Attentats de Tunis, une stratégie globale - Par Guillaume Faye

Attentats de Tunis, une stratégie globale – Par Guillaume Faye

Le massacre du musée Bardo de Tunis n’est que la continuation logique d’une guerre qui commence en Europe et à ses portes, menée par l’islam radical, et qui implique de plus en plus une partie des populations musulmanes immigrées. Cette attaque militaire au fusil d’assaut est la suite de celles de Bruxelles, Paris et Copenhague, selon une fréquence désormais soutenue. Comme je le prévoyais dans un récent article, la série noire continue et va s’amplifier.

Un acte de guerre inscrit dans une stratégie globale

Les moudjahidines visaient d’abord à tuer des Européens (20 touristes abattus, de nombreux blessés), mais aussi à déstabiliser la Tunisie (1), le seul pays musulman qui essaye d’instituer une fragile démocratie, où le ”printemps arabe” n’a pas complètement échoué, où une bonne partie de la population est révulsée par l’islamisme et où le parti Ennahda a échoué à monopoliser le pouvoir.

Les islamistes de ce parti qui se présentent comme des ”modérés” méritent toutes les méfiances. La duplicité est leur loi, comme en Turquie, avec le parti d’Erdogan au pouvoir. Refusant la distinction entre islamistes modérés et radicaux, la militante laïque syrienne Randa Kassis, explique : « Islamisme rime avec obscurantisme. Un islamiste modéré n’est guère moins dangereux qu’un islamiste radical. Le premier manie parfaitement l’art de la dissimulation afin d’instaurer, lui aussi, un État islamique, avec la même volonté d’asservir tous ceux qui refusent de se soumettre ». (2)

L’attentat de Tunis, le plus meurtrier dans le pays et le premier au cœur de la capitale, dans l’enceinte même du Parlement, a été commis par des tueurs tunisiens formés au combat ; il a été revendiqué par l’ État islamique, Daech,  qui ronge la Syrie et l’Irak et qui, en compétition avec les groupes d’Al-Qaida, suit une stratégie sanglante et méthodique. Celle-ci vise à installer l’islam radical sunnite de type archéo-médiéval, totalitaire et seul jugé authentique (le ”Califat ”), dans le monde musulman d’abord, mais aussi dans une Europe en proie à une immigration de masse où les jeunes populations musulmanes allochtones se radicalisent.

Outre la submersion démographique progressive, l’objectif est à terme (l’islam a le temps, pas comme la mentalité occidentale noyée dans le présentisme et l’immédiateté) la destruction de la civilisation européenne pour la remplacer par le Dar al-Islam . Complètement aveuglés, nos dirigeants parlent de ”terrorisme”, sans oser nommer ou comprendre ce qu’il y a derrière : une stratégie de conquête et d’instauration de la charia totalitaire islamique.

3.000 combattants musulmans venus des rangs des immigrés en Europe sont partis rejoindre Daech. 600 sont déjà revenus (il y a un sinistre ”turn over”) et vivent comme des poissons dans l’eau ici même, dans un milieu qui épouse leur cause, les protège et leur sert de logistique et de base de recrutement.

La nation française désignée comme ennemi

Dans une note confidentielle, le Service central de renseignement territorial (SCRT) observe un « repli communautaire plus marqué depuis les attaques contre Charlie Hebdo et l’HyperCacher  » Le rapport de police, révélé par Le Parisien, précise  que les « communautarismes identitaires et religieux s’affichent de façon plus évidente » dans les ”zones sensibles” du territoire français.

Donc les attentats de janvier 2015 ont encore accru l’hostilité envers la France et l’attachement au djihad. On mesure la naïveté sidérante des manifestations ”Je suis Charlie”. Les jeunes musulmans y ont d’ailleurs très peu participé, beaucoup approuvant les attentats. Le SCRT a noté « une faible représentation de la communauté musulmane à Marseille » à ces manifestations. Ils ont moins manifesté que les musulmans à Tunis, après l’attaque du musée ! Preuve que la radicalisation des musulmans issus de l’immigration en France (notamment les jeunes), comme en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni est plus forte que celle des musulmans de Tunisie ! Le SCRT note aussi « une poussée du courant salafiste dans le Var » depuis les attentats de janvier. Tout cela démontre que ces attentats ont bel et bien porté leurs fruits et rempli leur objectif  auprès d’une population  inassimilable : exalter, pousser à la guerre, radicaliser, fanatiser.

Sans mâcher ses mots, Yves de Kerdrel écrit : « Notre démocratie, baignée d’angélisme et gangrénée par des élites qui préfèrent le multiculturalisme à la nation, a bien du mal à s’adapter à cette guerre de religion ». Puis il ose cette comparaison : «  Les jeunes filles qui vont à l’université coiffées d’un voile le font pour revendiquer une identité. Elles le font par soumission aux règles des cités où elles résident et aux lois des ”grands frères ” qui y sèment la terreur. Ce n’est pas seulement un refus d’intégration, c’est une forme de racisme anti-français. Et toutes proportions gardées, il n’y a pas de différence entre ce gamin de 12 ans qui part de son collège à Toulouse pour mener des exécutions de sang-froid et ces jeunes filles qui revendiquent le port du voile à l’université avec l’encouragement de professeurs aveuglés par le démon du multiculturalisme ». (Valeurs Actuelles, 19-25/03/2015)

