[Lu sur le net] Les « valeurs de la République » : une supercherie

[Lu sur le net] Les « valeurs de la République » : une supercherie

Les politiciens de la République, tous bords confondus, sont indomptables quand les valeurs de la République sont en jeu : « quand il s’agit des valeurs de la République, on ne transige pas ! » (Valls), « on ne tolèrera aucune remise en cause des valeurs de la République » (Vallaud-Belkacem), Sarkozy demande quant à lui qu’on expulse tout imam, « qui ne respecte pas les valeurs de la République », etc.

Il est assez cocasse que des personnalités se voulant « démocrates » refusent toute remise en cause des « valeurs » du régime politique en place, celui qui les nourrit en l’occurrence. Il faut croire que les hommes sont vraiment un « abîme de contradictions » ! Mais quelles sont au juste ces prétendues « valeurs » avec lesquelles nos démocrates ne peuvent transiger ?

Paradoxalement, ces « valeurs » dans lesquelles, dignement, nos politiciens se drapent à tous propos, sont rarement par eux définies. Nous avons réussi à en débusquer quelques unes. Nous les présentons ici… avec quelques commentaires et de manière critique, si c’est encore possible.


La Démocratie

La République n’est pas démocratique pour au moins trois raisons (passons sur les transferts de « souveraineté » aux technocrates de Bruxelles) :

1) La Constitution de la République refuse au « peuple français » le « droit à la libre détermination », qu’elle accorde aux peuples d’outre-mer (Conseil Constitutionnel n° 91-290 DC)
2) L’article 89 de la Constitution interdit de remettre en cause le régime politique en place (le régime républicain, il va sans dire)
3) La République ne reconnaît pas l’existence du peuple autochtone de France

Ajoutons que la République ne définit pas ce qu’est un « peuple » ou ce qu’est le « peuple français » (contrairement au peuple kanak, longuement décrit – Accords de Nouméa, par exemple). Cette « négligence » singulière, puisqu’on prétend avec force que la souveraineté appartient au « peuple », est pour le moins suspecte. Réduire le peuple français à un « concept juridique » (décision 91-290 DC) n’est pas davantage propice à persuader des intentions démocratiques de la République : comment un concept pourrait-il détenir la souveraineté ?

Résumons : premièrement, nous avons un « peuple » réduit à une vague notion juridique, sans « chair » identitaire, culturelle, religieuse, historique, généalogique. Deuxièmement, ce « peuple » n’est pas libre de disposer de lui-même. Troisièmement, ce « peuple » ne peut changer le système politique qui le régit. Donc : en quoi ce « peuple » est-il un peuple ? En quoi ce « peuple » est-il « souverain » ?

En République, la souveraineté effective appartient à une nomenklatura républicaine et la « volonté générale », manipulée, ne peut s’exercer que dans un cadre soigneusement délimité par elle. C’est cela, une démocratie ?

La Liberté

La liberté est la faculté pour un citoyen « de faire tout ce qui n’est pas contraire à la loi ». Autrement dit, c’est la faculté de faire tout ce qui n’est pas interdit. Quel est le régime tyrannique qui n’adhérerait pas à une telle conception ? L’important, en effet, n’est pas de savoir s’il existe un « espace de liberté » (tous les régimes l’octroient peu ou prou à leurs administrés), mais où se situe le curseur des libertés. Où se situe par exemple le curseur des libertés pour le peuple autochtone de France ? De quelles libertés peut-il jouir ? Est-il aussi libre de disposer de lui-même que le peuple autochtone de Nouvelle-Calédonie ? Où se situe le curseur des libertés pour le « peuple français » ? Est-il libre de choisir des représentants qui ne soient pas républicains ? Est-il libre de « remercier » le régime républicain ?

La liberté n’est qu’un espace de jeux consenti par le régime politique à ses administrés. Cet espace ne s’étend jamais jusqu’aux lieux stratégiques dont dépend la survie du régime : les citoyens français ne sont pas libres de remettre en cause la République (cf. infra).

Les libertés au contraire sont des conquêtes qui agrandissent l’espace de jeu en refoulant la limite des interdits. L’extension des libertés concrètes est donc un danger pour le régime car elles impliquent à terme la liberté de le remettre en cause. La liberté n’est donc pas une valeur mais une mystification destinée à détourner le peuple de la conquête de vraies libertés.

