Saint-Cyr : promotion “de Castelnau”

Saint-Cyr : promotion “de Castelnau”

Les élèves de Saint-Cyr ont choisi pour leur prochaine promotion le nom : de Castelnau. Le nom fait, paraît-il, polémique : il ne plairait pas au gouvernement.
Le général de Castelnau (image en Une), brillant officier général de 1914, était surnommé le « capucin botté » par Clemenceau et se heurta toute sa vie aux francs-maçons.
Mais les faits sont têtus. Dans les trois premiers mois de la guerre de 14, il fallut destituer 180 généraux incapables, choisis pour leur conformisme politique ou philosophique, non pour leur valeur. Des dizaines de milliers de soldats français tombèrent, victimes de l’incurie de ces chefs.
En revanche, la guerre révéla la valeur militaire d’autres hommes : Foch, Pétain, Castelnau furent de ceux-là.
Honorer aujourd’hui le nom de Castelnau est donc légitime, d’autant que trois des fils du général de Castelnau tombèrent sur le champ de bataille de 14, dont un polytechnicien et un cyrard.

Au lendemain de la Grande Guerre, le général de Castelnau n’accéda pas au maréchalat, en dépit de ses grandes qualités de soldat, de stratège et de chef, et des services rendus à la nation. Il a rapidement quitté le service actif pour s’engager dans la vie publique et défendre les convictions qui lui tenaient à cœur, son nationalisme et sa foi catholique. Elu député en 1919, mais rapidement marginalisé en raison de son militantisme de droite, il quitta l’Assemblé nationale en 1924 après avoir créé la Ligue des patriotes dont il était président et fonda la Fédération nationale catholique, son arme de combat pendant l’entre-deux-guerres.
Castelnau, un pan de la mémoire française, que le texte ci-dessous repris de l’excellent blog Secret Défense honore.

Introduction de Polémia, reproduite avec son aimable autorisation.

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Rémy Porte : “Castelnau a été l’un des plus brillants officiers de sa génération”

Rémy Porte, historien de la Première guerre mondiale, a bien voulu répondre à nos questions sur le parcours du général de Castelnau, après l’annonce que la prochaine promotion de Saint-Cyr Coëtquidan porterait ce nom de baptême. Le lieutenant-colonel, Rémy Porte est l’auteur de nombreux ouvrages, dont le récent Les secrets de la Grande Guerre (Librairie Vuibert, 2012). Il est également l’animateur du blog Guerres et conflits.

Qui était le général de Castelnau ?

Le général de Curières de Castelnau est l’héritier d’une modeste famille de noblesse d’épée provinciale, dont les origines remontent au moins au XIIe siècle. Il compte dans ses aïeux des abbés, des diplomates, des officiers, mais la famille a vu disparaître progressivement la plupart de ses biens. Une famille du Sud-ouest, monarchiste, profondément catholique, traditionnellement au service de la France. Il est né quelques jours après le coup d’Etat de décembre 1851 de Napoléon III, reçoit une éducation rigoureuse et suit sa scolarité dans des établissements confessionnels. Il entre à Saint-Cyr en 1869, un peu par hasard, et connaît la guerre à 19 ans, avec ses camarades de la promotion « du Rhin » (ou « du 14 août 1870 »), à partir d’octobre 1870. Il est donc à la fois le fruit de son milieu familial et de la société de son temps.

Quel a été son rôle durant la Grande Guerre ?

Son rôle a été absolument essentiel. Commandant de la IIe Armée face à Metz en août 1914, il connaît l’échec de la bataille des Frontières, mais résiste à Charmes et devant Nancy. Il commande ensuite un Groupe d’armées (provisoire), dès le printemps 1915, puis devient l’adjoint de Joffre au GQG à la fin de la même année. C’est lui, et non Pétain arrivé plus tard, qui donne au nom du commandant en chef les premiers ordres pour organiser la résistance à Verdun en février 1916, et il prend (presque) définitivement le commandement du Groupe d’armées de l’Est en décembre 1916. Il remplit également quelques importantes missions ponctuelles pour le GQG (à Salonique en décembre 1915) ou pour le gouvernement (en Russie au début de l’année 1917). En fait, il est le seul officier général de la Grande Guerre qui exerce aussi longtemps un commandement de premier rang au front.

Pourquoi n’a-t-il pas été élevé au maréchalat ?

Il faut sans doute revenir plus tôt dans sa carrière. De Castelnau n’a jamais cherché à cacher sa profonde foi catholique et, alors qu’il a été un chef de corps hors pair et qu’il a été excellemment noté durant son affectation comme lieutenant-colonel puis colonel au 1er bureau de l’état-major à la fin du XIXe siècle, son avancement est incontestablement ralenti au début du XXe siècle, à l’époque de la république radicale militante et de l’affaire des fiches. Pendant la Grande Guerre, cette hostilité de principe à son égard de la gauche radicale et socialiste est manifeste : il suffit de se reporter, parmi d’autres, aux mémoires et aux correspondances privées de Briand ou de Painlevé, ou de relire tout simplement les souvenirs de Poincaré. Dans ce contexte, son élévation au maréchalat était d’autant moins à l’ordre du jour qu’après la Grande Guerre il quitte le service actif et s’engage activement dans la vie publique pour défendre ses idées. Trop « nationaliste », trop « religieux », il n’était pas, pour employer un néologisme, politiquement correct. Au moment du vote de la loi créant quatre nouveaux maréchaux de France en 1921, il s’en est fallu de peu (6 voix sur quelques 560) qu’il ne soit également concerné avec Lyautey, Franchet, Fayolle et Gallieni, mais il était toujours pour beaucoup d’élus le « capucin botté ».

Y a-t-il vraiment une lutte entre francs-maçons et catholiques au sein de l’armée ?

Je ne pense pas que le conflit, bien réel par ailleurs, puisse s’exprimer uniquement de cette façon.
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