[Tribune] Médias, Français de souche et Grand Remplacement, ou le sophisme du Tas

[Tribune] Médias, Français de souche et Grand Remplacement, ou le sophisme du Tas

Il faut combien de générations pour faire un Français de souche ? Deux, trois, quatre ? Et celui qui a une grand-mère italienne ? Un arrière-grand père russe ? Médias et politiciens du système sont tout fiers, ces temps-ci, d’avoir retrouvé les vieux sophismes d’Eubulide de Milet, il y a deux mille cinq cents ans. C’est l’argument du Sorite (du tas) : un grain de blé fait-il un tas ? non bien sûr. Et deux grains ? Et trois ? Et mille grains ? Si mille grains font un tas, quid de 999, 998… ? Et l’argument du Chauve : si l’on arrache un cheveu à quelqu’un, est-il chauve ? Puis deux, puis trois etc.

Mathématiquement, bien sûr, il n’y a pas de réponse. On ne peut assigner un seuil exact à un processus de ce genre.

Reste qu’un homme se rend bien compte qu’il devient chauve ; qu’un paysan voit bien que les rats lui ont mangé sa récolte ; et qu’il suffit de prendre le RER Gare du Nord pour comprendre ce qu’est un Français de souche – ou, si l’on préfère, un Français de souche européenne – et constater qu’il est aujourd’hui, sur la terre de France, en passe de devenir minoritaire.

Les plus savants des demi-savants médiatiques, pour renforcer le sophisme, recensent toutes les invasions depuis Vercingétorix : les Romains, les Burgondes, les Francs, les Vikings… Ils en concluent triomphalement que les Français de souche n’existent pas et que la France n’a jamais été peuplée que de sang-mêlés. Mais personne n’a jamais prétendu que les Gaulois – ni aucun peuple d’Europe – se seraient conservés sans aucun mélange depuis les origines. Les racistes les plus patentés, au temps du racisme le plus débridé, ont tous reconnu – il n’est que de lire Le mythe du sang d’Evola – qu’il n’y avait plus en Europe, stricto sensu, de peuple ethniquement pur (de Celtes purs, de Germains purs, de Saxons purs…).

Nos grands mythes d’origine ne parlent que de peuples conquérants arrivés en Europe et qui y fondèrent leurs colonies en épousant des femmes indigènes. Les Athéniens étaient seuls parmi les Grecs à se revendiquer littéralement autochtones, nés de la terre même de l’Attique : et leur cité était justement la plus ouverte aux étrangers. Les Spartiates, eux, se faisaient gloire d’être venus d’ailleurs.

Le peuple français, qui n’est pas ethniquement pur, n’est pas non plus autochtone au sens étymologique du terme : cela ne l’empêche pas d’exister et d’être bien distinct de ceux qui, depuis plusieurs décennies, en toujours plus grand nombre, l’envahissent et le colonisent.

Une identité, toute l’histoire le confirme, ne se donne un nom, par une sorte de malheureuse nécessité, que lorsqu’elle est menacée par d’autres. Au sein du christianisme, les fidèles n’éprouvèrent le besoin de se dire catholiques que lorsque apparurent des hérésies. Dans un passage fameux des Mémoires d’espoir, le général de Gaulle décrit le gouverneur général du Canada, le Québécois Georges Vanier : « Il est, ainsi que sa femme, entièrement français de souche, d’esprit, de goût, bien que sa race ne se soit maintenue qu’en luttant sans relâche contre toutes les formes d’oppression ou de séduction déployées par les conquérants pour la réduire et la dissoudre ». Sans ce projet d’ethnocide, le fait d’être « français de souche » ne serait qu’une circonstance anecdotique.

Les médias qui ont cru discréditer le terme de « Français de souche » en l’accusant d’être lié à celui de « Grand Remplacement », ont donc dit, pour une fois, les choses comme elles sont. C’est bien l’évidence de celui-ci qui impose celui-là, au point que l’agent-chef de l’administration remplaciste, faute de trouver un autre mot pour se faire comprendre, n’a pu, l’autre jour, se dispenser de l’employer.

Dire ce qu’on voit est vital et ce n’est pas hasard si le plus grand écrivain de notre XXe siècle français en fut aussi le prophète, resté halluciné pour avoir eu, le tout premier, la vision du génocide des Français – devenu désormais celui de tous les Européens. J’ai relu dernièrement la lettre de Céline à Henri Poulain, du 15 juin 1942 : lettre excessive, outrancière, délirante, tout ce que vous voudrez, mais qui a pris aujourd’hui, dans son évocation de « la France idéal St-Domingue », une actualité saisissante. Le Grand Remplacement y est déjà tout entier, la chose et le nom (« remplacés immédiatement »). Aussi cette lettre qui est, d’un strict point de vue littéraire, une des plus travaillées de Céline, a-t-elle été trouvée trop forte, il y a cinq ans, pour figurer dans l’édition de la Pléiade, même derrière la double barrière de l’érudition universitaire et du prix du volume. On a craint son effet, on l’a omise purement et simplement (1).

Céline parle le plus souvent d’« indigènes ». Mais il emploie une fois – et sauf erreur, une fois seulement – le terme de « Français de souche », dans L’École des cadavres. « Nous sommes, Français de souche, asservis, brimés, opprimés, cocufiés, dépouillés, minimisés, ridiculisés, à chaud, à vif, autant qu’il se peut, admirablement, implacablement, frénétiquement, trahis il faut ajouter, minutieusement, perpétuellement, inlassablement… »

Flavien Blanchon

(1) Voir cette lettre à Henri Poulain dans Louis-Ferdinand Céline, Lettres des années noires, éd. Philippe Alméras, Berg International, 1994, p. 29-35, et comparer Céline, Lettres, éd. Henri Godard et Jean-Paul Louis, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2009.

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