Que nous reste-t-il ? Tribune par Vincent Revel

Que nous reste-t-il ? Tribune par Vincent Revel

Comme l’expliquait l’auteur Jean Hurtado dans sa biographie consacrée à Zénon, celui-ci ainsi que son contemporain Epicure (image en Une) vécurent « une période troublée de l’histoire de la Grèce ». Confrontés à une phase de déclin, ces deux sages proposèrent « une philosophie adaptée aux hommes désorientés de ce temps ». Alors bien sûr, en parlant de Zénon et d’Epicure, je n’ai pas l’intention de vouloir faire revivre le passé. Ceci n’aurait aucun sens du fait que rien ne peut être comme avant. Par contre, à l’image de cette « période troublée » qu’ils ont vécu, nous pouvons nous aussi, dans notre époque dite moderne, nous définir et nous reconnaître comme des « hommes désorientés ».

Face à cette triste réalité, que nos politiques nient, car incapables de se remettre en question comme étant l’une des causes de notre décadence, nous devons dès à présent nous servir de notre passé, comme l’ont fait en leur temps Zénon et Epicure avec Homère, Pythagore, Hésiode, Socrate, Platon, Aristote, Diogène… pour enfin trouver une issue favorable et porteuse d’espoir.

Prioritairement, nous devons dresser un constat rigoureux de notre situation actuelle pour savoir ce que nous avons perdu et ce sur quoi nous pouvons nous reposer.

En tant que peuple, « ensemble humain réuni par l’appartenance à une société, une culture, une patrie communes, parlant généralement la même langue », nous ne pouvons que constater amèrement notre désintégration face à un consumérisme destructeur des identités charnelles et à un communautarisme de plus en plus favorisé par notre pseudo-élite. En tant que patrie et nation, c’est-à-dire « groupe humain, ayant le sentiment et la conscience de son unité » avec une volonté « de vivre en commun », nous devons aussi accepter qu’il existe à présent une véritable fracture. En dernier repère, ultime rempart pour un peuple, le pays, « territoire d’une nation, délimité par des frontières terrestres et maritimes », nous ne pouvons qu’observer, en prenant acte, qu’il s’efface très rapidement sous les coups des mondialistes et des altermondialistes, unis dans la même œuvre pour faire disparaître tout ce qui peut ressembler à une frontière. Comme le disait Régis Debray dans son livre Eloge des frontières : «  La plupart des peuples – je parle de ceux qui gardent leur âme, ou leur mordant, c’est la même chose – entretiennent avec leurs limites (frontières) un rapport émotionnel et quasiment sacré. » Cette citation nous dévoile en partie tout ce que nous n’avons plus.

Une fois que nous avons fait ce dur constat, il nous faut être lucide et rapidement comprendre, comme les contemporains de Zénon et d’Epicure, que plus rien ne sera comme avant. Ce qui fut est irrémédiablement passé et il ne tient qu’à nous de construire ce qui sera sur les bases solides de notre mémoire enracinée dans une longue tradition.

Aujourd’hui, il nous reste une République moribonde, dont les élus n’ont plus pour priorité la défense de la terre de nos pères et c’est bien parce que nous avons compris cette froide et implacable réalité que nos dirigeants veulent nous faire taire en faisant adopter la loi sur le Renseignement. Ils se servent d’une réelle menace, le terrorisme islamiste, sans jamais réellement la nommer explicitement, pour s’attaquer à leurs adversaires politiques, pouvant menacer leurs projets idéologiques de déconstruction des sociétés de l’Europe occidentale.

Avec cette loi, c’est la possible création d’une nouvelle police politique, fidèle à un régime, prête à tout pour servir au mieux les intérêts d’un système faussement démocratique.

Le défi est immense pour tous les patriotes épris de liberté mais l’enjeu nous impose de continuer le combat. Notre engagement est la seule alternative pour éviter qu’aboutisse le changement souhaité par le soldat Hollande. Car celui-ci se résumera juste par un grand remplacement.

Vincent Revel

Crédit photo : Eric Gaba, via Wikipédia, (cc).