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Mannequin, elle part faire la guerre contre l’État Islamique

Source : traduction NOVOpress d’un article du Daily Mail
Corps déchiquetés, batailles sanglantes et fraternité : Une mannequin partie se battre contre l’EI en Syrie révèle les horreurs qu’elle a vues sur la ligne de front.

Une ancienne mannequin qui a troqué une vie confortable pour se battre contre l’État Islamique en Syrie nous décrit des horreurs des combats sur la ligne de front. Dans une interview exclusive avec MailOnline, Tiger Sun , son nom de combat, nous révèle : « J’ai vu des choses que je n’aurais jamais pu imaginer. J’ai marché sur un doigt une fois — il était carbonisé et plié dans un angle bizarre. Et aucun cadavre nulle part. J’ai vu une petite fille mourir de ses blessures causées par une explosion de mine antipersonnel parce que les Kurdes n’ont aucune formation médicale ou équipement. »
L’ex-mannequin de 46 ans a combattu les musulmans de l’EI pendant quatre mois avec les forces kurdes des YPJ (Unités de Protection du Peuple) jusqu’à son épuisement lié à la malnutrition qui la força à rentrer au Canada.

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Cette mère d’une jeune fille a quitté Vancouver (Canada), pour les champs de bataille du Moyen-Orient après avoir vu une vidéo de propagande de l’EI mettant en vedette John McGuire, un djihadiste converti d’Ottawa. Le 1er mars elle a laissé sa fille et s’est envolée pour l’Irak où elle est passée en fraude à travers le pays pour rejoindre la Syrie. Sans véritable formation autre que l’utilisation d’une arme à feu, elle s’est retrouvée directement dans la bataille.

Est ce que j’ai vu de la violence ? L’EI tuer des innocents ? Oui, j’étais dans ces combats. Je les ai vus en train de nous tuer. Et si nous repérons l’EI nous les tuons, et c’est tout. C’est en fait assez simple.

« Pour être honnête, les cadavres me hantent. Les amis que j’ai perdus me rendent triste, et l’injustice de tout cela me désole. Quand j’ai vu des compagnons tués, j’ai pleuré, mais il faut accepter que cela arrive dans une guerre », a-t-elle expliqué. « C’est incroyablement injuste, mais c’est la réalité dans ces circonstances. Yazidis, Arabes, Kurdes. Tout le monde a perdu quelqu’un, me semble-t-il. Beaucoup rejoignent le YPJ par vengeance, ou parce qu’ils n’ont plus de famille. »

« Ils semblent pourtant cacher leur deuil. J’ai rarement vu quelqu’un pleurer. » Tiger Sun a été témoin de nombreuses morts et destructions dans ses combats contre l’EI. En juin son groupe a pris le contrôle de Tal Abyad – dans le nord de la Syrie, près de la frontière Turque – une ville clé utilisée par l’EI pour passer des marchandises de contrebande comme du pétrole. Durant la bataille, Tiger Sun a combattu avec une femme qui a abattu 28 djihadistes – même si elle-même n’a jamais tué personne. « Ils étaient toujours juste hors de portée », dit-elle.

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J’ai amené ma propre paire de jumelles avec moi parce qu’elles sont difficiles à trouver ici, et j’ai participé à des opérations qui ont permis de tuer beaucoup de terroristes musulmans. Ensuite j’allais identifier les corps et cela ne me dérangeait pas. J’ai eu une fois déjeuné à côté d’un tas de cadavres déchiquetés. Ce n’était pas un problème. Pourtant j’ai vu comment ceux qui ont tué quelqu’un passent par toute une gamme d’émotions, comme la joie, puis la culpabilité et j’ai réalisé que si cela m’arrivait je risquais de ne plus pouvoir le sortir de ma tête et ruiner le reste de ma vie.

Tiger Sun a dit aussi que malgré la promiscuité des combattants elle n’a jamais été harcelée sexuellement et se sentait traitée « comme un soldat » — les hommes et les femmes sont des égaux sur la ligne de front bien que des aventures sexuelles soient tolérées si gardées secrètes.
Des dizaines d’Occidentaux rejoignent les troupes kurdes pour combattre l’État Islamique et beaucoup d’entre eux sont d’ex-militaires britanniques ou américains.