L’Égalité

En République, ce sont les citoyens qui sont égaux, c’est-à-dire des hommes préalablement amoindris, des hommes réduits à la seule chose qu’ils ont en commun par la grâce de la République égalisatrice : leur englobement dans une même catégorie juridique (la citoyenneté). Tout ce qui est propre à la nature humaine, toute cette subtile alchimie qui transforme un être de nature en être de culture, qui fait d’un animal un homme, toutes ces petites choses que la République appelle des « distinctions » (d’origine, de race, de religion, d’appartenance, d’identité…) sont rejetées du concept de citoyenneté, sont volontairement ignorées par la République. Celle-ci a bâti un moule qui se veut universel pour reproduire un homme standard : l’Homme, cette chose abstraite dépouillée des marques qui font les hommes. L’égalité républicaine, pur fantasme ignoble dont le réel révèle toute l’absurdité, suppose donc une violence extraordinaire. Elle impose en vain le primat de la citoyenneté calibrée sur l’humanité diversifiée. Elle génère par essence la souffrance des hommes, et leur révolte.

L’égalité républicaine ne rend pas égaux des hommes : elle détruit des hommes pour fabriquer des clones. Elle désintègre pour intégrer. Ce n’est pas une valeur : c’est une machine à amoindrir les hommes et un moyen de les dénaturer.

La Fraternité

Le concept est intéressant car il suggère un lien de parenté entre « frères », donc une relation de solidarité entre gens de même lignée.

« L’origine » aurait-elle donc une importance pour la République ? On sait bien que non puisque celle-ci se refuse officiellement à « distinguer » et ne reconnaît que des citoyens indifférenciés et des non citoyens. Pour la République, la fraternité ramène donc à la solidarité entre citoyens-clones, voire à la solidarité envers des hommes abstraits (d’où cette France « terre d’asile »).

Le concept d’égalité faisait de l’homme multidimentionnel un citoyen indifférencié, standardisé et interchangeable, celui de fraternité confirme en République que le citoyen est « hors sol », déraciné, sans aucune lignée à laquelle on puisse le rattacher. Ce concept n’est pas un vecteur d’affirmation des origines ancestrales, ce qu’il aurait pu être, mais une contrainte morale qui ouvre l’individu au monde, le dissocie de ses « frères » et lui impose l’accueil des clandestins comme l’ouverture des frontières. L’homme amoindri et dénaturé, sans identité, sans lignée et sans frontières, simple unité solidaire d’un tout (l’humanité) devient par la fraternité universelle un « citoyen du monde ».

La fraternité n’est qu’un humanitarisme exprimant encore une fois la vieille volonté républicaine de détacher l’homme de son humanité, de sa relation à une identité et à une lignée, afin de le calibrer pour le rendre universel et conforme à son idée abstraite de l’Homme.

Les Droits de l’homme

Les hommes concrets (les Italiens, les Indiens, les Chinois, les Toucouleurs…) ont toujours eu des droits et des devoirs. Affirmer que les hommes ont des droits, revient donc un peu à défoncer une porte ouverte, d’autant que les droits de la Déclaration sont surtout des artifices de rhétorique et des abstractions qui ne convaincront que des naïfs.

On retrouvera parmi ces droits révélés en 1789 la sempiternelle liberté (judicieusement « bornée» par les interdits de la loi et fortement tempérée par des « pourvu que » ou des « sauf à répondre de ») ; la prétendue égalité (entre des hommes amoindris par la citoyenneté) ; la « souveraineté de la Nation » et la « volonté générale » dont nous avons vu le caractère relatif ; une loi omniprésente (avec une confusion constante entre le légal, dont peut se parer n’importe quel arbitraire, et le légitime)…

Toutes ces propositions (hormis le droit à la propriété) sont suffisamment imprécises et confuses pour être sans caractère normatif, donc sans portée réelle. N’importe quel système totalitaire peut ainsi s’en réclamer avec cohérence. Les États-Unis, par exemple, pratiquent comme toutes les tyrannies la torture, les emprisonnements arbitraires dans des prisons secrètes, les assassinats ciblés, l’espionnage de ses citoyens… Pourtant, ce pays peut se prévaloir de la démocratie et des « droits de l’homme » sans que cela fasse réagir la République. C’est que l’idéologie des droits de l’homme est tellement imprécise et abstraite que même la torture et l’arbitraire le plus brutal peuvent y trouver leur justification.

