50 nuances de regrets pour 50 nuances de Grey

50 nuances de regrets pour 50 nuances de Grey

16/03/2015 – PARIS (NOVOpress)
Le livre déjà tenait ses promesses, il était gris. Sans envolée, la prose d’E L James est morne comme la vie d’un Américain qui usine dans le tertiaire.

Il arrive parfois que par le travail des scénaristes, du réalisateur et des acteurs, une adaptation cinématographique mette de la couleur dans la grisaille d’un roman.  Aussi, il pouvait être bien de voir le film dont tout le monde parle afin de le juger sur pièces.

Hélas, les deux principaux rôles étaient dépourvus du charisme nécessaire au fait romantique, car on ne peut aimer que si on admire. Et pour que ces deux personnages vivent réellement cette passion, il aurait fallu que leurs interprètes aient ce quelque chose à l’intérieur qui vibre.

De plus, dans ce film, l’action reste en dessous du moteur psychologique de l’intrigue. En d’autres termes, c’est un sadique, il cherche une soumise, au bout de deux heures qui représentent des mois dans l’histoire, il lui donnera une fessée, un coup de martinet et elle se sauvera en pleurant pour ne plus revenir.  L’amour ne saurait être la substance et le sexe secondaire, car quand ce premier est présent, il irradie chaque mimique, chaque mouvement, chaque regard. On aime trop et mal ou on n’aime pas du tout, c’est sans nuances qu’elles soient grises ou pas.

Puisqu’en littérature, on explore le particulier (l’intime) pour le révéler au général (le public), il n’y a pas à avoir cette belle pudeur mise à mal par le système en outrances exhibitionnistes quotidiennes (propos gores dans les médias, publicité avec des femmes nues pour tout produit pouvant se vendre, starlettes télévisuelles sans pudeur, ni éducation, confidences publiques de sa vie sexuelle, télé-réalité). Qu’un livre ou un film ait, de temps à autre, comme sujet : une déviance, pourquoi pas ?

Il ne s’agit pas de juger la vie sexuelle de deux adultes consentants, elle ne regarde qu’eux ; ni d’injecter des doses de moraline au lecteur, entendons-nous bien. Mais de produire un avis de société pour enrichir la réflexion sur un film à la teneur pauvre.

Que 50 nuances de Grey se retrouve avec une telle promotion quand les têtes d’affiche jouent si mal, que les dialogues sont si creux, que le sentiment tel qu’il soit se porte absent, cela ne peut s’expliquer que comme une propagande de la vie moderne .

Soyez transparents comme du gris très pale, mais ayez une vie basée uniquement sur la consommation puisque le nombre de voitures et de cravates font le bonheur.  Ayez la pensée et la réplique plates comme un discours du parti socialiste. Soyez uniformes et distinguez-vous en étant « tordu » de type psychorigide au lieu d’avoir une personnalité forte et unique. N’aimez pas vraiment, mais faites comme si. N’allez pas au bout de qui vous êtes en vous assumant et en vous améliorant, mais soyez comme la réflexion d’un philosophe télévisuel, restez à demi.

Avec ce long métrage, nous sommes loin d’une Marlene Dietrich qui a une passion douloureuse pour Charles Boyer dans le chef d’oeuvre : Les Jardins d’Allah. Nous ne sommes pas emportés par une Vivien Leigh qui envoûte un Clark Gable désabusé dans Autant en Emporte le Vent. Ce film est ennuyeux comme le monde qu’il propose. Il est triste qu’un si large public se soit enthousiasmé pour l’ennui. Il est possible qu’il accepte le  destin qu’on lui propose par fatalité et qu’il soit heureux de trouver un film identificateur.

50 nuances de Grey nous laisse avec 50 nuances de regrets.

Louis Chaumont