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L’Allemagne sonne-t-elle le glas de Schengen ?

14/09/2015 – EUROPE (NOVOpress)
L’Allemagne a pris tous ses « partenaires » européens de court en annonçant le rétablissement des contrôles à ses frontières. Mesure pragmatique face à la vague migratoire sans précédent, réflexe sécuritaire devant le danger terroriste ou moyen de pression à l’occasion du conseil extraordinaire de l’UE sur les migrants ? Il est en tout cas certain que les accords de Schengen ont pris un coup dont ils auront du mal à se remettre.

Impériale. La « Mutti » allemande se comporte avec les institutions européennes comme en terrain conquis. Telle l’autocrate d’un nouvel empire… non plus Saint et Romain, mais juste Germanique et Européen, Angela Merkel entend faire plier les autres pays à son interprétation des lois de l’Union Européenne quand cela l’arrange et les plie elle-même à sa volonté.

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Contrôle frontalier entre l’Allemagne et l’Autriche, ce lundi 14 septembre

Après avoir unilatéralement suspendu les accords de Dublin pour gérer elle-même les demandeurs d’asile présents sur son territoire, la voilà qui s’affranchit – provisoirement, bien sûr — des accords de Schengen et rétablit les contrôles aux frontières allemandes. Non que l’en blâmions sur le principe – au contraire —, mais le procédé ne manque pas d’air quand on se souvient des menaces à peines voilées de Mme Merkel à l’encontre de la Hongrie et d’autres pays qui entendaient simplement faire respecter leur intégrité territoriale… et protéger les frontières extérieures de l’UE, conformément aux fameux accords de Schengen.
Piquant aussi de constater que ce rétablissement des contrôles frontaliers intervient quelques jours seulement après qu’elle eut plaidé auprès de ses partenaires européens pour un accueil des réfugiés sans limites de nombre ni de temps…

Le tabou levé par le Grand Frère allemand, d’autres pays n’ont pas traîné à s’engouffrer dans la brèche : l’Italie, qui a fermé sa frontière avec l’Autriche, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ont elles aussi suspendu Schengen, tandis que la Pologne affirme être prête à en faire de même. L’Autriche déploie l’armée pour tenter de maîtriser les flux migratoires, tandis qu’il y a quelques jours, le Danemark fermait partiellement sa frontière avec l’Allemagne. Même les très libéraux Pays-Bas ont annoncé un renforcement des contrôles aléatoires aux frontières
Au même moment, à Bruxelles, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, qui présidait un conseil extraordinaire des ministres de l’Intérieur de l’UE, mettait en garde les dirigeants européens.

Si nous ne nous ressaisissons pas ensemble aujourd’hui, l’Europe sera totalement déchirée.

À noter que le gouvernement français n’envisageait pas semblable mesure, se contentant de soutenir et justifier la position de Merkel. Selon Bernard Cazeneuve, l’Allemagne

rétablit aux frontières des dispositifs de contrôle de manière à s’assurer que ceux qui viennent sur le territoire allemand ont bien le statut de réfugiés et que les pays en amont ont respecté les règles de Schengen.

Ah, les joies de la soumission ! inféodé aux Américains pour la politique internationale, fidèle vassal de l’Allemagne pour les questions européennes, le gouvernement français, par la voix de son ministre de l’intérieur, met le doigt sur l’un des nœuds de l’affaire.

Bien sûr, la nécessité de gérer les flux de plus en plus massifs de clandestins, encouragés par les déclarations irresponsables de Mme Merkel, devient vitale pour l’Allemagne. Bien sûr, le risque terroriste existe et des contrôles frontaliers des entrants sont une mesure basique de sécurité publique.
Mais la décision a été prise la veille d’un conseil extraordinaire des ministres de l’Intérieur de l’UE consacré à la crise migratoire.

