Ma criminelle indifférence pour le Français Atlaoui - Tribune de Flavien Blanchon

Ma criminelle indifférence pour le Français Atlaoui – Tribune de Flavien Blanchon

Je fais des efforts. J’essaie de ne pas souhaiter, pour que cette exaspérante hystérie trouve du moins un autre objet, que l’Indonésie fusille au plus vite M. Serge Areski Atlaoui (photo). Quoi que ce personnage ait commis, il n’est pas responsable de ceux qui le soutiennent. Mais qu’on ne me demande pas de me lamenter sur sa possible exécution. L’indifférence est le mieux que je puisse faire.

En temps ordinaire, aux yeux de la caste politico-médiatique, être Français est tout sauf un titre à la considération. Le Français est naturellement coupable, pour les crimes de ses pères et pour son propre racisme, et ceux qui l’agressent, le volent ou l’assassinent sont toujours des victimes.

Jamais vous ne lirez dans les journaux que la petite Française Jeanne ou Marie a été violée et torturée, le jeune Français Paul ou Pierre tabassé et laissé pour mort. La moindre suggestion qu’il ne serait pas aberrant, en France, de faire une différence entre les Français et les autres, déchaîne des flots d’indignation.

Tout change dès lors que le détenteur plus ou moins improbable d’un passeport français a des ennuis judiciaires à l’étranger. En ce cas, il est invariablement innocent. Celle-ci passe des mois dans un ranch où des prisonniers sont torturés dans les caves, sans rien voir ni entendre et sans non plus se demander de quoi vit donc son beau basané. Ceux-là avaient ramassé en toute innocence des enfants qu’ils avaient pris pour des orphelins, pour les vendre par bonté d’âme à des bourgeois français en mal de parentalité.

Et M. Areski Atlaoui n’a rien trouvé d’étrange à ce qu’on lui offrît d’aller faire un peu de soudure au noir en Indonésie, en gagnant chaque semaine plus que le revenu annuel moyen du pays : il le valait bien !

Ce serait à croire que le peuple qui s’est longtemps fait gloire d’être le plus spirituel de la terre n’est désormais composé que de jocrisses et d’enfants de chœur.

C’est toujours ensuite la même histoire. L’attendrissement devient une obligation citoyenne. Les médias exhibent inlassablement les comités de soutien indignés et les familles en pleurs. Nos gouvernants, qui sentent une occasion de grapiller quelques points de popularité, multiplient les déclarations et les communiqués. Ce qui nous reste de diplomatie se consacre tout entier à sauver nos malheureux compatriotes injustement accusés. On le prend de haut avec les dysfonctionnements de la justice locale, le bâclage de l’enquête de police ou la politisation des magistrats – ce n’est pas en France que l’on verrait des choses pareilles ! On n’hésite pas, quand le pays concerné n’est ni trop riche ni trop puissant, à le menacer de boycotts, rétorsions, représailles, tout ce qu’on peut imaginer. C’est tout juste si, aux applaudissement de la gauche tiers-mondiste, on n’envoie pas la canonnière, comme au bon vieux temps.

Et il n’est jamais question que de Français : le Français Atlaoui par-ci, le Français Atlaoui par-là, à moins que, pour toucher encore plus le bon peuple, on ne joue sur la fibre régionaliste. En Lorraine, c’est le Lorrain Atlaoui, à Metz le Messin Atlaoui. Comme s’il y avait là un brevet d’impeccabilité devant lequel le monde entier dût s’incliner. C’est le Français Atlaoui, on vous dit ! Et alors ?

Ah, mais cette fois c’est encore plus terrible que d’habitude. Il ne s’agit pas seulement de malheureux Français détenus dans des conditions inhumaines, dans une indigne promiscuité, sans même un abonnement à Canal Plus, au milieu de tout un tas d’étrangers. On vous parle de peine de mort ! C’est un Français condamné à mort et qui, nous ressasse-t-on, s’il est passé par les armes, sera le premier Français exécuté judiciairement depuis quarante ans. Je n’irai certes pas insinuer que, si, depuis quarante ans, la justice française avait raccourci quelques assassins, trafiquants de drogue et passeurs de clandestins, la France ne s’en porterait peut-être pas plus mal. Je suis bien convaincu, comme vous et comme tout homme civilisé, que la peine capitale est le mal absolu et que son abolition universelle s’impose, sauf peut-être, à titre exceptionnel et transitoire, pour les Européens qui s’obstinent à trouver qu’il y a trop d’immigrés chez eux. Je déplore que l’on ait trop tardé à traduire en indonésien, aux frais de l’État français, les œuvres poétiques complètes de Mme Taubira et à les distribuer dans les rues de Jakarta pour éduquer, enfin, la conscience des indigènes.

En attendant, la peine de mort figure dans le code pénal indonésien et son administration est régie par le droit local, dont je ne me permettrai pas de parler puisque je ne le connais pas. L’Indonésie l’applique à ses propres citoyens et aussi aux étrangers. Elle vient d’exécuter un Australien dont les médias australiens, qui paraissent valoir les nôtres, avaient pourtant fait un petit saint : il paraît qu’il donnait des cours de Bible et de cuisine à ses codétenus. M. Atlaoui, pour sa part, enseigne peut-être la soudure de tradition française.

Mais Aurélie Châtelain était bien professeur de danse et on n’a pas versé sur son cadavre le dixième des larmes qui ont d’ores et déjà été versées sur M. Atlaoui. Il est vrai qu’Aurélie Châtelain a été assassinée en France par un immigré. Ça ne compte pas pour être Français innocent.

Et elle n’aura certes pas été, depuis quarante ans, la première à subir ce sort.

Flavien Blanchon pour Novopress