Armée française engagée au sol au Mali et prise d'otages en Algérie

Armée française engagée au sol au Mali, et prise d’otages en Algérie [MàJ]

Complexe gazier de Tiguentourine. Copie d’écran de Google Earth.

Mise à jour – 17/01/2012 – 21h00 - L’armée algérienne intervient depuis cet après-midi dans la prise d’otages. Les informations sont toujours confuses sur la situation et le nombre de morts, selon certaines sources important parmi les otages. Un otage algérien qui s’est échappé a indiqué que les preneurs d’otages disent qu’ils tueront les “chrétiens et les infidèles” mais ne s’en prendront pas aux musulmans.

17/01/2013 – 14h00
PARIS (NOVOpress/Bulletin de réinformation) – Après plusieurs jours d’opérations aériennes au nord-Mali, l’armée française est engagée au sol depuis hier.

Officiellement, cette intervention vise à sauver ce pays d’Afrique subsaharienne de la submersion islamiste. Mais déjà six jours après le début de l’intervention militaire, la situation reste mouvante, sans véritable front. Et ce alors qu’un pilote d’hélicoptère français, le chef de bataillon Damien Boiteux, est tombé pour la France vendredi dernier.

La France a-t-elle encore les moyens matériels suffisants pour ce type d’intervention ?

Il semble qu’après des années de coupes budgétaires dans le domaine militaire, la France soit contrainte de faire sans cesse appel à une assistance technique de plusieurs pays alliés.

On compte déjà 800 soldats français déployés au Mali, et ce nombre devrait à terme s’élever à 2500, car la future force africaine de 3.300 hommes, que les militaires français sont censés appuyer, est très lente à s’organiser. C’est alors que le président tchadien Idriss Déby, qui possède la seule armée africaine rompue à la guerre du désert, a annoncé hier son intention d’envoyer un contingent. L’Allemagne a par ailleurs annoncé l’envoi de deux avions de transport et l’Italie a promis une aide logistique, en attendant une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères européens prévue aujourd’hui à Bruxelles.

Quelle est la cohérence de la politique étrangère française ?

On peut se demander pourquoi la France est attachée à lutter contre les islamistes du Mali, alors que la conséquence la plus inquiétante de la guerre de Libye a été l’affirmation d’un pouvoir islamiste. Pire, comme le cite le député Jacques Bompard dans son communiqué de presse en date de mardi, le juge antiterroriste Marc Trévidic écrivait : « La population jihadiste est aujourd’hui diluée dans la population française ». Jacques Bompard ajoute, « La France socialiste du XXe siècle est schizophrène, faible, et, pour le service d’intérêts financiers, va faire le gendarme en Afrique alors qu’elle est bien incapable de le faire dans ses banlieues ».

La propagation du conflit en Algérie se traduit par une prise d’otages

Un important groupe d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) a attaqué hier le complexe gazier de Tiguentourine (image en Une) dans le sud-est du pays dans la région d’In Amenas. Deux étrangers, un Français et un Britannique, auraient été tués et un nombre indéterminé d’otages  (plus d’une centaine) enlevés, dont 41 étrangers.

La guerre dans le nord du Mali s’est brutalement déplacée dans le Sahara algérien, prenant totalement par surprise les autorités du pays. Une attaque spectaculaire menée par un important groupe armé s’est produite à l’aube sur ce site gazier, exploité par le groupe britannique BP, le norvégien Statoil et l’entreprise publique algérienne Sonatrach. La province pétrolière d’In Aménas proche de la frontière libyenne située à plus de 1.500 km du théâtre des opérations du nord-Mali était jusque-là réputée très sûre.

Pourquoi cette cible ?

Aqmi a réussi à frapper l’Algérie au cœur, dans un secteur fournissant plus de 80% de ses devises, au risque d’entraîner le pays dans le conflit. L’Europe achète 20% du gaz qu’elle consomme à Sonatrach, qui est son troisième fournisseur derrière la Russie et la Norvège. La menace que fait planer Aqmi sur le fonctionnement du secteur gazier algérien pourrait donc avoir rapidement des conséquences sur la fluidité des approvisionnements et les prix. L’Algérie était opposée jusqu’ici à une intervention internationale dans un nord-Mali qu’elle considère comme son pré carré.

Quelle portée pourrait avoir cette attaque ?

Il est à redouter maintenant un risque de dissémination d’unités djihadistes qui ne peuvent tenir leurs positions au Mali face à l’armée française. Aqmi, dont les principaux cadres sont algériens, pourrait ainsi être tenté de se redéployer dans son pays d’origine. Enfin, on peut redouter que le conflit au Mali ne conduise à des exactions contre les Touaregs, peuple implanté dans tous les pays de la région, au risque d’un embrasement généralisé.