Pédagogie dite « moderne » ! Tribune libre de Vincent Revel

Pédagogie dite « moderne » ! Tribune libre de Vincent Revel

Que l’on soit à Mossoul ou à Paris, la même logique domine les esprits. Comme le dit Vincent Badré, dans sa chronique qu’il réserve à La Nouvelle Revue d’Histoire, pendant que « les islamistes crient leur victoire et détruisent les statues de l’ennemi » (photo au musée de Ninive, Irak) nos penseurs modernes et leurs sbires « étouffent l’enseignement du latin et négligent le patrimoine historique ».

Avec quelques nuances dans les moyens adoptés, une volonté de destruction anime les politiques entreprises aussi bien sur les bords de Seine que sur ceux de l’Euphrate et du Tigre.

En Irak et en Syrie, les islamistes ne font qu’assumer pleinement la loi coranique et, malgré les indignations des uns ou des autres, appliquent scrupuleusement, sans tromperie et sans hypocrisie, leur programme de remplacement pour laisser place au pire régime théocratique.

C’est bien pour cette raison que l’attitude de la France, en tant que co-responsable de la situation dramatique en Syrie, est inacceptable. Il était prévisible qu’en fragilisant l’autorité légale de la Syrie la menace islamiste sunnite, déjà présente en Irak, ne pouvait que se renforcer dans la région. Les indignations et les craintes vis-à-vis de Palmyre et de son passé romain et grec proviennent aujourd’hui des mêmes autorités qui voulaient, il y a de ça moins de deux ans, armer les djihadistes en guerre contre les soldats de Bachar el-Assad. Cette irresponsabilité et cet amateurisme sont révoltants.

Nos responsables, pour émouvoir dans les chaumières et montrer qu’ils sont bien dans le camp des gentils, donnent dans le pathétique et le mélodrame alors que leurs actions et leur incompétence nous démontrent, jour après jour, qu’ils sont dépassés par l’ampleur du problème. Face au choc des civilisations, qu’ils nient farouchement pour éviter d’avoir à se remettre en cause en devant reconnaître finalement l’élan utopiste de leur délire « multiculturaliste », nos élites, qu’elles soient politiques, médiatiques, intellectuelles et économiques, refusent la réalité et renoncent face aux dangers.

Ils s’abritent en cœur derrière l’idée que le modernisme, basé exclusivement sur la déconstruction des nations au profit d’un monde néo-libéral, permettrait la naissance d’une société parfaite où seule la notion de citoyen du monde serait recevable.

 

En Occident et tout particulièrement en Hollandie, ce mensonge passe, comme le souhaite Najat Vallaud-Belkacem, par l’effacement de notre histoire. Notre mémoire devient donc l’enjeu d’un bras de fer car elle est plus que le reflet de l’âme d’un peuple, elle est l’héritage, comme le disait Jean Markale dans son ouvrage Druides et Chamanes, « du plus lointain passé de l’humanité, mais également de tout ce qui s’est dit et fait pendant des siècles et des millénaires qui séparent ce point zéro du présent actuel. Et c’est cette mémoire collective qui constitue ce qu’on appelle la culture. » De ce fait, à la suite d’Éric Zemmour, nous pouvons constater et affirmer que « cette histoire est aujourd’hui falsifiée et dénaturée, ignorée pour être mieux retournée, retournée pour être mieux ignorée. »

Pour arriver à ce changement voulu, il devient donc nécessaire, pour notre oligarchie déracinée, de s’attaquer à ce qu’il y a de plus profond, de plus solide en nous. La démagogie n’a plus de limite et face aux idéologies mondialistes, altermondialistes et islamistes, toutes trois décidées à instaurer un ordre nouveau en méprisant les frontières et les vraies diversités, la résistance et l’identité des peuples se fracassent actuellement contre cette vision réductrice de l’humanité où l’uniformisation des esprits règne d’une façon absolue. La dure réalité est transformée grâce à l’opération d’Allah, des lois du marché ou par la nouvelle religion des droits de l’hommisme, et la Novlangue, qui en découle automatiquement, devient le nouveau moyen d’expression avant l’emploi de la force comme moyen d’action.

Pour certains de ces déconstructeurs, le bien vivre ensemble, les droits des consommateurs, le libre-échange, un monde sans entrave semblent compter par-dessus tout. Pour d’autres, la cohésion et la soumission de l’ensemble de la communauté musulmane à la charia sont essentielles. Pour les derniers de cette grande famille, qui jouent souvent le rôle des crétins utiles pour les deux groupes précédents, héritiers indirects de la faucille et du marteau, favorables à un internationalisme à la sauce libérale, militants sans-frontiéristes passionnés, seule la mort de l’Occident oppresseur paraît important. Sous leurs coups, piliers après piliers (frontières, souveraineté, famille, éducation…), nos fondations s’effondrent.

Il n’est donc pas si étonnant de constater que l’héritage grec et latin dérange aussi bien les tenants du bien vivre ensemble à Paris que les combattants de l’Etat Islamique en Syrie.

Même si leur finalité diverge, leur logique et leur volonté sont identiques.

Vincent Revel