Et notre brave Cazeneuve a donc vendu le pot aux roses : par la suspension des accords de Schengen, Berlin fait pression sur ses « partenaires » réticents en leur faisant porter le chapeau de la crise. Après avoir tout fait pour encourager les vagues de clandestins à venir frapper l’Europe, l’Allemagne rétablit des contrôles et peut ainsi refouler tous ceux n’auraient pas droit au titre de réfugié, arrivés jusque là par la « faute » des pays du limes européen (Hongrie, Grèce, Italie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie, Pologne…).
Ce sont eux, « les pays en amont [dont on doit s’assurer qu’ils] ont respecté les règles de Schengen » et qui vont donc hériter de ces hordes de « migrants », dont la plupart n’étaient qu’en transit sur leur territoire, une situation déjà ingérable pour eux.

clandestins à la gare Centrale de Budapest

Foule de clandestins à la gare Centrale de Budapest, cherchant à rejoindre l’Allemagne

Et nous l’avons vu aujourd’hui à ce fameux conseil : nos « cousins » germains veulent absolument faire passer la « proposition » de quotas de clandestins de Jean-Claude Junkers. Il s’agit, rappelons-le, de répartir 160 000 clandestins (40 000 « proposés » en mai et 120 000 comptabilisés en septembre) de manière autoritaire sur l’ensemble des pays européens. Les quotas sont calculés selon des critères bien technocratiques comprenant pour chaque pays son nombre d’habitants, son PIB, son niveau de chômage et des efforts déjà consentis dans le passé pour l’accueil de réfugiés (la « note de gueule », comme on dirait à l’armée).
Et curieusement, les États les plus réticents sont précisément ceux du limes européen, notamment le « groupe de Visegrad » (Pologne, République Tchèque, Hongrie et Slovaquie), auquel se rajoute la Roumanie.

Nous ne considérons pas que c’est une solution ou que c’est opportun de parler de quotas obligatoires, calculés de manière très bureaucratique, presque comptable je dirais, sans consulter les États membres

a ainsi déclaré le président roumain Klaus Iohannis à la presse.
Donnant raison à ceux qui craignent que ces 160 000 personnes ne soient qu’une première vague, Jean-Claude Juncker a, en outre, préconisé qu’après ces mesures d’urgence, « un mécanisme de relocalisation permanent » et contraignant soit adopté.

Autre point fort de ce sommet : la création de « hotspots », ou points d’accueil et de tri des « réfugiés » aux frontières extérieures européennes. Là encore, l’Allemagne et son supplétif français font le forcing sur les mêmes pays. Le chantage allemand est finalement assez simple : soit vous acceptez nos conditions, soit nous refoulons chez vous les hordes de clandestins et vous vous débrouillez avec. En prime, ce sera la fin de Schengen, comme Angela Merkel en brandissait déjà la menace fin août, et les pays récalcitrants se retrouveront vraiment seuls face aux flux de clandestins, alors que les Hotspots pourraient être cogérés et/ou cofinancés par l’UE.

Les pays d’arrivées commencent à comprendre qu’il est de leur intérêt d’accepter ces propositions. Mais si on ne trouve pas d’accord, il y a un gros risque que Schengen explose,

assure une source européenne.
De fait, les pays-membres ont entériné dès le début de la réunion la décision prise fin juillet de se répartir l’accueil de 40.000 réfugiés se trouvant en Grèce et en Italie, mais les discussions ont achoppé sur les 120 000 supplémentaires, pour lesquels l’unanimité n’a pas été atteinte.

Nous n’avons pas atteint d’accord sur la fixation des quotas

a déclaré M. de Maizière, précisant que cette question serait réglée seulement lors d’une prochaine réunion des ministres européens de l’Intérieur le 8 octobre.

Bref, le chantage semble fonctionner petit à petit et face à cela, les annonces du recours à la force militaire en Méditerranée pèsent bien peu : à partir de début octobre, les navires de guerre européens seront autorisés à arraisonner, fouiller, saisir et dérouter les embarcations soupçonnées de servir aux passeurs. Ils pourront également procéder à des arrestations, mais à condition de ne pas entrer dans les eaux territoriales libyennes… mais toujours pas à ramener à leur point de départ les clandestins, seule mesure dissuasive.

Bref, un peu d’agitation militaire pour rassurer les peuples, qui risquent toutefois de ne pas mordre à l’hameçon, tous les regards étant actuellement braqués sur la frontière Est de l’Europe.

Crédit photo : Captures d’écran de reportages de France2 et Euronews sur le rétablissement de contrôles aux frontières allemandes (images reprises par 20 Minutes)