Philippe-Bilger

Pour Philippe Bilger, « le diable ne s’habille plus en FN ! »

07/02/2015 – PARIS (NOVOpress via Justice au singulier)
Magistrat honoraire et président de l’Institut de la parole, Philippe Bilger signe une tribune très intéressante sur la nouvelle place occupée par le Front National dans la vie politique française.

Le Front national serait en tête du premier tour de l’élection présidentielle, si elle avait lieu aujourd’hui, avec un score de 29 à 31 %. Dans un sondage récent, plus de la moitié des Français considèrent que le FN est un parti comme les autres (JDD). Sa candidate à l’élection législative partielle dans la quatrième circonscription du Doubs pour remplacer Pierre Moscovici devenu commissaire européen, obtient 32,60% des suffrages devant un socialiste à 28,85%, et l’UMP Charles Demouge, qui bénéficiait pourtant du soutien de l’UDI et de l’absence du MoDem, est éliminé avec 26,54% (lemonde.fr).

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Malgré la résistance de Jean-Marie Le Pen qui voit dans la volonté de dédiabolisation du FN un désaveu pour son goût du soufre et des provocations douteuses, Marine Le Pen, en dépit de la présence encore de quelques traces extrêmes et scandaleuses, a réussi son pari : faire rentrer le FN dans le cercle des partis ordinaires.
Il l’était déjà sur le plan médiatique mais cette manière, cependant, de le traiter comme s’il était interdit se justifiait par le fait qu’il était le diable et qu’il n’avait droit à rien de plus qu’à une présence tolérée et à un questionnement surjoué.
Aujourd’hui, sauf à continuer de cultiver une indignation fantasmant sur le FN et en totale contradiction avec le sentiment populaire dominant et son électorat qui n’est pas composé de « cons » ou de « salauds » mais d’électeurs perdus et prêts à jouer ce parti comme une dernière carte, la dédiabolisation est opérée, acquise.

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Le FN n’étant plus le diable, l’UMP aura plus de devoirs et de responsabilités qu’avant où l’invocation abstraite aux « valeurs » tenait lieu de tout.
D’autre part, il va convenir notamment de se pencher avec lucidité sur ce qui distingue profondément ces deux partis, afin de substituer à la répulsion artificielle une adhésion totale ou partielle réfléchie, un refus clairement explicité. En tout cas, plus du tout cet ostracisme intellectuel et civique qui exilait le FN pour échapper à l’évidence de sa proximité.