Le business familial de Christiane Taubira - Cayenne c'est pas le bagne…

Le business familial de Christiane Taubira – Cayenne c’est pas le bagne…

Gouverner, c’est prévoir. Gérer son patrimoine aussi. Christiane Taubira, femme avisée, a pourvu ses quatre enfants d’un terrain idéalement placé à Cayenne et acheté dans les meilleures conditions. De même a-t-elle eu le nez creux en mettant fin à une de ses sociétés deux jours avant son entrée au gouvernement. Prenez un garde des Sceaux, ses enfants, son ex-époux, ajoutez du business et de la politique à la mode guyanaise, et vous aurez la famille Taubira au complet.

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Certes, Cayenne, préfecture de la Guyane, n’est pas Cannes ou Menton. L’immobilier n’y atteint pas les sommets que l’on connaît sur les bords de la Méditerranée. Mais là comme partout, les prix grimpent. Prenez le terrain de 290m2 que Christiane Taubira s’est offert en 1987. A l’époque, elle l’a acquis pour 205.000 francs, soit 31.252,05 euros. Un achat qui n’a pas nécessité l’intervention d’un agent immobilier, puisque Christiane Taubira – qui était alors, selon sa biographie officielle, directrice de l’Assistance technique à la pêche artisanale en Guyane – en est devenue propriétaire par adjudication, soit au cours d’une de ces ventes aux enchères où les hommes – et femmes – d’affaires avisés viennent faire leurs emplettes tandis que ceux dont les biens sont mis en vente sur décision de justice ne peuvent que se désoler de la valeur à laquelle leur bien s’envole. Comme quoi on peut être de gauche pour faire carrière et avoir un comportement digne des caricatures de la droite affairiste.

« Aux termes d’un jugement rendu par le tribunal de grande instance de Cayenne à l’encontre des consorts Barthelemi en date du 29 avril 1987 », voilà donc Christiane Taubira propriétaire. D’un banal terrain ? Pas tout à fait. S’il ne mesure que 290m2, il est idéalement placé. Du 24 de la rue Schoelcher, où il est situé, il faut deux minutes pour gagner, à pied, le port de plaisance, et à peine plus pour rejoindre les rives de l’océan Atlantique. Comme dit la devise de la ville: « Le travail procure la richesse » (« Fert aurum industria »). Le flair aussi. Car en 2009, le terrain acquis pour 31.252,05 euros en vaudra 150.000. Soit un coefficient multiplicateur de cinq ! Ce n’est pas à la Justice que Jean-Marc Ayrault aurait dû la nommer, mais au Budget !

Le 14 mai 2012, elle savait donc qu’elle deviendrait ministre ?

Cette valeur de 2009 ne tombe pas du ciel mais d’un acte établi par la SCP Prevot, Prevot & Limany, notaires associés à Cayenne, le 10 juillet 2009. Ce jour-là, « Christiane Marie Taubira, député de la Guyane », divorcée depuis 2002 et non remariée, a créé avec ses quatre enfants – Lamine, né en 1979; Nolywé, née en 1981; Diawara, né en 1986 et Djamila, née en 1988 – une société civile immobilière, forme juridique bien connue pour ses avantages en matière de protection du patrimoine et en matière fiscale. Son nom : la SCI Amazonite. La future garde des Sceaux en devient gérante. Sauf modification non publiée, elle l’est toujours.

Et là où la loi est bien faite, c’est que les SCI ne font pas partie des structures que tout membre du gouvernement doit déclarer à son entrée en fonction. Sinon Christiane Taubira, garde des Sceaux, ministre de la Justice, l’aurait fait figurer dans sa « déclaration d’intérêts ». Or, dans celle-ci, publique, on ne trouve qu’une seule mention: « Membre fondateur de la société Thétys (SARL), société de conseil, expertise et édition », suivie de cette précision: « société en cours de dissolution ». Ceci est exact : la SARL Thétys Consulting (de son nom complet), dont Christiane Taubira était gérante, a été dissoute « par anticipation » le 14 mai 2012, par décision d’une assemblée générale extraordinaire tenue le même jour, ce qui a le mérite de prouver qu’en matière d’« anticipation », Christiane Taubira doit avoir un sixième sens.