La vocation de cette idéologie des « droits de l’homme » n’est donc pas de donner de nouveaux droits aux hommes, mais de leur faire troquer des droits particuliers, imparfaits, injustes parfois mais néanmoins réels, contre des droits universels, suffisamment inconsistants et imprécis pour justifier tous les arbitraires.

La Laïcité

Encore une vaste supercherie. La laïcité suppose la séparation de l’État et de la religion, la neutralité de l’État républicain à l’égard des confessions religieuses et des opinions politiques, l’interdiction du prosélytisme religieux ou idéologique à l’école…

En fait, la laïcité est un piège grotesque car il n’a jamais été question pour la République de faire de l’École ou de l’administration publique un espace neutre et de l’État une institution bienveillante qui protège la liberté de conscience et d’opinion. Cela, c’est pour la galerie.

L’objectif de la République a été d’expulser tout système « concurrent » (et notamment l’Église), hors de l’État, hors de l’École, hors de la sphère publique… pour occuper tout l’espace !

Ceci explique les lois sur l’enseignement et la mise en place d’une « école républicaine » devant enseigner les « valeurs de la République », les purges dans l’armée (affaire Dreyfus, affaire des fiches…) pour créer une armée « de la République », l’omniprésence dans la sphère publique de la devise de la République, du drapeau de la République, des symboles de la République, de l’hymne de la République… Ceci explique l’article 89 de la Constitution, rédigé à seule fin que tout l’espace politique soit occupé à jamais par la République…

Où est alors la laïcité ? Car, à moins de considérer que la République et la France recouvrent la même réalité, comme essaient de nous en persuader les républicains (« la France est une République », art. 2 de la Constitution), à moins d’estimer que la République est une transcendance absolue et révélée par quelque prophète (une religion), alors il faut admettre que la République incarne une idéologie politique, une opinion subjective, un système de valeurs parmi d’autres qui aura ses partisans mais aussi ses détracteurs. Mais dans ce cas où est la neutralité d’un État qui se prétend par ailleurs « républicain » ? Dans ce cas, en vertu de quel droit l’École impose-t-elle les « valeurs » d’une idéologie à nos enfants ?

On le voit, la République s’est servie du concept de laïcité pour substituer à tous les niveaux ses propres valeurs aux valeurs chrétiennes, monarchistes ou identitaires, éjectées de la sphère sociale et politique. La République a été la première à trahir la laïcité dont elle fait la promotion. La laïcité n’est donc pas une « valeur », juste une hypocrisie.


En conclusion, la République n’a pas de « valeurs ». Elle a des éléments de langage qui révèlent des a priori idéologiques mais aussi et surtout une volonté de tromper, de masquer, de détourner l’attention des enjeux réels… L’idéologie de la République occupe tout l’espace politique, institutionnel, juridique, social, scolaire… Si l’on veut bien, une seconde, considérer la République pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un régime politique contestable comme tous les régimes politiques, il nous faut admettre que ce régime global qui ne permet pas l’expression d’une contestation est un régime totalitaire. Les pseudos « valeurs » de la République, au nom desquelles les républicains ne veulent pas « transiger », sont précisément l’expression de ce despotisme qui, plus que nos libertés, cherche à atteindre notre humanité.

Les fausses valeurs de la République ne sont donc pas bienveillantes. Elles expriment une conception du monde qui ne tolère ni la divergence, ni la dissidence. Quant aux vraies valeurs de la République, ce sont celles-ci :

  • Premièrement : un homme se définit par sa seule catégorie juridique (il est citoyen ou non citoyen), tout le reste est inessentiel.
  • Deuxièmement : un peuple est une catégorie juridique qui représente la somme de tous les hommes appartenant à la catégorie juridique des citoyens. Le peuple est d’ailleurs extensible à l’humanité entière, par simple procédure juridique (la naturalisation).
  • Troisièmement : La République est une transcendance qui ne souffre pas le blasphème, qui par la Loi a créé le peuple en tant que catégorie juridique, qui le gouverne donc légitimement et qui ne saurait être remise en cause par des citoyens qui puisent en Elle leur existence juridique.

Le républicanisme est une religion. Les « valeurs » de la République sont des dogmes qui demandent un acte de foi. Les républicains sont des prêtres.

Il serait temps, peut-être, de se libérer des superstitions, de l’arbitraire et de la tyrannie !

Antonin Campana
Source : autochtonisme.com

Crédit photo : logicalrealist via Flickr (cc)