La sale soirée de l'électeur de droite - Par Philippe Christelle

La sale soirée de l’électeur de droite – Par Philippe Christelle

[box] Article reproduit avec l’aimable autorisation de la Fondation Polémia. [/box]

[box class="info"] Philippe Christelle avait publié un texte expliquant les raisons de voter Sarkozy. Il revient sur la soirée du 6 mai et décrypte la novlangue de François Hollande : l’égalitarisme en embuscade derrière la justice ; l’immigration comme traduction du mot jeunesse. Nous livrons ce point de vue à nos lecteurs en complément des analyses précédentes de Michel Geoffroy et Andrea Massari.
Polémia
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Dimanche 6 mai, l’électeur de droite a vécu une sale soirée. Certes, les soirées de défaites électorales, il les a déjà connues. Les soirs de défaite, l’ambiance est toujours amère. Ce 6 mai au soir, c’était différent. L’amertume réelle était surtout doublée d’une sourde et insidieuse inquiétude.

A quoi notre électeur de droite a-t-il assisté ?

  • – Il a écouté François Hollande à Tulle. Il a entendu un discours de fondé de pouvoir fêtant sa nomination comme chef de bureau ; et qui, comme dans un pot de départ, finit par présenter l’accordéoniste et blaguer sur l’aménagement urbain de la place de la cathédrale. Comme président, cela pose un homme. Cela plaira sûrement à Vladimir Poutine, Angela Merkel ou Hu Jintao.
  • – Les deux termes qu’il aura retenus comme axiomes du nouveau président seront ceux de la justice et de la jeunesse. Il sait traduire le langage de la gauche et que, derrière la justice, il y a la maladie de l’égalité. Et il sait très bien de qui la gauche parle quand elle parle des jeunes.
  • – Il aura vu quelle France a gagné : celle des fonctionnaires, des salariés protégés, des syndicalistes, des Français qui ne sont pas « de souche », de tous ceux qui se complaisent de l’assistanat et de toutes les clientèles qui se nourrissent des subventions versées par le contribuable. C’est aussi celle de tous les cadres supérieurs mondialisés déconnectés de la réalité charnelle du pays et à qui des dizaines d’années de modèle français ont malheureusement prouvé que la réussite n’avait pas sa place en France.
  • – Revenant sur les images de la fête à Solférino ou à la Bastille, il aura décompté les drapeaux algériens, marocains, tunisiens, palestiniens, maliens, guinéens, libanais, argentins et même, au milieu des drapeaux de la communauté homosexuelle, presque incongrus, quelques drapeaux français.

Il a donc raison de s’inquiéter.
Il a raison aussi d’être triste des quinze derniers jours. Car jamais notre électeur de droite ne s’était, à ce point, engagé dans une campagne où la mobilisation humaine a été, à droite, considérable.
Jamais notre électeur n’avait, à ce point, accompagné et soutenu son camp (et son candidat) dans la découverte (certes bien tardive) des thèmes de l’identité, de la nation, de la lutte contre l’immigration.
Il était pourtant heureux d’entendre à plusieurs reprises Nicolas Sarkozy dire, par exemple, qu’il y a trop d’immigrés en France et que ce ne sont pas des Américains, des Canadiens ou des Norvégiens.

La sale soirée de l'électeur de droite - Par Philippe Christelle

La fête à Paris le 6 mai au soir, autour du drapeau de la Côte d’Ivoire. Copie d'écran d'une vidéo du journal Ouest-France.

A cette occasion, il a eu la révélation de toute la diabolisation dont la gauche est capable. Il a vu la coalition de tous ses adversaires, de tous ceux qui ne l’aiment pas et qu’il a voulu défaire dans cette élection.

Dans cette dernière ligne droite, il a entendu les caciques de l’UMP dire qu’ils refuseraient de voter pour un candidat FN face à un socialiste. Il a entendu Marine Le Pen, à deux reprises, dire du bien de François Hollande, dans la droite ligne de ce qu’avait fait en son temps son auguste géniteur.
Dans le feu de l’action, il n’y a pas prêté attention.
Ce soir, il se demande comment il va se sortir de l’impasse et du calvaire que la France va subir, et lui aux premières loges avec son entreprise, son commerce, son patrimoine, ses enfants, ses croyances, ses traditions et son avenir.

  • – Comment la droite UMP va-t-elle traduire les inclinations de Nicolas Sarkozy des 15 derniers jours ?
  • – Comment le FN va-t-il sortir du phantasme du « gagnant seul contre tous » dont il rêve mais que pas un observateur ne voit possible, ce qui sera démontré dès les prochaines législatives et aux prochaines élections locales ?
  • – Qui, des deux camps, fera les premiers gestes et quand ?

Comment, lui, qui a voté UMP, n’en voudrait-il pas au FN qui l’a laissé perdre cette élection ? Comment empêcher le piège mortel de division entre les droites ? Aujourd’hui, UMP et FN sont à égalité de nuisances respectives et d’absence de réciprocité … et la France a perdu.

L’électorat de droite s’est réveillé. Comme jamais, il a adhéré à des thèmes qui sont ceux de l’identité et du renouveau de la souveraineté française. Tout était réuni pour que le résultat témoignât de la vitalité et de la force de ces thèmes. Cela n’a pas été le cas et c’est regrettable.
Après la Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis a dit à Charles IX : « Mon fils, après avoir taillé il faut savoir recoudre. ».
Ce 6 mai au soir tout commence pour la droite. Notre électeur peut légitimement s’adresser aux dirigeants de l’UMP et du FN qui sont à égalité de responsabilité pour construire les futures victoires des droites.

A la Bastille, ils ont continué la fête. Elle va durer 5 ans. Avec ses futurs impôts, ses espoirs et l’avenir de ses enfants. Les dirigeants de l’UMP faisaient triste mine. Mais ils s’en remettront vite. Les dirigeants du FN souriaient, heureux de leur bon coup et pleins d’eux-mêmes.

Alors oui, il a vraiment passé une sale soirée.

Philippe Christele

[box class="info"] Source : Polémia 7/06/2012. [/box]