Emotions et motions : le PS s’épanche…

Emotions et motions : le PS s’épanche…

Côté « culture », c’est la saison des prix littéraires. Côté PS, c’est la saison des motions. Toutes font dans le genre conte des mille et une lunes, dont malheureusement aucune n’est nouvelle. Petit passage en revue…

Image Hosted by ImageShack.usLa motion Caresche : dans le sens du poil (des écolos)

Mise en bouche avec une Petite Poucette : la motion Caresche, du nom d’un député de Paris prénommé Christophe, dont ambition – à peu près unique – est de « prendre en compte l’urgence écologique ». Elle s’intitule sans ambiguité « Socialiste, altermondialiste et écologiste ». Motion bien entendu pastèque : plus verte est la peau, plus rouge la pulpe… Ainsi après un passage obligé sur « la sortie du nucléaire » – bonjour les lobbies pétroliers… – et un gros « pan sur la croissance » – en effet considérée comme superflue par tout Saint-Germain-des-Prés – la motion Caresche en vient rapidement à la régularisation des « sans-papiers », Caresche et sa bande partageant sans doute l’analyse de Georges Pompidou sur l’immigration (1963) : « créer une certaine détente sur le marché du travail et résister à la pression sociale ». Le Médef pourrait voter Caresche les yeux fermés. Flou artistique cependant sur le nombre de millions d’immigrés que la France devrait accueillir pour satisfaire les besoins du patronat voyou, et sur la hauteur maximale des milliers de tours du front de mer nécessaires pour les loger : l’écologie est poétique ou elle n’est pas. La micro-tendance Utopia (littéralement « de nulle part »…) qui présente la motion appelle « à un vote sanction contre le spectacle infligé aux Français par les dirigeants socialistes ». Du pain sur la planche. Utopia espère rassembler 2 % des votants le 6 novembre…

La motion Benoît Hamon et Henri Emmanuelli

Un peu plus sérieuse, la motion présentée par Henri Emmanuelli, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche. Là, c’est l’aile gauche-gauche du PS, tout droit sortie de la cuisse du socialisme pur et dur. Intitulé de la motion : « Pour une gauche décomplexée ». Foin des « synthèses molles et des Meccano improbables » (sic), Emmanuelli et ses compères souhaitent pour le parti « une majorité nouvelle et cohérente, qui incarne une gauche décomplexée et fière de ses valeurs ». Celle sans doute qu’on a vue à l’ouvrage pendant plus de 15 ans, au gré des alternances, depuis 1981. Emmanuelli nous vient de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, comme Georges Pompidou. En 1971, il y est attaché de direction puis fondé de pouvoir, et enfin directeur adjoint en 1975. Il poursuit son activité à la banque Rothschild jusqu’à sa première élection comme député, à 32 ans, en 1978. Question moralité, ça pèche léger : Emmanuelli est mis en examen le 14 septembre 1992 en tant que trésorier du PS dans l’affaire Urba, et est condamné ès qualité pour complicité de trafic d’influences, le 16 décembre 1997, à dix-huit mois de prison avec sursis et à deux ans de privation de ses droits civiques. Il sera également mis en examen le 15 octobre 1998 dans le cadre de l’affaire Destrade de financement illégal du Parti socialiste. Heureusement pour lui, il tombe sur un juge sympa qui prononce un non-lieu. Rothschildien et multirécidiviste, Henri Emmanuelli devrait plaire aux militants avec sa « gauche décomplexée ». Il espère peser 15% au congrès de Reims.

La motion Bertrand Delanoë et François Hollande

Novopress a déjà fêté comme il se doit l’union de Martine Aubry. L’édile du Nord fait équipe avec deux poids lourds du PS : Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Le premier coule des jours paisibles à Washington, depuis qu’il a été propulsé à la tête du FMI par Nicolas Sarkozy. Le brave homme pèse dans les 800 000 dollars par an, plus les faux frais naturellement, c’est qui est pas mal, convenons-en. Quant au second, ses origines prolétariennes ne sautent pas vraiment aux yeux, son papa antiquaire étant l’une des plus belles fortunes de la place de Paris. Quelques anecdotes réjouissantes : son livre-souvenirs « Cela commence comme une balade » dans lequel Laurent confiait gentiment au peuple ses profondes pensées d’homme de gauche, s’est vendu à moins de 700 exemplaires, le reste a dû être pilonné. Et sa visite à l’avant dernière fête de l’Huma a donné lieu à un beau « jet d’œufs pourris sur crâne chauve » : il y a des fois (c’est rare) où l’on regrette de ne pas être militant communiste.

La motion Ségolène Royal, barons et baronnets

Ségolène Royal, c’est « l’aile droite » du PS. Famille en effet de la droite de conviction, dont elle n’aura de cesse de se démarquer : plan de carrière au PS oblige. Le fait que sa cousine, Anne-Christine Royal, fut candidate du Front national dans la 10ème circonscription de la Gironde aux législatives de 2007 a pu ainsi faire tache. Mais nul n’est responsable de sa parentèle, allez… Fortune rondelette, puisque « Marie-Ségolène » et son ex, François Hollande – l’homme « qui n’aime pas les riches » – sont propriétaires d’un bel immeuble dans le huppé 7ème arrondissement de Paris et paient l’ISF. La motion présentée par Mademoiselle Royal est soutenue par un certain nombre de « grands élus » : Jean-Noël Guérini, Gérard Collomb et Vincent Feltesse, tenants de ce qu’ils appellent « la ligne claire » (allusion au style d’Hergé pour son héros Tintin ?) Remarquons que tout le monde est « fier » au PS : Emmanuelli est fier de représenter « une gauche décomplexée et fière de ses valeurs », et l’édile du Poitou-Charente et ses amis sont « fiers d’être réformistes »… Ségo et ses potes souhaitent « poser les bases d’une autre politique, basée sur le renforcement de la démocratie ». Ça ne mange pas de pain et le contraire eut été surprenant. A noter un épouvantable drame odontologique dans la vie de Marie-Ségolène : elle s’était fait refaire une belle dentition pour la présidentielle 2007, mais comme elle n’a pas fait tout bien ce qu’il fallait faire (pas le temps, la pauvrette, surbouquée), ses petites quenottes se sont remises à bouger, rendant son sourire moins vendeur. Quoi qu’il en soit, Ségolène, qui s’était plus ou moins volontairement placée sur la touche dans une quasi mystique « attente de Reims », pourrait faire son outing dans les jours prochains. Entre deux rendez-vous dentaires.

Henri Dubost pour Novopress France
Dessin de Grémi


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