Chaque semaine, la même litanie…

Chaque semaine, la même litanie…

Une fois de plus, l’Occident se trompe d’ennemi. A l’heure où l’Islam sunnite embrase la planète, les Etats-Unis et leurs valets occidentaux ont décidé de faire plier Moscou. Après avoir fait croire aux Ukrainiens pro-occidentaux que leur admission à l’Union européenne et à l’OTAN était possible, que la Russie était au centre de leur souci, que l’Ukraine pouvait très bien se passer de Moscou, que les Ukrainiens russophones rentreraient dans le rang docilement, que la Russie n’avait plus son mot à dire sur son ancienne zone d’influence, l’Occident, drapé dans son éternel costume de moralisateur au grand cœur, accuse Poutine d’être l’unique responsable du fiasco ukrainien alors que tout le monde sait et comprend que les tords sont plus que partagés. Je ne répèterai jamais assez que l’Europe doit s’émanciper au plus vite de l’influence néfaste de Washington. Nos forces, notre énergie, ne doivent plus servir aveuglément l’impérialisme américain répondant à une logique ultra-libérale.

Le continent européen commence au bord de l’océan Atlantique pour prendre fin sur les pentes de l’Oural. Si nous voulons être cohérents avec la volonté affichée par les fondateurs de l’Union européenne, nous avons, aujourd’hui, le devoir de penser cette union d’un point de vue continental et civilisationnel. Nous ne pouvons plus trahir ce que nous sommes pour la simple et bonne raison que ceci contrarie les plans américains. En matière de politique étrangère, l’Europe doit s’affranchir des grands principes libéraux vantant les mérites d’un monde cosmopolite, uniformisant, sans frontière et sans patrie. De ce fait, nous devons être clairs dans notre feuille de route. La Turquie, n’étant pas une nation européenne, ne doit plus espérer penser adhérer à l’Europe, comme le veut avec insistance Washington. Dans un même temps, il est urgent de renouer des liens de confiance avec la Russie. L’Europe n’a pas besoin d’aller chercher ailleurs pour être grande. Elle est déjà riche de sa diversité. Il ne tient qu’à elle de s’en apercevoir.

Comme le disait Karol Modzelewski dans son ouvrage « L’Europe des Barbares » : « En réduisant les racines de la culture européenne à l’héritage méditerranéen et au christianisme, nous simplifions à outrance et créons une illusion d’homogénéité. Cela est une illusion dangereuse à une époque où la globalisation économique s’accompagne d’une uniformisation intellectuelle, d’une tendance à ignorer la diversité culturelle du monde et à couler grossièrement l’histoire universelle dans un seul moule. » L’Europe, autour du solide socle indo-européen, se décline par ses cultures grecque, latine, celte, germanique, slave et finno-ougrienne. Elle est l’héritière de « sociétés traditionnelles organisées selon des principes qui se ressemblaient. » A force de caricaturer et de stigmatiser Poutine et les Russes comme nous avons pris la fâcheuse habitude de le faire, nous prenons le risque de nous amputer d’une part de nous-mêmes. La Russie est tout autant européenne que l’Allemagne, la France et l’Italie mais elle a aussi un atout, d’une importance capitale dans l’histoire de notre continent, elle est le trait d’union entre l’Europe et l’immense continent asiatique. Même le journaliste Olivier Ravanello, dans son livre « L’œil de Moscou », nous mettait en garde en nous expliquant qu’aujourd’hui nous ne cherchions « plus à comprendre ce pays », que nous suivions bêtement « un feuilleton au scénario bien calibré avec des gentils et des méchants. » La Russie en a plus qu’assez des humiliations infligées par l’Occident. Elle a « juste envie de nous dire merde. »

Les Européens auraient tout intérêt à le comprendre rapidement. Au commencement de ce XXIème siècle, il y a des dangers pressants qui mériteraient de voir notre continent uni par un même dynamisme pour y faire face. Le monde sunnite est en pleine révolution mystique. La violence qu’il exprime chaque semaine sur tous les continents, violence enracinée dans son histoire originelle et ses écrits les plus saints, nous démontre d’une façon implacable que la paix avec ses voisins n’est pas son but premier. Que ce soit au Cameroun, au Mali, au Nigeria, au Centrafrique, en Somalie, en Lybie, en Egypte, au Yémen, en Palestine, en Syrie, en Irak, au Kosovo, dans nos banlieues et nos sociétés européennes en perte de repères, au Pakistan, en Afghanistan, en Inde, en Chine, en Thaïlande, en Indonésie, en Australie, au Canada…, le message est le même « Allah Akbar » et « Mort aux mécréants » ! Je simplifie volontairement la complexité de cette réalité mais justement à l’heure américaine où les Européens réagissent uniquement d’une façon manichéenne en se positionnant dans une logique du bien contre le mal, il est important de savoir qui nous veut du bien et qui nous veut du mal.

Vincent Revel.

Crédit de la carte : DR.