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Accord sur le nucléaire iranien : et si les USA n’en voulaient pas ?

10/07/2015 – MONDE (NOVOpress)
Alors que se prolongent les négociations-marathon sur le nucléaire iranien, qui semblent sur le point d’aboutir, il est intéressant d’écouter Paul Craig Roberts. Cet économiste et journaliste paléoconservateur explique pourquoi Washington ne veut pas qu’elles aboutissent.

Tandis que la France se montre optimiste sur la possibilité d’un accord définitif de limitation des activités nucléaires de l’Iran en échange de la levée des sanctions internationales contre ce pays, les États-Unis sont plus réservés. Plusieurs fois repoussée, la date-butoir concernant un accord sur le programme nucléaire iranien était fixée à mardi dernier. Pourtant, les négociations du P5+1 (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Russie et Chine) qui se déroulent à Vienne se prolongent encore au moment où nous écrivons ces lignes.

Les choses vont dans le bon sens c’est pourquoi j’ai décidé de rester jusqu’à demain matin.

Déclarait hier soir Laurent Fabius. John Kerry, le chef de la diplomatie américaine indiquait quant à lui qu’il n’avaient pas l’intention de céder à la précipitation. « Un accord ne peut être atteint que si nos lignes rouges sont respectées », a déclaré de son côté Ali Akbar Velayati, conseiller du guide suprême Ali Khamenei. Un autre haut responsable iranien mettait ce propos en perspective, pointant du doigt la responsabilité de l’Occident.

Il y a eu des changements de position (…) particulièrement depuis la nuit dernière. Brusquement, chacun avait ses propres lignes rouges. La Grande-Bretagne a sa ligne rouge, les États-Unis ont leur ligne rouge, la France, l’Allemagne…

On ne peut s’empêcher de penser que les États-Unis jouent la montre dans ce dossier, donnant l’impression de vouloir aboutir alors qu’ils ne souhaitent pas réellement solder ce dossier. En effet, à défaut d’un accord signé à 6 heures du matin à Vienne, le Congrès des États-Unis, dominé par les républicains, aura désormais soixante jours pour valider le texte, au lieu de trente jours. L’administration démocrate du président Barack Obama craint qu’un doublement du délai à soixante jours ne fasse capoter l’accord. Cela répondrait en fait au vœu secret américain, selon Paul Craig Roberts économiste et journaliste paléoconservateur américain.

-Schématiquement, un paléoconservateur est un conservateur « traditionnel » plutôt isolationniste, opposé aux « néo-cons », plus interventionnistes-
Son intéressante tribune, traduite en Français par resistance71, et dont nous vous livrons l’essentiel, éclaire cet épisode crucial pour la stabilité mondiale qui se joue sous nos yeux.

Le problème de Washington avec l’Iran n’a jamais été le programme d’énergie nucléaire iranien. La notion, poussée par les néo-conservateurs, que l’Iran n’avait un programme nucléaire énergétique (à 5 % d’enrichissement de l’uranium) que pour cacher un programme nucléaire militaire (à 95 % d’enrichissement de l’uranium), a toujours été une couverture pour Washington afin de masquer son véritable agenda et son opposition à l’Iran. Du point de vue de la doctrine hégémonique américaine, le problème de l’Iran est son indépendance.

La propagande de Washington au sujet de la menace des armes nucléaires iraniennes est maintenant vieille de plusieurs années, et ce, malgré un rapport du renseignement national publié conjointement par les 16 agences de renseignement des États-Unis, disant que l’Iran avait abandonné son intérêt pour l’armement nucléaire il y a plus de dix ans. La propagande washingtonienne a aussi été aidée par les médias occidentaux, et ce malgré le fait que les inspecteurs de terrain de l’AIEA aient régulièrement rapporté qu’il n’y avait aucune preuve d’une quelconque déviation du programme nucléaire civil iranien vers le militaire. En d’autres termes, les inspecteurs de l’AIEA peuvent savoir et comptabiliser tout l’uranium enrichi dans ce programme nucléaire énergétique parfaitement légal.

Bloquer l’accord à ce stade est un aveu évident que l’affaire du nucléaire iranien n’était rien d’autre qu’une couverture à l’objection de Washington sur l’indépendance iranienne.

En masquant ses vraies intentions dans des problèmes fabriqués de toutes pièces, Washington a ouvert la porte à la Russie pour qu’elle résolve la crise par moyen diplomatique. Coincé dans sa propre fabrication, Washington est confronté à la Russie résolvant l’affaire au moyen d’accords qui pourront être mis en application et qui ne garantissent aucun enrichissement d’uranium dans la catégorie d’armement nucléaire. Frustrés, les néoconservateurs enragés agissant par des politiciens de bas étage de Washington ont essayé de bloquer l’accord.

L’accord sur le nucléaire iranien n’est en rien le fond de l’affaire, que cela soit couronné de succès ou échoue n’aura aucun impact, parce que l’objection de Washington à l’Iran est son indépendance vis-à-vis de l’empire. L’Iran est un obstacle pour Washington. La fumisterie de la menace nucléaire que Washington a créée de toute pièce ne fut qu’un moyen de propagande pour amener les peuples américains et européens insouciants à accepter une attaque sur l’Iran.