Chard-8370

Je suis Vincent Lambert (Présent 8370)

08/06/2015 – SOCIÉTÉ (NOVOpress)

La peine de mort est abolie sur tout le territoire de l’Union européenne, mais seulement pour les coupables. Pas pour les innocents. La torture aussi y est bannie. Or, Vincent Lambert aura cette double peine. Ainsi l’a arrêté la Cour européenne des droits de l’homme, validant les décisions de la justice française qui, elle-même, cautionnait celles des médecins. Ses parents y voyaient un suprême recours, il a été rejeté. Ils vont se battre, une fois de plus, pour essayer d’éloigner un instant encore les ombres aseptisées de la mort en blouse blanche.
Sinon, il périra par « sédation profonde ». Ah, cette expression technique et distanciée pour maquiller de neutralité médicale l’infâme régression vers une inhumaine barbarie !8370-Une
La sédation, c’est cesser de le nourrir et de l’abreuver, c’est le laisser mourir de faim et de soif, ce que nul n’aurait le cœur de faire pour un animal ; pour un chien, on dirait « le laisser crever », là, pour cet homme, notre semblable, notre frère en humanité, on dit « sédation ». Et dans cette mise à mort là, il y a un aveu et un démenti du jugement de la Cour européenne des droits de l’homme qui autorise l’arrêt des « traitements » dont bénéficierait Vincent Lambert. Or, il n’est pas malade, il est tétraplégique, c’est-à-dire handicapé, il ne bénéficie d’aucun traitement, seulement des soins dus à son coma. S’il était malade, en stade terminal, il suffirait de le priver des médicaments nécessaires à sa survie ou d’arrêter les instruments qui lui permettent de respirer artificiellement.

Torture, disions-nous… Car l’agonie par privation d’aliments et de liquides, ce n’est pas la mort en pente douce, c’est une longue, une très longue souffrance, une agonie qui n’en finit pas. Cette peine-là, il l’a déjà connue entre deux décisions de justice, il a été privé de nourriture et d’eau pendant 31 jours. Il a 38 ans, il est dans la pleine force de l’âge, ses organes vitaux ne sont pas déficients ; combien de temps faudra-t-il pour que son âme déserte son pauvre corps et dans quelle effroyable douleur, quelle indicible solitude va-t-il gravir ce calvaire édifié sur la colline européenne des droits de l’homme ?
Les sinistres missionnaires de l’euthanasie active nous murmurent alors : pour éviter cette mort-là, une petite piqûre suffirait ! L’alternative du Diable : ou faire mourir de faim et de soif ou d’une piqûre mortelle. Car ces propagandistes de la culture de mort n’envisagent jamais la seule qui vaille, conforme à la dignité humaine : le laisser vivre, comme toute personne humaine, et aller jusqu’au bout de son âge, fût-ce à travers la longue nuit d’une « conscience minimale » qui permet encore à un chrétien de tressaillir à la pensée du Jour ébloui qui n’aura pas de fin.

Mais on saisit le principe qui commande cet acharnement mortifère : il est des vies qui ne méritent plus d’être vécues. Vincent Lambert ne serait plus qu’un légume et, avec lui, 1 700 autres qui sont dans son cas. Voilà ces « humanistes », qui n’ont à la bouche que le mot de « dignité », qui privent des hommes de leur humanité parce qu’ils ne peuvent plus parler, bouger, agir, produire, consommer, surfer sur internet, prendre l’apéro, jouer au tiercé, la vraie vie quoi, celle qui vaut d’être vécue… Ce n’est pas une vérité révélée, mais une évidence biologique : quel que que soit son état, un être humain reste humain jusqu’au bout et ne se mue jamais en animal, en minéral ou en végétal, en légume.

Et maintenant ? Soutenons l’ultime bataille de ses parents. En attendant, ils ne peuvent qu’être là et l’aimer, puisque l’amour c’est aussi prendre soin de la solitude de l’autre sans jamais la combler ni même la connaître.

Guy Rouvrais