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Euro, Grèce, année zéro ?

29/06/2015 – MONDE (NOVOpress)
Le « scénario-catastrophe » tant agité est sous nos yeux. Après la rupture des négociations sur la dette grecque, on voit mal ce qui pourrait « sauver » la présence de la Grèce au sein de l’euro. Dans l’immédiat, le pays – et l’Union européenne — s’enfoncent dans une zone de fortes turbulences.

L’intransigeance des deux camps a fini par avoir raison des négociations. Après l’annonce d’Alexis Tsipras vendredi de soumettre les dernières demandes de la troïka à un référendum, les créanciers ont annoncé dans la foulée la rupture des négociations. La Grèce

a mis fin aux discussions de manière unilatérale

selon l’Allemand Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances et partisan de la ligne dure contre la Grèce. Athènes a en théorie jusqu’à demain, le 30 juin, pour rembourser au Fonds monétaire international un prêt d’un milliard et demi d’euros et si elle ne trouve pas cet argent, c’est le défaut de paiement qui guette, prélude à une éventuelle sortie de la zone euro.

Dans l’immédiat, cette perspective semble plus faire peur aux 18 autres membres de l’Union monétaire qu’au gouvernement grec. En effet, contrairement à la fermeté affichée samedi, la Banque Centrale Européenne a décidé hier de répondre favorablement à Alexis Tsipiras, qui demande des délais à ses créanciers. La BCE maintient a

u vu des circonstances actuelles le plafond de fourniture de liquidités d’urgence aux banques grecques au niveau décidé vendredi

Cette perfusion permet au pays de survivre financièrement au jour le jour, mais pas de rembourser ses dettes.

En attendant, le gouvernement Tsipiras a anticipé la panique bancaire (« bank run » dans le jargon financier), qui verrait les Grecs se ruer dans leurs agences bancaires pour en retirer tous leurs avoirs, ce qui aurait pour effet immédiat de précipiter la faillite desdits établissements. Ils resteront donc fermés jusqu’au 6 juillet, soit le lendemain du référendum annoncé ce week-end et les retraits aux guichets automatiques seront durant cette période limités à 60 euros par jour, selon l’arrêté « Vacance bancaire de courte durée », sur le contrôle des capitaux publié au journal officiel grec dans la nuit de dimanche à lundi.
National Bank of Greece Guarded
Le texte, qui vise aussi à stopper les sorties d’argent du pays, fait clairement porter la responsabilité de la situation aux créanciers de la Grèce, et fait état

du caractère d’extrême urgence et de la nécessité imprévue de protéger le système financier grec et l’économie grecque en raison du manque de liquidité entraîné par la décision de l’Eurogroupe du 27 juin de refuser l’extension de l’accord de prêt à la Grèce.

En l’état, la perfusion financière accordée à la Grèce devrait permettre à Tsipiras d’honorer sa promesse de garantir le versement des salaires et des retraites, ajoutant aussi que

les dépôts des citoyens dans les banques grecques sont absolument garantis.

S’agit-il d’un ultime sursis pour la Grèce… et pour l’euro tel que nous le connaissons ? Cette semaine verra-t-elle le retour des protagonistes autour d’une table de négociations ? Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières a en effet déclaré, sur RTL, que la Grèce et ses partenaires étaient « à quelques centimètres d’un accord », ajoutant que Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, formulerait de nouvelles propositions ce lundi à midi. Il a aussitôt été contredit par la Commission européenne, qui a indiqué ne formuler aucune nouvelle proposition au sujet de la Grèce.

M. Juncker, président de la Commission, souhaite pousser les Grecs à voter « oui » au plan des créanciers, faisant miroiter 5 milliards d’euros de prêts et 35 milliards d’Euros de fonds structurels d’ici à 2020. Les créanciers estiment aussi que pour revenir à la table des négociations, il faudrait que Tsipiras inverse sa position sur le référendum et appelle ses concitoyens à voter « oui », ce qu’il ne semble pas prêt à faire pour le moment. Car si les créanciers exigent de voir le pays conduire des réformes structurelles auxquelles se refuse Tsipiras, celui-ci souhaite inclure l’allégement de la dette grecque au « paquet » de négociation, point toujours refusé par la troïka.
C’est donc à un véritable jeu d’intimidation auquel se livrent les protagonistes, comme ces adolescents des vieux films américains, fonçant vers l’abîme au volant de leur voiture en espérant que l’autre freinera le premier.

Crédit photo : Global Panorama via Flickr (CC) = National Bank of Greece Guarded