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Les Américains recherchent-ils un affrontement militaire avec les Russes en Syrie ?

Source : Europe Solidaire

Après avoir au début du mois paru se féliciter d’un engagement russe en faveur de Bashar al Assad, présenté comme pouvant participer à la coalition contre Daesh, les Américains semblent ces derniers jours avoir pris une position contraire.
Autrement dit, ils dénoncent à grand bruit les aides matérielles apportées par Moscou à Bashar, ainsi que les quelques centaines d’« instructeurs » les accompagnant. Moscou ne nie plus cette aide apportée à Damas, mais se refuse encore à parler d’un engagement de quelque importance de troupes à terre.

Peu importe d’ailleurs. Tout laisse penser que cet engagement russe se fera inévitablement. Voir Bashar renversé par Daesh serait pour Moscou un désastre, tactique, stratégique et politique. Ils seraient durablement évincés de la région. Ce serait d’ailleurs aussi un désastre pour le Moyen-Orient et même l’Europe, de plus en plus soumis aux assauts des djihadistes, contre lesquels Bashar est le dernier rempart.
Or Washington semble avoir compris qu’il avait là une carte à jouer dans la guerre qu’il mène contre les Russes, ouvertement en Ukraine, comme sur bien d’autres théâtres. Laisser les Russes conforter leur présence en Syrie, et corrélativement leur influence auprès de l’Iran et auprès d’autres États arabes, telle l’Arabie saoudite, serait un recul majeur pour les intérêts américains. Il faut donc faire le maximum pour éviter cela.

L’entreprise cependant paraît de plus en plus difficile, car dans une partie du monde, Bashar n’est plus ressenti comme un monstre assoiffé de sang, mais comme un allié utile. Ce n’est pas encore le cas en Grande-Bretagne ni même en France. Cependant les vols annoncés récemment par François Hollande ont été officiellement présentés comme destinés à lutter contre les positions de Daesh en Syrie. Dans ce cas, il serait logique pour la France de considérer comme allant dans le bon sens l’appui russe à Bashar, évidemment au premier plan dans la lutte contre Daesh.

Afin d’empêcher cela, l’idéal pour l’État major américain et les néo-cons exerçant pratiquement le pouvoir à Washington, dans le silence apathique d’Obama, serait donc que les quelques moyens mis en œuvre dans les airs par la France en Syrie se confrontent directement avec les Russes. Que ferait François Hollande si un Rafale se trouvait mener, volontairement ou par erreur, une action contre un élément militaire de Bashar, alors qu’un Sukhoi russe ferait de même, en même temps et sur le même terrain, contre les forces islamiques se revendiquant de la prétendue opposition syrienne libre, armée par Washington pour combattre Bashar ? On peut espérer que les deux pilotes seraient suffisamment briefés pour s’éviter, mais un accident peut toujours arriver.

Ce serait la joie du côté américain. Ils pourraient alors faire connaître urbi et orbi que les Russes, de même que Bashar al Assad, ont désormais du sang sur les mains. De là à s’attaquer militairement aux Russes (par alliés interposés), il n’y aurait qu’un pas. François Hollande, censé lutter contre Daesh, et non plus contre Bashar al Assad, et moins encore les Russes, serait retrouverait du mauvais côté.