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Europe : l’échec de la stratégie du « containment »

28/05/2015 – EUROPE (La Tribune, édité par NOVOpress)
La ligne dure contre la Grèce n’était pas qu’intransigeance financière, mais traduisait la volonté des créanciers de faire un exemple. Echec : après le succès de Syriza en Grèce, ce sont maintenant la Pologne et l’Espagne qui basculent, au moins partiellement, dans le camp des eurosceptiques. Extraits de l’analyse de Romaric Gaudin.

L’intransigeance des créanciers vis-à-vis de la Grèce ne peut s’expliquer par le désir de recouvrer les créances dues.
Assure-t-on un tel remboursement en menant un pays au bord du défaut, en réduisant les moyens d’action de son gouvernement et en faisant peser sur sa croissance la menace d’un défaut et d’une sortie de la zone euro ?
La raison eût voulu dans cette affaire que les créanciers, tout en prenant des garanties que les Grecs étaient prêts à leur donner, laissent travailler le gouvernement grec. L’accord du 20 février, où Athènes acceptait de payer son dû et se reconnaissait liée par les « accords existants ».

Pour éviter d’autres « dominos » de tomber, pour éviter que d’autres pays victimes de la logique des « sauvetages de l’euro » ne demandent à leur tour une restructuration de leurs dettes, il fallait mettre le gouvernement Tsipras à genoux. Il fallait que le premier ministre hellénique finisse par reconnaître la vérité des choix économiques imposés par les créanciers. Alors, preuve eût été faite qu’il « n’y a pas d’alternative » puisque même ceux qui professe une alternative finissent par accepter le bréviaire. Dès lors, à quoi bon voter encore contre la pensée économique dominante ?

Ce calcul a échoué. « L’exemple grec » n’a pas dissuadé les électeurs espagnols de « châtier » les deux grands partis qui avaient soutenu l’austérité en 2011. Podemos, que les sondages disaient en déclin, a frappé les esprits en s’imposant comme une force centrale à Madrid et Barcelone, mais aussi à Saragosse.

Meeting de Podemos a Malagà avec Pablo Iglesias

Meeting de Podemos a Malagà avec Pablo Iglesias

Les élections du 20 novembre présentent un défi délicat pour l’Europe. Si Podemos participe au pouvoir, il y aura une remise en cause de l’idéologie dominante en Europe, et un nouveau domino tombera. Si, en revanche, les deux partis traditionnels s’allient dans une « grande coalition » qui fait tant rêver les fonctionnaires européens, Podemos deviendra la première force d’opposition et on risque de reporter la chute du domino espagnol à plus tard.

Le « containment » semble avoir échoué dans les autres pays qui ont connu les visites de la troïka. Au Portugal, les socialistes portugais évoquent désormais une négociation sur la dette. En Irlande, le Sinn Fein pourrait aussi l’an prochain faire une percée et prendre la première place, ce qui, là aussi, viendrait, là aussi, remettre en cause le fameux « retour du Tigre celtique grâce à l’austérité. »
Mais il y a encore pire. La stratégie du « containment » n’a pas davantage réussi à calmer l’essor des eurosceptiques de droite, qui voient dans le traitement infligé aux Grecs la justification de leur discours anti-euro. Sans compter que ces pays ont pu aussi voir dans la renaissance de la crise grecque la confirmation de trois de leurs présupposés : l’incapacité de la bureaucratie bruxelloise, la mise en danger par l’Europe de l’argent des contribuables et la faillite des « sauvetages » de 2010-2011.
Ainsi, le mouvement finnois de Timo Soini, est-il arrivé en deuxième position le 19 avril lors des élections législatives finlandaises. Dimanche, c’est la Pologne qui a infligé une gifle retentissante à Bruxelles en élisant contre toute attente à la présidence de la République le conservateur eurosceptique Andrzej Duda, contre le candidat du président du Conseil européen et ancien premier ministre Donald Tusk !

andrzej_duda

Andrzej Duda

Le « containment » prend donc l’eau de toute part et les dirigeants européens devraient donc d’urgence repenser les fondements de leur pensée économique, ce qu’ils refusent obstinément. Cet aveuglement qui fait de toute politique alternative un « populisme » mène l’Europe dans le mur.
Pourtant, le changement est urgent. Pour la Grèce et pour l’Europe.

Crédit photo : Cyberfrancis via Flickr (CC) = Meeting de Podemos a Malagà avec Pablo Iglesias, leader du mouvement
Capture d’écran de la retransmission du discours de victoire d’Andrzej Duda par la chaîne Eurnoews,
Lorenzo Gaudenzi via Flickr (CC) = Alexis Tsipras à la Piazza Maggiore