Ce lundi 14 mai en effet, François Hollande n’avait même pas encore nommé son premier ministre. Jean- Marc Ayrault ne sera chargé de composer un gouvernement que le lendemain et ledit gouvernement ne sera connu que le mercredi 16 mai en fin de journée. Soit deux jours après l’assemblée générale extraordinaire de la SARL Thétys Consulting, dont le but était de permettre à Mme Taubira, garde des Sceaux et troisième dans l’ordre protocolaire du gouvernement, de se mettre en conformité avec la loi. Le faux en écriture privée relevant du pénal et étant passible de un à cinq ans de prison ainsi que d’une privation des droits civiques pendant cinq à dix ans, on se doute bien que Christiane Taubira ne s’y est pas livrée. C’est donc qu’elle avait l’assurance de rentrer au gouvernement et qu’elle a pris les devants. Avec son fils Lamine, nommé liquidateur de la société.

Ce n’est plus une boîte à lettres, c’est un annuaire !

Pour en revenir à la SCI Amazonite, Christiane Taubira y a donc mis à l’abri sa petite parcelle. Après avoir fait donation de la nue-propriété du terrain à ses enfants en mai 2009, elle a réuni tout cela, son usufruit et la nue-propriété, dans la SCI, avec la bénédiction de la ville de Cayenne qui, ayant la possibilité de préempter le bien, a renoncé, une semaine avant la création de la SCI, à en exercer le droit. A Christiane Taubira, donc, la totalité des 1500 parts sociales de l’usufruit. A ses quatre enfants, 375 parts chacun de la nue propriété. Et à elle la gérance… et la boîte aux lettres. Très utile la boîte aux lettres, même sur une parcelle non bâtie.

D’abord, ça permet de s’y faire domicilier. Ensuite, ça permet aussi d’y domicilier ce que l’on veut.

C’est, par exemple, sur ce terrain non bâti que le parti Walwari, l’Association de financement dudit parti ou une Association de financement électoral pour les législatives ont été déclarées en préfecture. Pour ceux qui ne connaissent rien de la vie politique guyanaise, Walwari est un parti politique fondé en 1992 par Christiane Taubira et Roland Delannon, qui était alors son mari. Christiane Taubira en est toujours membre, tout en appartenant au bureau national du Parti radical de gauche (PRG) au nom duquel – ou sur le quota duquel – elle siège officiellement au gouvernement.

Christiane Taubira était d’ailleurs présente le 24 novembre dernier, lors du congrès de Walwari qui s’est tenu à Sinnamary, et le mouvement se réjouit que celle-ci n’ait pas « cessé depuis 1993 de participer pleinement à la vie de ce parti ». Elle n’est pas la seule. Lors de ce même congrès, les instances dirigeantes ont été renouvelées. Et comme « secrétaire générale adjointe pour la diaspora à l’étranger » on trouve une certaine Nolywé Delannon. Nolywé ? Oui, la Nolywé de la SCI Amazonite, c’est-à-dire la fille aînée de Christiane Taubira. Laquelle était jusqu’alors la présidente de Génération Walwari, qui, sur sa page Facebook, affiche une photo tout sourire – enfin la preuve que ça existe ! – de Christiane Taubira.

Au fait : le siège social de Walwari est au 35, rue Schoelcher, à Cayenne. A l’adresse de la permanence parlementaire de Christiane Taubira. Là, aussi, où se trouvait le siège social de la société Thétys Consulting dont elle était gérante et qui a été dissoute 48 heures avant son entrée au gouvernement. Amis du mélange des genres, bienvenue en Guyane.

Antoine Vouillazère

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 19 décembre 2012 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

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