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Comme bon nombre des combattants kurdes ne parlent pas anglais, les soldats étrangers forment habituellement de nouveaux régiments de langue anglaise. La majorité des combattants occidentaux ont rejoint les YPJ (Unités de Protection du peuple) — des milices kurdes qui sont basées dans le nord de la Syrie. Peut-être le plus célèbre des bataillons étrangers est les « Lions de Rojava ». On sait que d’autres occidentaux ont rejoint les forces Peshmerga sur la frontière dans le nord de l’Irak. Pour protéger leurs identités et se fondre dans le groupe, les Occidentaux adoptent tous des noms de guerre kurdes dans leurs combats aux côtés des forces locales. Ces pseudonymes incluent généralement le mot « Heval » qui signifie ami en kurde.

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Il y a souvent confusion dans l’ouest sur les combattants kurdes luttant contre ISIS, pas moins parce que le mot kurde d’une force militaire est « peshmerga », qui se traduit par « ceux qui font face à la mort ». Tandis que le GPJ en Syrie est donc techniquement peshmerga, le kurde militaire en Irak voisin s’appelle réellement les Peshmergas.

La personne dans la tranchée à côté de vous est un gars ou une fille et il ne fait aucune différence. Ils sont avant tout des soldats. Pas une seule fois je ne me suis sentie harcelée ou en danger quand j’avais autour de moi des hommes. « Quand les gens se joignent à la YPJ/GPJ, ils s’engagent totalement. Il n’y a pas de temps pour autre chose.

« C’était un problème pour certains des gars occidentaux désireux de se lier avec les filles », dit-elle. « Un Américain me disait qu’il trouvait les Kurdes très froides. Je lui ai dit d’arrêter de les draguer. Flirter est une façon de prendre le contrôle qui ne fait pas partie de leur culture. Un soldat de la YPG m’a expliqué que dans une société où les hommes restent entre eux les femmes sont traitées avec distance, mais dans leur société où les femmes sont élevées avec eux ce n’est pas le cas », dit-elle. « C’est proche d’une société matriarcale. Il était normal pour une fille de 17 ans d’être responsable d’un détachement d’hommes. »

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Souffrant de malnutrition, ayant perdu presque 13 kilos en raison d’un régime végétarien sans aucune protéine, Tiger Sun a quitté la Syrie il y a une semaine. Elle précise d’ailleurs que souvent au bout de 3 mois les Occidentaux sont épuisés.

« Certains vont à Erbil en Irak pour reprendre des forces, certains rentrent à la maison. J’étais devenu trop faible. Lorsque nous prenions le pont qui mène à Tal Abyad, j’ai dû sauter d’une corniche et mes jambes ont flanché sous le poids de mon équipement. Une autre fille a essayé de m’aider et c’est là que j’ai réalisé que j’étais devenu un poids. Je ne voudrais pas que quelqu’un soit blessé en essayant de m’aider. » Tiger Sun est l’une des chanceuses qui ont survécu assez longtemps en Irak ou en Syrie pour rentrer à la maison. Keith Broomfield, du Massachusetts, est devenu le premier volontaire américain à mourir en luttant contre l’EI le 3 juin.

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Reece Harding, un Australien qui combattait avec les forces kurdes en Syrie, est également décédé en juin quand il a marché sur une mine au cours de la bataille de Tel Tamr. Tiger Sun enviage maintenant de retourner en Syrie. Elle n’a pas peur des terroristes de l’EI, qu’elle décrit comme

un tas de petits hommes avec des barbes sales. Tout ce que j’ai vu était une bande d’inadaptés sociaux faisant semblant d’être quelque chose de plus grand qu’ils n’étaient réellement. Ils utilisent des tactiques pour propager la terreur autour d’eux, mais en réalité ils ne sont pas autrement intimidants.

Elle ajoute en conclusion : « J’aime la YPJ et tous les amis que j’y ai rencontrés. J’aime ces gens et je suis inquiète pour mes compagnons. Et il s’avère aussi que j’aime beaucoup les combats. »