GPA : au Royaume-Uni, elle porte légalement le bébé de son fils

GPA : au Royaume-Uni, elle porte légalement le bébé de son fils

07/03/2015 – LONDRES (NOVOpress)
Royaume-Uni, an de grâce 2015. Le magistrat ayant rendu ce verdict a tenu à garder la famille, la clinique et la région d’où vient cette affaire anonymes. De quoi s’agit-il ? Mrs Justice Theis, magistrat anglais de la Haute Cour au prénom prémonitoire, a accordé le droit à un homme d’adopter l’enfant obtenu à partir de son sperme, d’un ovule venu d’une anonyme et porté par sa mère. En anglais, on appelle cela un « combo« …

« L’accord passé entre les parties, bien que très inhabituel, est tout à fait légal en vertu des dispositions législatives actuelles. »
Mrs Justice Theis, juge

Le père, âgé d’une vingtaine vingtaine d’années, vit seul. Il voulait un enfant « depuis très longtemps ». Il a attendu d’avoir un emploi sédentaire et un logement afin de pouvoir fournir « les soins dont un enfant a besoin ».

Après qu’une mère porteuse ait renoncé par soucis médicaux, la juge en discussion avec la famille et les amis proches a fini par accepter l’idée que la grand-mère de l’enfant à paraître devienne sa mère. Cette dernière ayant proposé cette solution avec l’entente de son mari. La famille a ensuite participé à une série de séances et de discussions avec la clinique, qui est enregistrée officiellement à la Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA). Le projet, décrit par le directeur du centre médical comme unique, avait alors été considéré acceptable après une mure réflexion.

Le bébé, maintenant âgé de sept mois, est né à terme et vit avec son père. La femme qui portait l’enfant est la mère légale. Son mari (le grand-père, donc) est le père légal, puisqu’il a consenti à la grossesse. Et le fils (qui serait en quelque sorte le demi-frère de son propre enfant) l’a donc adopté.

Mrs Justice Theis, juge, a tenu à garder la famille, la clinique et la région d’où vient cette affaire anonymes.

Mrs Justice Theis, juge, a tenu à garder la famille, la clinique et la région d’où vient cette affaire anonymes.

Le magistrat sait qu’un père biologique seul ne peut recevoir l’enfant issu d’une GPA, la condition étant que le nourrisson soit accueilli par un couple qui s’inscrit dans une relation durable comme le stipule la loi Human Fertilisation Embryology Act qui régit la situation des mères porteuses.

Mais la juge a joué de la sémantique juridique pour faire valoir que, dans ce cas particulier, l’adoption n’enfreindrait aucune loi car le bébé et son père sont déjà juridiquement liés comme des frères. D’ailleurs, les travailleurs sociaux en charge de ce dossier ont soutenu l’adoption, en disant que cela « renforcerait le lien que le père et l’enfant partagent déjà ».

Un rapport décrit comment le bébé à « clairement exprimé un attachement solide au père », ajoutant : « le père croit savoir que l’enfant aura besoin de connaître comment il a été conçu et estime qu’il pourra compter sur la solidité de la structure familiale pour soutenir son fils et lui montrer qu’il était un enfant très désiré. » Un autre rapport indique que la mère et son mari considèrent l’enfant comme leur petit-fils, ajoutant que la famille voulait que l’enfant connaisse les circonstances exactes de sa naissance.

De gauche comme de droite, des critiques se sont élevées pour que la loi n’autorise plus jamais un tel arrangement. Jill Kirby, auteur et commentatrice sur les sujets familiaux a déclaré que « l’éthique dans ce cas est en effet très douteuse. Si la HFEA estime que c’est une procédure légale, il y a un besoin urgent de réexaminer la loi. » Patricia Morgan, un éminent chercheur sur la politique familiale, a estimé que « cet enfant aura tant de confusion dans ses origines (…) Plus nous nous éloignons des deux parents biologiques, plus nous causons des dommages émotionnels à l’enfant. » Robert Flello, député travailliste de Stoke a pour sa part affirmé que « cette affaire soulève beaucoup d’inquiétudes et de questions. Ma plus grande préoccupation dans tout cela porte sur les dommages potentiels et émotionnels de l’enfant dans les années à venir, quand il tentera d’établir des relations familiales que la plupart d’entre nous peuvent considérer comme acquises.»

Si cela ne posait pas de graves questions en terme de choix de civilisation, et n’engageait pas l’avenir d’un enfant, l’on serait tenté de croire que le premier avril est en avance au Royaume-Uni…

Sources : Daily Mail / Telegraph

Crédit photo : emerycophoto via Flickr (cc)