas moins, même pour eux, exceptionnel.
Au commencement, il y avait les fameux propos de De Gaulle à Alain Peyrefitte (« Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne »), notés par celui-ci au sortir même de la conversation et finalement publiés dans C’était de Gaulle, au terme de la période de réserve qu’il s’était fixée. Journalistes, politiciens et même, à la honte de la corporation, tel historien universitaire ont tranché qu’il s’agissait de déclarations privées et donc sans valeur.

discours-1958-1969

Le fameux « Je vous ai compris ! » du Général de Gaulle donne moins à comprendre sur sa pensée que ses conversations privées

Comme si les historiens n’utilisaient pas constamment des conversations rapportées après coup dans des mémoires et qui, du moment que la source est digne de foi, sont bien plus éclairantes que les proclamations publiques. En l’occurrence, ces libres propos sur le « peuple européen de race blanche » opposés aux « musulmans avec leurs turbans et leurs djellabas » expriment la pensée du général de Gaulle sur la France et l’Algérie beaucoup mieux que son « Je vous ai compris » au balcon.

Le site FDesouche a ensuite produit un extrait des Mémoires d’espoir, c’est-à-dire d’un ouvrage rédigé et publié par De Gaulle lui-même, sur ce qui réunit les nations européennes, « toutes de même race blanche, de même origine chrétienne, de même manière de vivre ». La réponse précédente ne marchait plus.
Laurent de Boissieu, journaliste à La Croix, en a donc  inventé une autre pour venir à bout de cette citation qui, d’après lui, serait « unique » dans les « discours et écrits de Charles de Gaulle ». « L’emploi par Charles de Gaulle de l’expression “race blanche” », nous explique-t-il avec assurance, « renvoie en réalité à une description géographique : le continent blanc (l’Europe), le continent jaune (l’Asie), le continent noir ».
L’expression n’aurait donc rien de « racialiste » – L. de Boissieu est connu pour dénoncer inlassablement sur les réseaux sociaux ce qu’il appelle le « racialisme » et qu’il se garde bien de définir. À supposer même que cette interprétation fût valide, ce serait reculer pour mieux sauter : car enfin, si l’Europe est appelée le continent blanc, c’est bien pour une raison. Dans le cas présent, de toute façon, il est évident à quiconque sait lire que de Gaulle désigne autre chose que la simple géographie, sans quoi son propos serait une misérable lapalissade. « Les nations européennes ont en commun d’être en Europe », voilà une pensée profonde.
En invoquant, selon une progression logique, la « race blanche » avant l’« origine chrétienne » et la « manière de vivre », de Gaulle vise un socle commun, une réalité primordiale. On pense à l’aphorisme de Renan : « les religions valent ce que valent les races qui les professent ».

Mais voici encore un troisième texte de De Gaulle. Il est tiré de sa conférence de presse du 14 novembre 1949, publiée dans le très officiel recueil des Discours et messages dû à François Goguel, professeur à Sciences Po, membre du Conseil constitutionnel. Il est précisé que ce recueil ne contient que les discours « dont le texte exact a pu être conservé ».
Interrogé sur la guerre d’Indochine, de Gaulle mentionne des informations selon lesquelles Nehru, Premier ministre de l’Inde, serait opposé à la présence française. De Gaulle se refuse à le croire, puisque, si la France quittait l’Indochine, sa place serait prise par la Chine communiste. Or il juge invraisemblable que Nehru puisse préférer la Chine à la France, en particulier pour des raisons raciales : « lui qui est de race brune, je ne vois pas pourquoi il ne préférerait pas, pour ses amis, des amis de race blanche à des tyrans de race jaune » (Discours et messages **. Dans l’attente, février 1946 — avril 1958 Paris, Plon, 1970, p. 331).

Jawaharlal Nehru

Pour De Gaulle, comment le leader de l’Inde, Jawaharlal Nehru,de race brune, aurait-il pu préférer les Chinois, de race jaune, aux Français, de race blanche, pour assurer la direction de l’lIndochine ?

Comment soutenir sérieusement que « race blanche » ou « race brune », dans ce texte, ne soient que des expressions géographiques ? Et croire qu’il existe différentes races et que l’antagonisme ou la solidarité de race constitue un facteur, parmi d’autres, des relations internationales, n’est-ce pas une définition classique du racialisme ? La sophistique des journalistes du système, sans doute, est fertile en ressources.
M. de Boissieu et ses confrères trouveront encore autre chose.

Ne serait-il pas pourtant, non seulement plus honnête – ce n’est pas le souci de ces gens-là –, mais plus simple de reconnaître que de Gaulle, comme tout le monde à son époque, tenait sur les races des propos qui semblaient alors aller de soi et qui, aujourd’hui, entraînent au minimum la mise à mort politique, l’excommunication médiatique et une forte amende, quand ce n’est pas un an de prison – et bientôt, car nous n’en sommes qu’au début, les camps de rééducation ?
Réjouissez-vous, si vous voulez, de ces progrès toujours plus merveilleux de l’esprit Charlie. Ou même, au point où vous en êtes, faites comme le Ministère de la Vérité dans 1984, réécrivez de Gaulle et les autres pour éliminer tout ce qui contredit la nouvelle orthodoxie. Mais cessez d’insulter les intelligences en soutenant que l’histoire n’est pas ce qu’elle est et que les textes ne disent pas ce qu’ils disent.

Flavien Blanchon