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Aider les chrétiens d’Orient : entretien avec Marc Fromager

18/09/2015 – MONDE (8443 Présent)
Fin août, le directeur de l’association Aide à l’Église en Détresse était en Syrie où guerre et reconstruction se côtoient.

— Quel était le but de ce voyage en Syrie ?
— J’accompagnais Mgr Rey qui est très sensible au sort des chrétiens d’Orient. Il voulait faire quelque chose de concret, aussi a-t-il décidé de jumeler son diocèse avec celui de Homs. Il s’est rendu sur place afin de rencontrer l’évêque et le clergé du diocèse, mais aussi de montrer aux chrétiens d’Orient que nous ne les oublions pas. Vous savez qu’un évêque qui se déplace est un signe fort. Nous voir sur place est encourageant pour ceux qui sont restés, parce qu’ils ont souvent l’impression d’être isolés, voire abandonnés.
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— Comment se déroule le quotidien là-bas ?
— Damas est plus ou moins à l’abri des combats. Mais le front avec l’État islamique demeure proche, il y a régulièrement des explosions. Pourtant la vie continue. Nous sommes allés à Yabroud, qui est une ville très ancienne. La ville était tombée aux mains des rebelles, comme Homs ou Maaloula. Mais maintenant que les villes sont à nouveau sous l’autorité de l’État syrien, la paix est revenue. La vie a repris et la ville est en pleine reconstruction.

— La Syrie est-elle complètement détruite ?
— Elle est en ruine dans certaines parties du pays. Mais pas partout. Là où l’État syrien a repris le contrôle, la reconstruction bat son plein. C’est très encourageant. Une partie des Syriens conserve encore un espoir de pouvoir rentrer chez eux. De fait, la vision que l’on a du pays est assez paradoxale. D’un côté, vous avez un pays en guerre, d’où les gens tentent de fuir – Alep est sous les bombes. De l’autre, vous passez dans des zones libérées où la vie reprend ses droits.

— Dans quel état d’esprit sont les Syriens ?
— Ils ne croient plus du tout en une intervention occidentale qui viendrait les aider. Ils ne veulent qu’une chose : que cette situation cesse. Nous avons constaté un changement d’état d’esprit depuis quelques mois : tout le monde se dit qu’il faut partir. Auparavant, ils avaient la volonté de rester, du moins d’aller dans les pays voisins afin de revenir dès que la situation se serait arrangée. Mais aujourd’hui, l’Europe envoie des signaux pour dire qu’ils sont les bienvenus. Ils ont l’impression que l’Occident est prêt à les recevoir tous. Or, ces signaux sont pour le moins surprenants : nous ne pouvons pas accueillir tout le Moyen-Orient. Ce feu vert donné est une invitation explicite à quitter leur pays. Ce n’est pas la meilleure solution pour reconstruire son pays. Mais vue de l’extérieur, l’Europe est un eldorado.

— La situation est-elle désespérée ?
— Si nos gouvernements avaient vraiment envie d’en finir avec l’État islamique, ils pourraient le faire très rapidement. Mais ils n’ont pas envie. Pourquoi ? Les causes sont multiples. Il y a le problème de la radicalisation, mais pas uniquement. La question des intérêts énergétiques joue un grand rôle. C’est ce que j’explique dans mon livre Guerres, pétrole et radicalisme. Malgré tout ce que nous disent les politiques et les médias, nous ne faisons pas le nécessaire pour combattre l’État islamique là-bas.

— Qui sont ces réfugiés qui arrivent sur nos côtes ?
— La plupart ont déjà quitté leurs pays depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, pour s’installer dans les pays limitrophes. Ils ne sont pas en danger de mort pour la plupart. Nous aurions donc tout intérêt à les aider à vivre dans les pays voisins en attendant que la guerre se termine chez eux.

— Que pensez-vous du discours que nos gouvernements dispensent aujourd’hui au sujet de l’arrivée de ces migrants ?
— On ne nous donne pas le droit de réfléchir. Même au sein de l’Église où certains ressortent sans cesse le même verset qui demande l’accueil de l’étranger. Verset qui est mal interprété. Le Christ n’a jamais demandé de succomber à la migration de masse. On ne peut pas se contenter de dire qu’il faut accueillir tout le monde. Il faut réfléchir à ce qui est en train de se produire. Il faut soigner les causes de la crise avant de s’attaquer aux effets.

Propos recueillis par Anne Isabeth