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Guerre contre l’État islamique en Syrie : Poutine ne perd pas de temps, la désinformation non plus !

01/10/2015 – MONDE (NOVOpress)
Lundi, Poutine annonçait à l’ONU qu’il fallait frapper l’État Islamique. Ce matin, la Chambre haute du parlement russe approuvait l’emploi de la force en Syrie. Dans le même temps, la Syrie demandait officiellement l’aide de la Russie dans sa lutte contre Daesh. L’après-midi même, l’aviation russe frappait les islamistes… et la Russie devait faire face à une attaque informationnelle de grande ampleur sur les cibles visées et les dégâts causés par ces raids.

Il y a un nouveau shérif en ville et il tient à ce que ça se sache. Ce n’est pas le pitch d’un western hollywoodien, mais celui de l’intervention militaire russe en Syrie.
Il y a eu le discours de Poutine à l’ONU, aussi direct que le permet cette enceinte sur les responsabilités de chacun (et singulièrement des États-Unis) et ce qu’il convient de faire en Syrie : frapper l’État Islamique tous azimuts, avec toutes les bonnes volontés, à commencer par celle du gouvernement légal, celui de Bachar El-Assad.

Et puis le shérif a épinglé son étoile, celle qui lui donne le droit de tirer sur les gangsters sans sommation et dans le respect de la loi : le Conseil de la Fédération, chambre haute du parlement russe, approuvait ce mardi matin l’intervention militaire en Russie. Simultanément ou presque, Assad demandait officiellement le soutien militaire russe dans sa lutte contre les islamoterroristes de Daesh, faisant de la Russie le seul pays à intervenir en Syrie en conformité avec le droit international.

À cet égard, je veux vous informer que le président de la République arabe de Syrie a demandé une aide militaire à la direction de notre pays. De la sorte, on peut constater qu’il faut bien entendu lutter contre le terrorisme, il faut unir les efforts, mais dans le même temps il faut respecter le droit international.

a déclaré le chef de l’administration présidentielle russe Sergueï Ivanov.
Fort de cette onction juridique, le shérif est descendu dans la grand-rue, a invité les badauds à rentrer chez eux et a commencé à tirer sur les gangsters, histoire que tout le monde sache bien que l’ambiance allait changer.
C’est en effet dès le début de l’après-midi que la Russie a lancé ses premiers raids contre l’État islamique, non sans avoir demandé aux Américains de dégager l’espace aérien syrien, requête aussitôt rejetée.
Officiellement, les frappes russes ciblent les sites militaires, les centres de communication, les transports, ainsi que les stocks d’armes, de munitions et de combustible de l’État Islamique et l’intervention est strictement aérienne, sans envoi de troupes au sol.

Mais une autre bataille se dessine déjà derrière la guerre à l’État islamique : celle du leadership dans la conduite des opérations anti-islamiques et, en conséquence, dans la région.
Les États-Unis ont l’avantage d’être sur place depuis un an à la tête d’une coalition comprenant entre autres la France, la Turquie et l’Arabie Saoudite, mais leurs résultats ne plaident pas en leur faveur. Il faut dire que de très nombreuses sources font état du soutien – parfois involontaire, parfois actif — des membres de cette coalition aux terroristes de l’EI.

La Russie peut plaider, comme elle ne s’en est pas privée, d’avoir le droit international pour elle. Militairement, en s’appuyant sur l’armée régulière d’Assad, elle peut aussi espérer de meilleurs résultats, aucune guerre -à fortiori de contre-insurrection- n’ayant jamais été gagnée par les seuls moyens aériens.
De plus, elle monte sa propre alliance, qui comprend pour le moment l’Iran, la Syrie… et l’Irak, dont le gouvernement est pour le moins sous influence américaine. Autant de pays qui à luttent – plus ou moins directement — sur le terrain contre Daesh.
Un centre d’information conjoint entre ces quatre États devrait ouvrir prochainement à Bagdad. Il aura pour mission de recueillir et de traiter les renseignements sur l’activité du groupe État islamique. Les Américains ont été invités à se joindre à cette structure, mais ont décliné l’offre. Pour autant, le chef du Pentagone Ashton Carter a donné son feu vert pour l’établissement de lignes de communication entre militaires américains et russes pour éviter tout incident en Syrie.
Cette alliance entre la Russie, l’Irak, de l’Iran et la Syrie pourrait servir de base à la coalition élargie que Poutine appelle de ses vœux, mais on voit mal les USA et leurs affidés turcs et saoudiens entrer dans un dispositif dont l’US Army n’aurait pas le commandement.