Propagande sanguinaire comme technique de communication

Le 10 mars, une vidéo diffusée par EI/ Daech sur Internet montrait en effet un garçon de 12 ans en djellaba qui abattait puis achevait au pistolet un Arabe israélien soupçonné d’être un agent du Mossad, au cri de « Allah Akbar ! » Il s’agit de Rayan, un jeune maghrébin de nationalité française, scolarisé à Toulouse et parti en Syrie. Derrière lui se tenait pour l’encourager celui dont il est le beau-fils, un barbu au regard exalté, Sabri Essid, qui prononça la sentence de mort en français en faisant référence à l’HyperCacher où Coulibaly avait commis son massacre. C’est le demi-frère du tueur Mohamed Merah (auteur en 2012 de 7 meurtres de juifs et de militaires) dont il avait organisé l’enterrement. Il n’a jamais été  interrogé par la DGSI, le service de renseignement intérieur, débordé. Il fait partie du milieu salafiste de la région de Toulouse et a rejoint la Syrie sans problèmes avec sa femme et ses quatre enfants.

Plusieurs vidéos comme celle-ci ont été visionnées près d’un million de fois dans le monde. Dans certaines d’entre elles, les moudjahidines font connaître leur programme : s’aguerrir en Irak et en Syrie et revenir en Europe pour semer la terreur et  « s’offrir le martyre ». Très inquiétant : des enfants et pré-adolescents fanatisés sont souvent filmés. L’un d’eux, Abdullah, menace en fixant la caméra : « je serai votre égorgeur, ô mécréants, je serai un moudjahid, si Dieu le veut ». Diffusée en janvier 2015, une vidéo de 7 minutes montre un enfant bourreau qui abat deux hommes entravés, présentés comme des ”espions russes ”. Sur une autre vidéo, on voit un jeune combattant de Daech accroupi, avec treillis et turban, kalachnikov posé sur les genoux, qui brandit un poignard et menace, en français, avec l’accent des banlieues. Il promet un carnage, utilisant un argumentaire djihadiste sommaire (c’est un pléonasme), éructant de haine. Une vindicte revient souvent, s’adressant à la fois aux ”mauvais musulmans ”, supposés collabos, et aux Occidentaux : « nous reviendront vous tuer, vous, tous les tarouts (impies) ». C’est une déclaration de guerre.

Ces vidéos de propagande ne peuvent que se multiplier et inonder la Toile. Elles sont un puissant facteur de recrutement et de fanatisation, notamment en France. La technique psychologique utilisée contre les ennemis (dans le monde musulman et maintenant en France et en Europe) est celle de la sidération par la terreur, en vue d’obtenir la soumission, si possible sans combattre vraiment, par intimidation. Avec le binôme : attentats et grignotage démographique.

Une nouvelle forme de guerre

Chaque nouvel attentat crée du fanatisme, de l’enthousiasme, attise le besoin de passer à l’acte. Il mobilise, il exalte, il suscite des émules. Les exploits sanguinaires diffusés sur la Toile font chauffer un peu plus la bouilloire de ce fanatisme islamique, dont les ressorts – ce qu’on n’ose jamais dire – sont en grande partie ethniques. C’est une réalité sociologique qui s’impose d’autant plus qu’on la dissimule. Le peuple le sent parfaitement alors que l’oligarchie s’acharne à le nier. Le déni de réalité est le visage de la trahison des clercs.

Dans deux ou trois ans, en France, en Belgique, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas , en Espagne et dans d’autres pays de l’UE, on vivra peut-être au rythme d’un massacre par jour ou de plusieurs simultanés, alternant bombes, tueurs suicidaires, attaques au fusil d’assaut et à l’arme de guerre. Les forces de sécurité et de renseignement sont déjà débordées.

De plus, on note un mélange explosif associant djihadisme et criminalité, impliquant notamment le trafic de drogues, les violences de délinquance, les émeutes, l’économie mafieuse souterraine, l’extension des zones de non-droit ”défrancisées”, la constitution de stocks d’armes. Les États européens sont totalement impuissants face à cette menace intérieure, avec leurs frontières passoires et leurs législations laxistes. Les avions français qui vont jeter quelques bombes au dessus de EI/Daech au Moyen-Orient, est-ce bien utile ? Les maigres troupes envoyées en Afrique, est-ce la solution ? C’est possible, mais en tout cas, c’est insuffisant.

La guerre est chez nous et c’est là qu’il faut combattre et se défendre. Cette guerre larvée qui commence a déjà un coût, non seulement financier mais surtout psychologique. Cette stratégie de la tension plombe le moral de la nation, en diffusant un sentiment de méfiance, d’insécurité, de pessimisme.

Nous sommes en proie à une invasion par le bas, à une guerre d’un type nouveau, à la fois démographique, criminogène, ethno-culturelle et religieuse, et terroriste. Nous ne la gagnerons qu’en changeant radicalement de méthodes et de paradigme, c’est-à-dire en prenant le problème à  bras-le-corps, en s’attaquant à la cause centrale : l’immigration.

 NOTES
1) La cible est le tourisme qui représente en Tunisie 7% du PIB et 400.000 emplois,  sans compter les emplois indirects. Les Frères musulmans avaient en Égypte le même objectif, en attaquant les sites touristiques : casser un secteur économique majeur pour engendrer le chaos, préalable à la prise du pouvoir.

2) Entretien dans Valeurs Actuelles par Frédéric Pons. 19-25/3/2015. Randa Kassis cosigne avec Alexandre del Valle, Le Chaos syrien, Dhow Éditions.

Guillaume Faye

Source : le Blog de Guillaume Faye.