Erdogan meeting strasbourg

Erdogan fait son show islamiste à Strasbourg… et invite les turcs à noyauter la politique française

05/10/10/2015 – MONDE (NOVOpress)
Le chef de l’État turc et président du parti « islamiste conservateur » AKP est venu tenir un meeting électoral ce dimanche à Strasbourg, sous prétexte de réunion contre le terrorisme. Parlant de cela, entre les références appuyées à l’islamisme et l’absence de tout propos contre Daesh, son propos avait au moins le mérite de la clarté… De même quand il a appelé les Turcs présents en France à s’impliquer en politique française pour promouvoir l’islam.

À noter que le site Fdesouche a rendu publique une lettre de l’eurodéputé Aymeric Chauprade à M. Cazeneuve, accusant le gouvernement de soumission à l’islamisme.

lettre_ouverte_chauprade

Erdogan est en campagne électorale en vue des législatives anticipées et tient à gratter chaque voix turque pour le parti AKP islamiste, y compris celle de la diaspora. C’était la raison de la tenue de cette « réunion contre le terrorisme » aux allures de meeting électoral qui s’est tenue hier à Strasbourg devant plus de 12 000 personnes venues de France et d’Europe, et dont on peut résumer la teneur en un message simple : un seul drapeau, un seul pays, une seule foi.
Au-delà du fait plus que contestable de venir dans un pays étranger faire campagne – Bruxelles était pressentie pour accueillir l’événement, mais a refusé —, il est intéressant de noter quatre points à l’usage des naïfs :

• À ceux qui pensent que cette visite ne les concerne pas, s’agissant d’un meeting du président turc à l’adresse de sa diaspora, il faut souligner quelques propos qui n’ont pas été repris par la presse « officielle ». Le président turc a en effet encouragé les 650 000 Turcs présents en France, et notamment les 350 000 d’entre eux qui peuvent prétendre à la double nationalité (ce sont ses chiffres), à s’investir en politique… française. Il a ainsi regretté qu’il n’y ait aucun turc à l’Assemblée nationale et au Sénat français. « Nous devons changer cette situation ! Nous devons avoir des Turcs à des fonctions plus efficaces ! »

« Notre foi notre langue notre culture ont des droits en Europe » a-t-il affirmé précisant que les ambassades de Turquie étaient derrière les Turcs. « Soyez-en sûr ! »

Il les a aussi invité à conserver leur culture dans les pays d’accueil, bref, il a commis une ingérence caractérisée dans les affaires intérieures françaises, sans que cela n’émeuve personne…

• À ceux qui plaident pour l’entrée de la Turquie dans l’Europe au motif que ce pays est laïc et que l’armée est garante du Kemalisme, tant l’organisation de la manifestation que la teneur des propos apportent un cinglant démenti. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, la mixité se porte mal en terre d’islam… et dans les meetings de l’AKP. « Naturellement », l’allocution d’Erdogan a été précédée d’une prière collective dirigée par un imam venu de Turquie et ses propos ponctués par une audience acquise de « Allahou akbar ! ».
Visiblement, les menaces de la censure des autorités électorales de Turquie, gardiennes des principes laïcs de la République, n’ont pas impressionné le président turc, qui a fait tout au long de son discours un usage appuyé des références religieuses, faisant fréquemment référence aux valeurs et aux symboles islamiques, alliés à l’exaltation de la nation turque.

Erdogan meeting strasbourg 02

Femmes d’un côté, hommes de l’autre, prière liminaire, « Allahou Akbar » et discours émaillés de références islamistes, la notion d’Erdogan de la laïcité n’est visiblement pas la même que chez nous.

• À ceux qui croient que la Turquie est un allié de « l’occident » dans sa lutte contre le terrorisme islamique, soulignons que durant cet événement, pas une seule fois Erdogan n’a fait référence à l’État (EI), concentrant ses attaques sur le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Un mouvement, il est vrai, terroriste lui aussi, qui mène depuis de nombreuses années une guérilla contre Ankara afin d’obtenir l’indépendance du Kurdistan. La trêve qui perdurait depuis deux ans et demi entre les forces turques et les séparatistes du PKK a en effet volé en éclats en juillet dernier, chaque partie rejetant sur l’autre la responsabilité de la reprise des hostilités.
Notons que le PKK était déjà fort occupé à lutter contre l’EI, à l’instar des autres mouvements kurdes de la région. Bref, les Kurdes luttent sur le terrain contre Daesh, faisant, à l’instar de l’armée régulière syrienne, le « sale boulot » à la place des armées de la coalition occidentale qui se contentent de petites frappes aériennes. Dans un cas comme dans l’autre, si l’objectif était réellement de lutter contre l’État islamique, la realpolitik imposerait d’adopter le principe de « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Mais la réalité tant du discours que des actions turques –cohérentes entre elles, il faut le souligner- montre bien qui sont les amis et qui sont les ennemis de la Turquie.
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que le président turc ait violemment critiqué la campagne de frappes que la Russie mène en Syrie, la qualifiant d’«inacceptable» et estimant que Moscou commettait «une grave erreur».

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1400 manifestants selon la préfecture ont dénoncé les agissements « criminels », notamment vis à vis des minorités kurdes et alévies et les atteintes aux droits fondamentaux commis par le pouvoir turc.

• Enfin, à ceux qui affirment que la Turquie est une grande démocratie, précisons que même si pour le moment les processus électoraux ne souffrent pas de contestation majeure, le sort réservé aux minorités vient largement nuancer le tableau.
C’est ce que voulaient rappeler les quelques milliers de manifestants (1400, selon la police, on peut raisonnablement tabler sur près du double), qui s’étaient réunis place Kléber pour dénoncer la politique du dirigeant turc. Dans cette foule flottaient des drapeaux kurdes et alévis (minorité religieuse présente en Turquie). Les banderoles dénonçaient le président turc; « Erdogan terroriste », « Erdogan, tu ne seras pas le sultan » ou « La guerre perdra, la paix vaincra ». Écologistes d’EELV et membres du Front de Gauche avaient rejoint les manifestants pour dénoncer « les atteintes aux libertés fondamentales » en Turquie, un point largement vérifié.

Tout ceci en dit long sur la sincérité du gouvernement turc qui négocie actuellement une co-gestion de la crise des clandestins avec l’Union Européenne.
Crédit photo : Capture d’écran du reportage d’Euronews sur le meeting d’Erdogan à Strasbourg et la manifestation d’opposants dans cette même ville.