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États-Unis : Interdiction d’un slogan « raciste quand il est lu à l’envers »

12/06/2015 – MONDE (NOVOpress)
Politiquement correct et ridicule font très bon ménage, comme le prouve l’histoire de ce slogan « raciste quand il est lu à l’envers »

Aux États-Unis, plus encore qu’en Europe, l’antiracisme est une industrie. Quantité d’individus et de groupes passent leurs journées à guetter des propos racistes, ou susceptibles d’être interprétés comme tels. Ils sont d’autant plus vigilants que le vrai racisme, s’il existe encore, trouve de moins en moins à s’exprimer : il faut le chercher et, au besoin, l’inventer. Les pleurs des bébés peuvent ainsi être transformés en déclaration raciste.

Une autre possibilité, pour rendre un propos raciste, est de le lire, littéralement, à l’envers. À Pittsburgh, en Pennsylvanie, la compagnie des transports publics, la Port Authority, affiche depuis 2003 sur ses bus des slogans comme « Rockin’ Rollin’  », « Movin’ Groovin’  » (« en bougeant et en vibrant ») et aussi « Ziggin’ Zaggin’ » (pour zigging and zagging, c’est-à-dire, tout simplement, « en faisant des zigzags »). Pendant douze ans, personne ne s’en est ému.

Mais une conductrice vient de découvrir que, lu à l’envers dans son rétroviseur, « ziggin’ zaggin’  » devenait « niggaz niggiz  », une des variantes du mot terrible (niggers, « nègres ») qu’on entend sans arrêt à la radio dans la bouche des rappeurs, mais qui, pour les Blancs, est aujourd’hui le terme le plus tabou de la société américaine. Les journaux n’osent même plus l’écrire en toutes lettres et le désignent comme le n-word. Comme l’explique très sérieusement le Huffington Post, « lu de cette manière, le slogan pourrait être perçu comme racialement blessant, alors que plus de la moitié des conducteurs de bus du comté sont des Afro-Américains ».

La conductrice a donc porté plainte. La compagnie s’est immédiatement excusée pour ce « message très sérieux, blessant et choquant » et a annoncé qu’elle allait le retirer sans tarder. Une difficulté est que le slogan était collé sur les fenêtres des bus et que, même une fois arrachées, les lettres pourraient laisser une marque. La Port Authority pourrait donc avoir à remplacer toutes les fenêtres. Elle considère également d’autres options : « nous pourrions avoir à poser une sorte de revêtement en vinyle pour être sûr que les traces sont complètement recouvertes ». Aucune précaution n’est bien sûr de trop, quand il s’agit d’une question de cette importance.

Crédit photo : SA 3.0 via WikiMedias (CC) = Port Authority bus Pittsburgh