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Il est donc probable que nous verrons deux coalitions rivales se disputer le crédit de la lutte contre Daesh.
Cela a d’ailleurs commencé dès aujourd’hui, puisque ce ne sont pas les Russes qui ont annoncé leurs frappes en premier, mais des officiels Yankees, cités par la presse américaine. Ils ont affirmé que les frappes russes se sont déroulées dans la région de Homs et de Hama, dans des zones qui ne sont pas, selon eux, occupées par l’État islamique, mais par l’opposition « modérée » de l’« Armée syrienne libre » et d’autres groupes anti-Assad, ajoutant que les frappes avaient atteint de civils. D’autres média, rapportant les propos et photos diffusés par des opposants, font état de frappes Une source de sécurité syrienne mentionne de son côté Hama, Homs et Lattaquié, dans le nord-ouest et le centre du pays.

Ce n’est que plus tard dans la journée que le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, a officiellement annoncé les frappes de son aviation, qui ont visé selon lui des bases et des dépôts de combustible de l’EI, loin des habitations. Un communiqué publié peu après précisait que l’aviation russe avait détruit des « équipements militaires », des moyens de communication et des « stocks d’armes et de munitions » de l’EI, ne donnant toutefois aucune précision sur la localisation de ces frappes. Une vidéo présentée comme étant tournée par les caméras embarquées des avions ayant mené le raid «combat cam» a par ailleurs été diffusée par les russes, sans que ces images ne donnent la moindre indication sur le lieu ou le moment où elles ont été tournées. La Russie revendique au final 20 sorties de son aviation et affirme avoir touché « huit cibles du groupe Etat islamique ». La télévision officielle syrienne a confirmé des bombardements dans les provinces de Hama (nord-ouest) et Homs (centre). L’armée syrienne a aussi mené un raid dans la région de Lattaquié (nord-ouest).

C’est en tout cas une attaque informationnelle de grande ampleur qui s’est déroulée contre la Russie après ces premières frappes aériennes. Les rumeurs sur les cibles et sur les victimes civiles ont surgi de toutes parts de manière trop concordantes pour être le fruit du hasard. Elles ont été largement reprises sans vérification aucune, alors que bilans et photos n’étaient accompagnés d’aucun élément les reliant à l’aviation russe ou même au jour des raids. Notre confrère russe RT pointe du doigt certaines manipulations évidentes, comme l’utilisation de photos anciennes de victimes, ré-attribuées aux raids russes.

désinformation anti-russe à propos des raids en Syrie

Ce tweet de l’ONG « Syria Civil Defense » utilise une photo faite le 25 septembre à la suite des frappes des forces gouvernementales sur Rastane non loin de Homs pour faire preuve des frappes russes d’aujourd’hui. (source RT)

Ces allégations ont été reprises et amplifiées par les autorités françaises, américaines et même par l’ONU, avant d’être démenties. Il y a eu le rétropédalage quelques heures après les premières déclarations des officiels américains, de Josh Earnest, porte-parole de la Maison-Blanche. « Il est trop tôt pour moi pour dire quelles cibles ils visaient et quelles cibles ont été touchées ». L’ONU y est aussi allé de son mea culpa, après avoir relayé les possibles pertes civiles syriennes dûes au raid russe. Un porte-parole du secrétaire général de l’Onu, Farhan Haq, a reconnu que ces allégations n’étaient fondées que sur les informations de médias et d’organisations non gouvernementales. On attend encore le démenti de Fabius, toujours prompt dans l’erreur et lent à retrouver le chemin du réel.

Charles Dewotine