Avant-première – Minute n°2401 du Mercredi 18 mars 2009 : Si c’est pour être asservi, OTAN se faire hara-kiri

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Personne ne sait si le futur secrétaire général de l’Otan, élu pour quatre ans, sera choisi avant le 60e anniversaire de l’Alliance qui se tiendra les 3 et 4 avril dans les villes jumelles de Strasbourg et de Kehl (Allemagne). Mais nul ne doute qu’il sera aux ordres de Washington.
Le langage diplomatique est délicieux et, pour qui sait le décrypter, parfois instructif : « L’usage veut qu’il puisse y avoir une certaine relation entre le calendrier politique américain et celui de l’Otan », nous assure sans rire un diplomate occidental en poste à Bruxelles. Le 20 janvier 2009 en effet, jour de l’investiture de Barack Obama, a commencé le processus de sélection pour remplacer Jakob De Hoop Scheffer, secrétaire général de l’Otan depuis le 1er janvier 2004. Le mandat de cet ancien ministre néerlandais, qui expirait quatre ans plus tard jour pour jour, a, début 2007, été prolongé jusqu’à cet été « afin de lui permettre de préparer et de présider les événements qui marqueront le 60e anniversaire de l’Alliance ». L’ouverture de la compétition a été faite par les Bulgares qui ont présenté leur candidat, Solomon Passy. Mais ce n’est pas le favori.
Des consultations diplomatiques informelles et assez longues sont habituellement nécessaires aux 26 Etats membres de l’Alliance atlantique. Le processus de 2009 semble un peu bousculé. On note même la présence de deux candidats canadiens, ce qui déroge pour le moins à la tradition. Depuis la fondation de l’Otan en effet, le secrétaire général a toujours été un Européen. Sans doute la candidature bulgare, comme celle de l’ancien premier ministre slovène Janez Jansa, sont-elles là pour donner le change. Les véritables candidats à suivre de très près se nomment en fait Radek Sikorski et Anders Fogh Rasmussen.
Un Polonais pour contrer la Russie ?
Radoslaw Sikorski, dit « Radek », est un Polonais. Il est aussi un peu… barbouze. S’il est encore largement inconnu en France, ce n‘est pas le cas dans son pays, où il est ministre des Affaires étrangères. Agé de 45 ans, il avait pu fuir au Royaume-Uni après le coup d’Etat du général Jaruzelski en 1981 et avait été naturalisé britannique en 1984. Plein d’admiration pour l’Angleterre thatcherienne, cet ancien d’Oxford, journaliste à l’« Observer » puis au « Wall Street Journal », est allé crapahuter assez crânement en Angola puis en Afghanistan.
On a soupçonné ce collaborateur au moins occasionnel des services de renseignement britanniques de faire le coup de feu contre les Soviétiques et leurs alliés. Ce qui est certain, c’est que « Radek » est devenu par la suite « expert géostratégique pour CNN, Fox News et Voice of America ». Ce sont là des références estimables dans certains métiers. En effet, malgré son retour dans la politique polonaise en 1991, il n’a cessé d’être tous azimuts l’homme de Washington, tant en Ukraine qu’en Biélorussie ou en Géorgie.
Cet « expert en affaires atlantiques » (c’est ainsi qu’il se présente, en une définition en quasi-forme d’aveu !) travaille en fait pour l’American Enterprise Institute, le principal think tank néoconservateur, où il a côtoyé les amis de George W. Bush, les Richard Perle, Donald Rumsfeld, Michael Ledeen et autres Dick Cheney.
Son épouse, Anne Appelbaum, citoyenne américaine, n’est pas non plus la première venue dans ce gratin « neocon ». Editorialiste de l’inénarrable « Washington Post », elle a publié une Histoire du Goulag, couronné par le prix Pulitzer en 2004 (Grasset, 2005). Mais c’est elle aussi qui avait jadis dit que la France et l’Allemagne risqueraient de voir leur réputation « sérieusement endommagée » une fois que l’on aurait trouvé « les horribles armes irakiennes de destruction massive »… Ouf, notre réputation est donc sauve !
Le sympathique couple Sikorski-Appelbaum avait d’ailleurs souhaité qu’un autre que Jacques Chirac, ce « brejnévien » (sic), pire, ce « complice de Saddam Hussein » (re-sic), cet « ami de Poutine » – ce qui est peut-être pire que tout… – puisse gouverner la France… La désignation de Radek à la tête de l’Otan est voulue par tous ceux qui identifient la Russie comme l’adversaire stratégique prioritaire de l’« Occident ».
Ou un Danois expert en bobards ?
Le second candidat, Anders Fogh Rasmussen paraît plus soucieux du consensus. Il est universitaire et danois. Chef du Parti libéral, organisateur assez doué de l’Etat minimal, il s’est allié au Parti du peuple danois (populiste, mais atlantiste), parvenant ainsi à faire mordre la poussière aux sociaux-démocrates au pouvoir depuis 1920. Depuis 2001, il est donc chef du gouvernement du plus ancien Etat d’Europe mais son mandat se termine cette année. Il est par conséquent disponible et l’affaire dite des caricatures de Mahomet l’a propulsé sur la scène médiatique.
On sait mieux aujourd’hui que cette ténébreuse affaire a été…
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