Christophe Guilluy

Christophe Guilluy : « le bouclage des frontières … c’est le réel qui se venge »

Source : Nice-Matin
Christophe Guilluy est le géographe de La France Périphérique – titre de son dernier ouvrage, à lire ! —. Il a analysé la fracture sociale et géographique entre France centrale (schématiquement, les grandes métropoles, dont la population est acquise aux thèses mondialistes et multiculturelles) et périphérique (pour caricaturer, le reste du territoire, peuplé des classes populaires attachées à leur identité et leur mode de vie).
Une grille qui s’avère tout à fait pertinente pour lire les réactions des uns et des autres à la crise migratoire, ce que fait Guilluy lors d’un entretien accordé à l’AFP, que reproduit la presse régionale. Extraits.

Avec l’arrivée massive de réfugiés syriens en Europe et le rétablissement des contrôles aux frontières, l’immigration revient au cœur du débat français, estime le géographe français Christophe Guilluy.
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Pour le géographe, la mondialisation s’est traduite pour cette France de la « périphérie » par le chômage, le déclassement social, et une insécurité économique. À laquelle s’est ajoutée l’insécurité culturelle liée à l’émergence d’une société multiculturelle et à l’instabilité démographique.
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Les catégories populaires, elles, n’ont pas le choix. Pour les ménages modestes, la vie avec les migrants est une question d’expérience de vie » et de « rencontre avec l’autre au quotidien », selon M. Guilluy.
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En quelques jours, avec le flot de migrants et le bouclage des frontières, tout a été bousculé. C’est le réel qui se venge (…) Or ça fait trente ans que l’on nous explique l’impératif de la fin des frontières et de la libre circulation des personnes, qui est vraiment dans le disque dur de l’idéologie dominante », juge-t-il. « L’immigration, la mondialisation, et la métropolisation : nous sommes là sur des sujets durs, verrouillés et intouchables, qui n’ont donné lieu à aucun véritable débat démocratique depuis 30 ans », déplore M. Guilluy.
« Le retour des frontières crée l’évènement, on touche à quelque chose de clé dans la doxa des oligarchies. L’édifice est symboliquement ébranlé, et derrière c’est toute la question de l’identité et de l’altérité que l’on peut dérouler »…

Crédit photo : Philippe Matsas — Flammarion, Christophe Guilluy